14/08/2013

Tournai : l'année 2007 sous la loupe (1)

L'année 2007, voici six à peine ou... six ans déjà. Notre mémoire a probablement retenu certains faits et en a oublié d'autres. A la lecture de la rétrospective, on se dit : "il y a déjà si longtemps !" ou bien "tiens, je pensais que c'était plus vieux !". Retenir dates et faits n'est pas donné à chacun d'entre nous, aussi cette rubrique "Tournai, l'année 2007 sous la loupe" va apporter les précisions nécessaires. Il s'agit d'une sélection d'événements heureux ou malheureux qui ont fait l'actualité de la cité des cinq clochers au cours de ces douze mois. Le choix est subjectif et les faits les plus douloureux ont été volontairement omis pour ne pas réveiller une douleur chez leurs acteurs ou victimes.

2007, une année qui a vu, au niveau international, l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'Union européenne en date du 1er janvier, l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République française, le 6 mai et la mort, dans un attentat, de Bénazir Bhutto, au Pakistan, le 27 décembre à quelques jours des élections.

2007 a aussi connu son lot de décès : celui de l'abbé Pierre (le 22 janvier), de la résistante française Lucie Aubracq (le 14 février), du jeune chanteur Grégory Lemarchal (le 30 avril), du comédien Michel Serrault (le 29 juillet), et du maître de ballet, Maurice Béjart (le 22 novembre)...

2007, en Belgique, fut une année d'élections législatives fédérales. Au soir du 10 juin, on constate un recul du parti libéral flamand de Guy Verhofstadt, du parti socialiste et une avancée d'Ecolo et du Vlaamse Belang. Ce sera aussi l'entrée en vigueur de la loi sur l'interdiction de fumer dans l'Horéca, le drame de Nivelles où une mère poignarde ses cinq enfants ou, plus près de nous,  l'affaire de l'Excelsior de Mouscron.

Comme toujours, heurts et malheurs composent l'actualité de la cité des cinq clochers.

Janvier.

Au 1er janvier 2007, on apprend que Tournai comptait 67.598 habitants au 1er juillet 2006, soit une très faible augmentation de 45 unités par rapport à la même date, l'année précédente.

Pluie et vent sont au rendez-vous de la nuit de la Saint Sylvestre, les pompiers sont appelés à effectuer de nombreuses sorties pour des câbles électriques détachés, des panneaux publicitaires abattus, des branches d'arbres jonchant les chaussées.

En ce début d'année, "les Polaris" sortent leur second DVD en concert live, la captation a été réalisée par un spécialiste en la matière, Pascal Dauvillée qui oeuvre également au sein de No Télé. Par la suite, Christian Croain, le chanteur du groupe, lancera également le groupe "Jolie Fille". 

Le 14 janvier, la plantureuse victoire obtenue par le Football Club de Tournai à Maldegem sur le score de 2-5, conjuguée à la défaite du leader Wetteren sur le score de 2-3 face à Willebroeck permet aux Tournaisiens de reprendre la tête de la Division 3 nationale avec 36 points pour 34 à leurs rivaux et 30 à Diegem. 

A la mi-janvier, dans le populaire quartier du Maroc, on évoque la probable construction d'un centre culturel et social pour les musulmans du Tournaisis. La mosquée devrait être construite sur un terrain, propriété de l'institut des Marronniers, le long de la rue Général Piron. Une pétition forte de plusieurs centaines de signature sera remise à l'administration communale qui mettra fin au projet et recherchera un nouveau lieu d'implantation pour le culte musulman. 

La presse signale, le 16 janvier, que la future liaison Seine-Nord constituera bel et bien une menace pour le Tournaisis si les mandataires régionaux restent absents du projet. Celui-ci impliquerait le passage de péniche de 2 à 3.000 tonnes et nécessiterait l’aménagement de divers obstacles à la navigation : l'écluse de Kain et le Pont des Trous. Bizarrement,  à ce moment, on n'évoque nullement le redressement de la courbe du fleuve dans la traversée de Tournai et la modification du Pont à Pont. Est-ce une façon de préparer le Tournaisien en douceur, une volonté de ne pas le heurter ? 

