14/03/2011

Tournai : les nom des rues, témoins de l'Histoire (1)

Qu'elles y habitent ou viennent en visite, bien souvent les personnes ne prêtent pas d'attention au nom des rues. Elles sont pour elles une adresse, un lieu de rendez-vous ou un endroit de passage. Pourtant si on prend le temps de s'interroger sur leurs origines, les noms des rues sont des éléments de l'histoire, le souvenir de coutumes, le rappel de Tournaisiens connus, la mémoire d'activités aujourd'hui disparues. Au même titre qu'en France, elles remémorent les noms de Louis XIV, Jules Ferry, Georges Clémenceau, Raymond Poincaré ou du Marécahl Foch, à Tournai, elles gardent précieusement le souvenir de ses enfants qui se distinguèrent à différentes époques.

En alternance avec les autres rubriques, nous allons régulièrement découvrir le personnage, le lieu ou l'évènement qui se cachent derrière un nom de rue qui n'évoque peut-être pas à chacun d'entre nous, toute la richesse qu'il renferme au niveau historique.

Aujourd'hui, nous nous pencherons sur quelques noms célèbres et les replaceront dans leur contexte.

La rue Saint-Eleuthère relie le boulevard Léopold à la chaussée de Roubaix, c'est une des plus longues rues de la ville. Elle évoque le souvenir d'Eleuthère, né vers 456, sacré, en 486, évêque de Tournai par Saint-Rémy. Il fut confronté à une population franque redevenue païenne à la suite des invasions barbares. Il parvint à convertir pas mal d'incroyants à la religion chrétienne mais se fit aussi, par ses actes de conversion, quelques ennemis. En 531, pas loin de son habitation, il se fit rouer de coups par une bande d'opposants, il se réfugia à Blandain où il mourut quelques jours plus tard des suites de ses blessures. Son corps est contenu dans une des chasses de la cathédrale Notre-Dame.

La rue Childéric, située dans le quartier Saint-Brice, est parallèle à la rue Royale et à celle de l'Athénée, elle débouche sur la place Crombez face à la gare. Childéric fut roi des Francs durant la seconde moitié du Ve siècle. Originaire de Thuringe, son épouse Basine, lui donna un fils, Clovis, vers l'an 466. Il est mort en 481 dans son palais de Tournai. Son tombeau a été découvert en 1653 par un ouvrier maçon du nom d'Adrien Quinquin, sur le chantier de l'hospice paroissial et de la maison du trésorier de Saint-Brice, au pied de cette église.

La place Clovis, anciennement appelée Terrasse Saint-Brice, rappelle que Clovis est né et a vécu les premières années de sa vie à Tournai à la tête du royaume des Francs saliens. Il descendait de la dynastie des rois mérovingiens et de son roi semi-mythique Mérovée. A la mort de son père, Childéric, comme le voulait la tradition, il sera hissé sur la pavoi à l'âge de 15 ans. Il prendra par la suite pour épouse Clotilde, princesse catholique, fille du roi des Burgondes, Chilpéric II. Le mariage sera célébré à Soissons. On raconte qu'en 496, lors de la bataille de Tolbiac contre les Alamans, tribu germanique établie sur la rive droite du Rhin, il aurait fait la promesse au Christ d'embrasser la religion catholique si celui-ci lui donnait la victoire. Vainqueur, il se fera baptisé à Reims par Saint-Rémy le jour de Noël de l'année 499. Cependant, certains historiens situent cet épisode plus tard car ils datent cette bataille en 506. Clovis gagnera alors Lutèce pour établir la capitale de son royaume des francs saliens, donnant ainsi naissance à Paris.

Après la seconde guerre mondiale, on donna, dans de nombreuses villes belges, le nom des libérateurs à des rues ou avenues. Tournai n'échappe pas à la règle, elle avait été la première ville belge libérée par les troupes anglaises et américaines en septembre 1944. L'avenue située entre la Porte de Lille et le chaussée de Lille, face à la plaine des Manoeuvres prit le nom d'avenue De Gaulle, en face, entre la porte Saint-Martin et la chaussée de Douai, toujours face à la plaine, celui d'avenue Montgomery. Derrière la gare, le long du chemin de fer, reliant la chaussée de Renaix à l'avenue d'Audenarde, on baptisa le boulevard Eisenhower, tandis que le quai de la rive droite située entre le quai Dumon et le boulevard Delwart prit le nom de quai Staline. Dans le quartier Saint-Piat, l'avenue menant de la rue Sainte-Catherine au carrefour des Résistants prit le nom d'avenue des Etats-Unis. Le Conseil Communal de l'époque n'avait pas voulu dissocier les vainqueurs mais quand furent connues les exactions commises par celui qu'on appelait à Moscou, "le petit père des peuples", après la déstalinisation, on débaptisa le quai Staline pour lui donner le nom d'Andréï Sakharov, résistant de longue date au régime soviétique.

Autre longue rue de Tournai, la rue du Général Piron relie la chaussée de Willemeau au lieu-dit le Pont à Rieu à Barges, son nom a été donné en souvenir de ce général belge, Jean Baptiste Piron (1896-1974) qui, à la tête de la brigade des Forces belges libres, combattit en Normandie, participa à la libération de la Belgique et de Bruxelles, à la bataille des Ardennes et à de durs combats en Hollande.

Voilà comment, semaine après semaine, nous écrirons notre histoire au départ des noms des rues tournaisiennes.

(à suivre)

18:34 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rue, avenue, boulevard, quai |