08/03/2012

Tournai : l'année 1909 sous la loupe (2)

Reflets d'une époque qu'on voudrait parfois nous faire croire très différente de celle que nous vivons aujourd'hui, les faits divers de l'année 1909 pourraient tout aussi bien trouver place à la une de nos journaux actuels. 

La violence envahit les trains et de nombreux voyageurs de la ligne reliant Tournai à Bruxelles protestent avec vivacité, en janvier, contre l'absence de toute police dans certains convois. Voici comment ces témoins relatent les faits : "dans le train qui quitte Tournai vers 7h20 monte presque quotidiennement, à Leuze, une bande d'individus chantant des obscénités sans nom. Les polissons n'ont pas l'excuse de l'ivresse ou d'une autre excitation quelconque. Les auteurs de ces goujateries sont connus. Les voyageurs attendent des mesures sérieuses pour corriger ces malotrus qui troublent la pudeur et le repos".

Ce sont probablement ces mêmes usagers parmi lesquels des négociants et des voyageurs de commerce qui adressent, en juillet, une pétition au Ministre des Chemins de fer pour lui signaler les problèmes rencontrés régulièrement par les personnes au départ de Tournai à destination du Centre, de Charleroi et de Chimay. Les correspondances à Mons sont bien souvent ratées en raison de retards endémiques sur cette ligne. Rappelons que c'était en 1909 !

Dans la soirée du jeudi 11 mars, un violent incendie éclate à la "Cotonnière Tournaisienne" située dans le quartier Saint-Brice. Vers 8h du soir monte une épaisse fumée qui envahit les locaux de la cotonnière ainsi que de nombreuses maisons de ce quartier ouvrier. En quelques minutes, le feu prend une rapide extension menaçant les habitations qui se dressent de l'autre côté de la rue du Glategnies, presque toutes occupées par les ouvriers de l'entreprise, des flammèches emportées par le vent tombent même sur les quais. Quand les pompiers se rendent maîtres du sinistre, on constate que l'usine est totalement détruite, on ne dénombre heureusement aucune victime parmi les 150 ouvriers et ouvrières qui y travaillent. Les causes resteront indéterminées, échauffement de balles de coton, court-circuit ou imprudence d'un ouvrier, personne ne peut le dire ! 

Le second semestre sera marqué par des faits dramatiques. Le mercredi 29 septembre, un drame du braconnage met en émoi le petit village de Rumillies aux portes de Tournai. Deux gardes-chasses au service de Mme de la Vingne, Antoine Halluin et Aimable Desablens, dit "Tomar", traquent les faits de braconnage qui se produisent régulièrement dans le petit bois. Comme ils le font à chaque fois, ils s'en vont chacun de leur côté afin de surprendre d'éventuels braconniers et ainsi leur couper toute retraite. Vers 4h45, un ou deux coups de feu éclatent, Antoine Halluin se précipite et découvre son collègue allongé et ne donnant plus signe de vie. Le garde-champêtre est appelé, il sera suivi par la gendarmerie et le parquet arrive en début de soirée. Une rumeur enfle dans le village, on a vu un individu bien connu, surnommé "l'Touque", arriver précipitemment dans un café peu après les faits et déclarer qu'il a vu un homme mort dans le bois, il semble particulièrement nerveux. Est-ce un hasard, le frère de cet homme vient récemment de se voir dresser procès-verbal pour braconnage par la victime. L'enquête démontre que le garde a été frappé et qu'en tombant il a tenté d'alerter son collègue en faisant usage de son arme. Le suspect sera emmené au commissariat, s'embrouillant dans ses déclarations, ne pouvant justifier de son emploi du temps, ni de la raison pour laquelle, il se trouvait justement dans le bois au moment des faits, il est arrêté. Fortement apprécié dans le village, Aimable Desablens avait 55 ans, était marié et père d'une famille nombreuse. 

Un mois plus tard, le 28 octobre, c'est le quartier de Maire qui est le théâtre d'un crime. Germaine et Laure Avenne, deux jeunes soeurs, tiennent un débit de boissons situé à l'angle de la chaussée de Roubaix (actuelle chaussée du Pont Royal), juste à côté de l'établissement thermal de la "Source des Mottes" (aujourd'hui disparu). En raison de cette localisation, leur estaminet porte le nom de "Chalet de la Source". Germaine a 17 ans, elle est courtisée par un jeune électricien de Tournai, on évoque de prochaines fiançailles, mais on dit qu'elle a aussi un soupirant déçu, un sous-officier de gendarmerie, âgé de 26 ans, un nommé C.F. Chaque fois que son service l'amène dans le quartier, C.F. vient lui faire des avances. C'est encore le cas, ce jour-là, lorsqu'il pénètre avec un autre gendarme dans le débit de boissons. Au moment de quitter l'établissement, le collègue du sous-officier voit celui-ci retourner sur ses pas et engager à nouveau la conversation avec la jeune fille occupée à broder près d'une fenêtre. Alors qu'il vient de franchir la porte de l'établissement, le gendarme entend son collègue s'exclamait : "Adieu à mon dernier matin", aussitôt trois coups de feu claquent, se précipitant, le gendarme découvre deux corps allongés l'un près de l'autre, la jeune fille a la tempe trouée par des balles et C.F. a tiré la troisième balle pour se suicider. 

Terminons par quelques notes plus gaies. En février, des brevets d'invention sont attribués à deux Tournaisiens, Mr Louis Carton pour un procédé de fabrication de ciment naturel et de ciment artificiel et à Mr Vifquin pour un joint de col de cygne appliqué aux prises d'eau à pression avec raccord accoupleur à double griffe (les plombiers apprécieront).

Les amateurs de cirque sont comblés car durant la kermesse de septembre, le cirque Continental s'installe sur la Grand'Place. L'année 1909 est une année comme une autre avec son lot de joies et de peines mais elle aussi celle d'un grand évènement dont nous reparlerons.

(source : Le Courrier de l'Escaut de l'année 1909)