Le 18 janvier, la météo se déchaîne, la Belgique n'a plus connu une aussi violente tempête depuis l'année 2002. Elle a fait deux morts : une septuagénaire dans la région hutoise et une adolescente à Hal. Notre région n'est pas épargnée, à Tournai, le hall Tournai-Expo, le musée de la porcelaine et celui des Beaux-Arts, l'école du Chemin d'Ere et celle de la Porte de Lille, l'établissement de défense sociale, l'école et la crèche de Warchin... comptent au nombre des bâtiments ayant subi le plus de dégâts. 

Evénement extraordinaire, en ce dernier week-end de janvier en l'église Saint-Paul. La chorale "A travers Chants" dirigée par Michel Jakobiec a souhaité célébrer par un grand concert la clôture de l'année Mozart. Pour la circonstance, les choristes tournaisiens sont accompagnés par l'orchestre "Les Symphonistes européens" et renforcés par "Akwaba", une chorale universitaire de Valenciennes et les chœurs de "Musique en Andrésis". Plus de 200 exécutants sont ainsi rassemblés sur la scène improvisée tandis que près de 1.000 spectateurs ont pris place sur les chaises et les bancs ne pouvant même pas bouger un petit doigt, ce qui ne les empêchera pas d'applaudir longuement cette parfaite prestation. 

Février.

Le 1er février, la salle Jean Noté de la Maison de la Culture accueille le spectacle "Sois Belge et tais-toi" présenté par la Compagnie Victor, à l'invitation du Lion's Club les Templiers.

Le samedi 3 février, Bruno Delmotte est l'invité de la soirée des Insolents en la salle La Fenêtre. L'auteur patoisant et défenseur de notre langue picarde a plus d'un tour dans son sac pour faire rire une salle une nouvelle fois pleine à craquer !

En ce début du mois de février, on commence à beaucoup parler de la gestion de la régie autonome du stade communal Luc Varenne. Les administrateurs sont las du manque de transparence qui y règne. Tarek Bouziane est désigné pour reprendre la fonction d'administrateur délégué. 

Le conseil communal approuve la mise au gabarit de 3.000 tonnes pour l'Escaut. Ceci équivaut à la démolition totale des arches du Pont des Trous ou au creusement d'un contournement, une solution qui coûtera quatre fois plus cher. 

Une société flamande présente un projet d'ouverture d'un hôtel "trois étoiles" de 80 chambres dans le centre-ville. Rapidement, on évoque l'emplacement de l'hôtel des anciens prêtres. 

Mars.

Au début de ce mois, "La Piste aux Espoirs" fête ses vingt ans. Le festival international de cirque amateur connaît une fois encore un énorme succès de foule.

En tête depuis la mi-janvier, le Football Club Tournai, défait le dimanche 11 mars par Torhout (1-2), se fait rattraper par Diegem, les deux clubs totalisent 48 points pour 42 à Geel.

Le lundi 12 mars, un incendie éclate, vers 18h, dans le magasin de confection Line, à la rue de Courtrai. Le feu a pris naissance dans le plafond de la vitrine heureusement séparée du reste du magasin, ce qui limite les dégâts.

Le mardi 13 mars, la princesse Mathilde visite "Lire et Ecrire", au quai Andréï Sakaharov. Dans le Tournaisis, 250 à 300 personnes participent régulièrement à des formations dans les différentes structures mises en place. Son arrivée est saluée par des classes de deux écoles du quartier, l'école Saint-André et l'école du Château.

Les 16 et 17 mars, Tournai vit à l'heure de son carnaval. La cuvée 2007 est une nouvelle fois un succès, pour une fois les chiffres publiés par les organisateurs sont identiques à ceux de la police (c'est tellement rare que cela mérite d'être signalé!) : plusieurs milliers de personnes ont envahi les rues de la ville. Sur le thème "A chacun son paradis", les forces du Bien et du Mal ont rivalisé au cours d'une nuit d'enfer, le vendredi soir, tandis que le samedi les "carnavaleux" avaient une nouvelle fois participé à ce grand rassemblement festif annuel. 

Le dimanche 25 mars, les mélomanes sont conviés à un spectacle extraordinaire, le "Tokyo String quartet et ses Stradivarius" est en concert en la Halle-aux-Draps dans des œuvres de Haydn, Toshio Hosokawa et Beethoven.  

