09/04/2008

Tournai : l'année 1954 sous la loupe

Lire la presse de l'année 1954 ne nous apporte que peu d'enseignements sur l'évolution de la cité des cinq clochers. Pas de faits marquants, aucune confrontation idéologique au sein du conseil communal en cette année d'élections nationales, pas de projets ambitieux pour la reconstruction de la ville sinistrée. On est réduit à rechercher, au hasard des pages, quelques informations un peu dignes d'intérêt afin de ne pas faire l'impasse sur ces douze mois. Ainsi les premiers jours de janvier nous apportent les statistiques concernant la population tournaisienne. Au 31.12.1953, la ville comptait tout juste 33.000 habitants soit 15.753 hommes et 17.247 femmes. Pour rappel, Tournai n'était pas, comme désormais, fusionnée avec les 28 villages l'entourant. On avait constaté durant l'année précédente une augmentation de 452 unités par rapport au dernier jour de l'année 1952.

La reconstruction se poursuit lentement. Le jeudi 18 mars 1954, le ministre des Travaux Publics, Mr. Behogne, vient inaugurer le Pont de Fer, ce projet qui avait fait couler beaucoup d'encre en 1950 et 1951. Dans les semaines qui suivirent cette inauguration, de nombreux badauds s'y installeront pour assister au dragage du fleuve dont on retire des tonnes de ferrailles tordues, vestiges du conflit passé. Un chantier se termine, un autre débute : la réfection des boulevards Lalaing, Bara et Léopold, chaînon manquant au niveau de la ceinture de la ville. Ceux-ci seront réalisés sous la forme de doubles chaussées en béton, chacune d'une largeur de 7 mètres séparées par un terre-plein de 8 m sur lequel sera aménagée un piste cyclable de 3 mètres. On se rendra compte par la suite que le fait de séparer les voies de communication par une voirie centrale pour cyclistes représentera un sérieux danger pour les deux-roues lors du franchissement des carrefours. Mais...comme la circulation était nettement moins dense qu'à présent, ce projet n'apparaît pas dangereux aux yeux des concepteurs. On commence donc par enlever les rails du tram désormais inutilisées et à abattre les arbres se trouvant sur l'assiette du nouvel axe routier.

On envisage également le début des travaux de création de la rue Garnier, une nouvelle rue qui reliera la place Reine Astrid à la rue de la Tête d'Or. Ce chantier a été freiné par les tergiversations quant à l'avenir de la Tour de la Loucherie et aux fouilles qui s'y déroulent depuis de longs mois. A l'occasion d'une visite à Tournai d'un groupe de ministres, le bourgmestre De Rasse se laisse emporter par l'optimisme et déclare que la ville a pansé la majorité des plaies, conséquences de la guerre. Ce discours fait réagir un lecteur du Courrier de l'Escaut qui s'étonne d'une pareille affirmation car, dit-il, "environ 1.500 bâtiments ont été détruits lors des bombardements, à peine 530 ont été reconstruits. Il reste donc près de 970 immeubles à relever. Seuls les bâtiments situés sur la Grand'Place et dans les grands axes commerciaux ont été reconstruits. Ailleurs dans la cité, de nombreux trous béants risquent de le rester encore longtemps". Le mercredi 29 octobre, en présence de Charles-Marie Himmer, Evêque de Tournai et des autorités communales, on inaugure les nouveaux locaux de la clinique Saint Georges situés à l'angle de la place du Becquerelle et du quai Saint Brice. Les travaux de sauvegarde de la Salle des Concerts ont débuté, on apprend que les dégâts sont plus importants qu'estimés et que le coût de ces travaux demandera des allonges budgétaires de la part de l'administration communale. On a ainsi fait le tour des dossiers importants traités à Tournai en 1954. Dans le prochain article, on se penchera sur les faits divers et nous analyserons la petite histoire, ces petits faits qui restent dans la mémoire des gens car... ils y étaient !