12/10/2010

Tournai : la ville perd un fidèle serviteur, Roger Delcroix

Le jeudi 7 octobre, la nouvelle s'est répandue à travers la cité des cinq clochers : Roger Delcroix, le prédécesseur de Christian Massy au mayorat de la cité des cinq clochers venait de décéder. En janvier 2000, il avait fait le choix de se retirer de la vie publique touché par les premières atteintes d'un mal qui allait l'emporter dix ans plus tard.

 

Roger Delcroix est né à Chercq, le 19 août 1928. De ce village de durs carriers, il héritera  cette volonté tenace pour mener à bien les dossiers qu'il initiait. Très jeune, il vint, avec ses parents et ses frères, habiter Tournai, au coeur du populaire quartier Saint Piat. La musique tenait une place importante au sein de cette famille et la maison paternelle sera bientôt connue sous le nom de "Studio 24". C'est là, qu'après la guerre, naquit l'orchestre Johnny Delcroix dont il fut le batteur, accompagnant ses frères Jean et Raymond.

 

Sa carrière, il la fera dans le monde syndical, au sein de la FGTB dont il deviendra le Secrétaire Général. Homme d'action et de projets, il initiera un premier dossier, la création par l'ASBL "Joie et Vacances" d'un hôtel et d'un centre de délassement social au sommet du Mont Saint-Aubert : le Panoramique. Lors de la fusion des communes, en 1976, il se présentera aux élections et décrochera aussitôt un échevinat sous la houlette de Raoul Van Spitael. Echevin des Finances et du Tourisme, il comprit très vite que le riche patrimoine de Tournai devait être la base du développement de l'activité touristique. A cette époque, la cité voyait disparaître les plus beaux fleurons de son industrie, il était urgent de la faire connaître autrement que par l'annonce de pertes d'emplois. C'est ainsi que naquit, un centre de tourisme digne des cités les plus visitées dans notre pays ou à l'étranger.

 

En 1981, il sera élu sénateur, fonction qu'il cumulera avec son poste d'échevin devenant ainsi le relais de la cité de Clovis dans une capitale où jusqu'alors Tournai et le Hainaut Occidental étaient le plus souvent snobés par des politiciens issus des plus grandes cités wallonnes et qui avaient la facheuse tendance de se partager régulièrement le gâteau en croyant que la Wallonie s'arrêtait aux frontières de leurs localités. Il restera dans cette haute assemblée jusqu'en 1986, année durant laquelle les statuts de son parti l'obligèrent à choisir entre son échevinat et sa fonction de sénateur. Il privilégia sa ville et Tournai n'eut jamais à se plaindre de ce choix !

 

On le désignait comme le dauphin de Raoul Van Spitael, on pensait le voir accéder au mayorat après les élections de 1990, mais le vieux routier de la politique qu'était le bourgmestre d'alors décida de se représenter pour un nouveau mandat. A son décès, en 1992, Roger Delcroix lui succéda. Le poste de bourgmestre ne lui apporta pas plus de popularité car celle-ci était, déjà, à son sommet depuis de nombreuses années. D'ailleurs, elle éclata au grand jour lors des élections de 1994, où il amena son parti, le PS, à la majorité absolue, engrangeant de son côté plus de 7.500 voix de préférence. Si Roger Delcroix savait se montrer ferme dans ses décisions, il écoutait toujours, avec beaucoup d'attention, les demandes de l'opposition et acceptait celles-ci lorsqu'elles lui paraissaient fondées. Pendant les huit années qu'il occupa le siège de bourgmestre, il réalisa d'importants projets : la création de l'Auberge de Jeunesse à la rue Saint Martin, celle du centre de délassement, de la nouvelle piscine et du camping à la Carrière de l'Orient, la revitalisation du centre-ville depuis la porte de Lille jusqu'au beffroi en passant par l'important chantier de la Grand'Place. Pas à pas, il a vaincu les réticences de certains, les résistances d'autres, sans jamais passer en force mais toujours par un dialogue constructif et convaincant. Il se retira après les élections de l'année 2000. On le vit publiquement une dernière fois lors de l'inauguration de l'Hôtel Crombez, rénové par le Logis Tournaisien en 2002, là aussi, il avait été l'initiateur de ce projet situé dans le quartier où il passa sa jeunesse. Par dignité, par pudeur, il souhaita se retirer au sein de sa villa de la chaussée de Saint-Amand, il ne voulait montrer à personne les ravages de ce mal qui l'a emporté.

 

Ce mardi 12 octobre, la cérémonie officielle à l'Hôtel de Ville et l'office religieux en l'église Saint-Quentin rassemblèrent une foule émue composées de mandataires politiques, des Chevaliers de la Tour et Amis de Tournai, de membres de ce personnel communal qu'il avait constamment défendu lors de son mayorat et d'anomymes qui avaient su reconnaître en lui, un grand serviteur de Tournai. Au-delà de tous les clivages politiques, c'est l'homme qui aimait Tournai qu'on était venu, une dernière fois, saluer. Hier, veille de ses funérailles, l'Optimiste a reçu un mail de sympathie envers la famille en provenance de Grande-Bretagne, il émanait d'un ami, Stuart McDonald Smith, un musicien anglais, dont le père, lui aussi musicien, avait fait partie des troupes qui avaient libéré Tournai en 1944 et qui avait joué, durant son passage de quelques mois à Tournai avec l'orchestre de Jean Delcroix. Ce mail a été transmis immédiatement à la Ville de Tournai dans le cadre du registre de condoléances ouverts pour les citoyens. 

 

19:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, roger delcroix, bourgmestre |