En cette fin de mois de mars se termine le procès des auteurs du violent braquage de la banque Dexia de la rue Royale. Le tireur est condamné à neuf ans fermes, les deux autres braqueurs à 7 ans, le complice au sein de l’organisme financier à cinq ans dont quatre avec sursis. Ce hold-up avait été un des plus violents perpétrés à Tournai depuis celui réalisé par la bande d'Haemers à la rue Saint-Eleuthère.

(à suivre)

(sources : le Courrier de l'Escaut de l'année 2007 et autres articles de presse)

S.T. août 2013.

 

06/08/2012

Tournai : ce jour-là, le 22 juin 1988

En ce début de matinée du 22 juin 1988, profitant de la fraîcheur, mon épouse était occupée à soigner et arroser quelques plantes au fond du jardin. Soudain, vers 8h30, elle perçut une sorte de détonation. Dans un premier temps, elle songea à la présence d'un de ces canons au carbure qu'un fermier place régulièrement dans un champs proche de la rue des Mottes. Mais la détonation fut rapidement suivie d'autres, il ne s'agissait plus du système censé effrayer les oiseaux mais bien de rafales d'armes automatiques en provenance de la rue Saint-Eleuthère toute proche. Que se passait-il donc pas loin de notre domicile ?

A environ quatre cents mètres à vol d'oiseau, face au carrefour formé avec l'avenue de la Ramée, se trouve alors un bureau de poste fort prisé par les nombreux habitants du quartier, notamment de la résidence Carbonnelle (en raison d'une restructuration interne décidée par la direction de la Poste et devant amenée des économies, celui-ci a été fermé au début des années 2000).

Vers 8h30, un fourgon "blindé" de la Poste, de couleur rouge, s'arrête devant la façade, au volant de celui-ci le chauffeur patiente, à l'intérieur, deux hommes sont chargés de transférer les fonds. A peine le véhicule a-t-il marqué l'arrêt que, d'une voiture, surgit un homme portant un treillis militaire, le visage masqué par une cagoule noire, il braque un fusil vers le chauffeur. Il commence à tirer en direction du fourgon tandis qu'un complice jette, par une ouverture qu'il a brisé à coup de crosse, deux grenades offensives. Le braquage a débuté depuis quelques instants que, prévenus par des témoins de la scène, des voitures de police, sirènes hurlantes, apparaissent au bout de la longue rue. Les trois hommes jurent et se replient vers une Audi de couleur or immatriculée en Belgique. Celle-ci démarre en direction de Froyennes. De loin, de motards de la police ont vu le véhicule partir en trombe et se lance à sa poursuite mais, malheureusement, en raison de la circulation assez dense à cette heure de pointe, ils perdent sa trace au carrefour formé avec la chaussée de Lannoy. Il est probable que les gangsters ont rejoint l'autoroute située à moins de deux kilomètres.

Police et ambulances sont maintenant sur place, portes et fenêtres du voisinage s'ouvrent, la plupart des témoins avaient eu la bonne réaction de se protéger, de ne pas offrir une cible à ces malfrats très déterminés. Une dame se relève, elle conduisait son petit-fils à l'école Saint-Michel, située presqu'en face du lieu de cette attaque violente. Couchée derrière une voiture en stationnement, protégeant l'enfant, elle a tout entendu sans voir la scène. 

Sur place, les enquêteurs retrouvent cinquante-quatre douilles de 7,62 et 5.56, ils relèvent également la présence de 61 impacts de balles dans la carrosserie du fourgon. Il n'a pas de doute, ce sont bien des armes de guerre qui ont été utilisées par des individus décidés à tuer pour se procurer l'argent contenu dans le fourgon. Peu importe la vie d'un homme pour ce genre d'individus qui n'ont ni foi, ni loi, ils sont prêt à tuer ceux qui se mettent, volontairement ou involontairement, en travers de leur chemin !

L'habitacle du chauffeur dont la vitre a été attaquée à coups de crosse a résisté, l'homme est avant tout choqué, par contre, à l'intérieur du camion, des projectiles ont percé la tôle blindée (mais probablement pas suffisamment en fonction des moyens utilisés), une grenade a fait explosion, un des deux hommes est brûlé aux jambes, l'autres est plus gravement atteint et devra être transporté à la clinique universitaire de Gand en raison d'une blessure à l'oeil qui risque de lui faire perdre la vue. Une de deux grenades introduites dans le fourgon n'a pas explosé et on découvre qu'elle est munie de centaines de billes appelées à se disperser lors de l'explosion, stratagème utilisé pour tuer les victimes. 

A l'intérieur du bureau, la perceptrice a tout entendu, elle attendait le passage du fourgon pour conduire son enfant à l'école. Durant la matinée, le hold-up fera une troisième victime indirecte, un inspecteur des Postes venus sur les lieux du drame, victime d'un malaise cardiaque, conscient de la gravité de la situation. 

Car, avec le recul, les témoins et les enquêteurs constatèrent qu'on était peut-être passé à côté d'un véritable bain de sang. Quelques minutes plus tôt, en effet, plus de 200 élèves de maternelle et de primaire étaient dans la cour de récréation située à front de rue et des parents amenaient encore des retardataires. Un peu plus tard, comme c'était le cas chaque matin, il y aurait déjà eu des clients attendant sur le trottoir l'ouverture du bureau et des personnes, à l'arrêt du bus devant les amener au complexe commercial de Froyennes dont les premiers magasins ouvraient alors à 9h.

Les enquêteurs ont une idée précise des armes utilisées, outre les deux grenades offensives, les douilles proviennent d'un fusil d'assaut tirant en automatique et d'un F.A.L, fusil plus léger, qui tire au coup par coup ou en rafales (six étuis de calibre 7,62 ont été retrouvés sur place). On retrouve également un projectile de 10mm, chemise en laiton et tête en acier au carbone de tungstène. La conclusion s'impose, il s'agit d'un fait de grand banditisme, de gens qui se donnent les moyens pour arriver à leur but, voler un maximum d'argent pour se payer une vie facile mais aussi des malfrats... qui étaient probablement mal informés puisque le fourgon ne transportait, ce jour-là, que 70.000 fb (soit à peine 1.750 euros) en pièces de monnaie. 

Par la suite, l'enquête a permis de relier cette attaque à celles perpétrées un peu partout en Belgique, à cette époque, par une bande organisée qui sera par la suite identifiée. Elle était dirigée par un certain Patrick Haemers. A l'époque, on ne sait pas encore grand chose sur cet homme. Il est né en 1952, dans une famille aisée, beau gosse au physique de jeune premier, il fréquente les filles à papa, "bimbos" et "lolitas" qu'on retrouve à l'affut d'un chevalier servant dans les discothèques huppées de Bruxelles, Knokke ou d'endroits branchés à l'étranger. Chacun sait que, depuis toujours, le milieu de la nuit a toujours été étroitement lié à celui de la drogue et Patrick Haemers s'en est approché. A l'âge de 25 ans, il sera arrêté et condamné pour une affaire de viol. La prison pour lui aurait pu être un moment de réflexion,  il y avait deux voies qui se traçaient à lui : la prise de conscience salutaire ou la déchéance fatale. Il choisit la deuxième option. A sa libération, en compagnie d'un complice connu derrière les murs de la prison, il monte, ni plus, ni moins, l'attaque d'un tri postal où il prend une vingtaine d'employés en otage. Le butin emporté, à cette occasion, est légèrement inférieur à 250.000 euros. Suivront ensuite les attaques de fourgons de la Poste, de plus en plus violentes dont l'une se soldera par la mort de deux agents des postes à Verviers. 

Le nom de Patrick Haemers sera également lié à "l'affaire Vanden Boyenants". En compagnie de complices, il enlèvera, en janvier 1989, l'ancien Premier Ministre et Ministre de la Défense. Il le détiendra, avec des complices, dans une villa du Touquet en France avant de le libérer, après paiement d'une rançon, aux abords de la gare de Tournai, le 13 février. Arrêté au Brésil, en mai de la même année, et rapatrié en Belgique, il se pendra dans sa cellule de la prison de Forest, avant que ne débute son procès, emportant avec lui les secrets, d'une vie de quarante ans, durant laquelle, il a tué et meurtri de nombreux belges.

On n'en saura jamais plus sur cette journée du 22 juin 1988 qui reste gravée dans les mémoires de tous ceux qui la vécurent.

(S.T. août 2012)