06/07/2016

Tournai : la lente évolution de la rue Royale.

Sur la rive droite de l'Escaut.

Après avoir évoqué les rues commerçantes de la rive gauche de l'Escaut, nous franchissons le pont (Notre-Dame) pour visiter aujourd'hui la rue Royale.

Débutant à la place Crombez, cette rue est la toute première empruntée par les visiteurs qui arrivent à Tournai par le train. Elle leur permet, dès la place Crombez franchie, de découvrir les cinq clochers de la cathédrale Notre-Dame. Sa longueur est identique, à quelques mètres près, à celle de la rue Saint-Martin. Elle est entièrement dévolue au commerce et, si même elle présente quelques cellules commerciales vides, elle semble un peu moins souffrir du phénomène actuel des vitrines vides comme c'est surtout le cas à la rue de l'Yser ou au piétonnier de la Croix du Centre. 

Un peu d'histoire.

Il est inutile de rechercher l'histoire de la rue Royale dans le livre de Bozière, "Tournai, Ancien et Moderne" car, à l'époque de sa parution, en 1864, elle n'existait pas encore.

Son histoire débute avec le démantèlement de l'enceinte communale décidé en 1863 et réalisé à partir de 1865 et avec la construction de la gare, oeuvre de l'architecte Beyaert à son emplacement actuel. Celle-ci sera inaugurée le 24 août 1879 par la famille royale. Alors créée depuis peu, son nom de rue Royale lui a été conféré par le Conseil communal en date du 29 avril 1876. A cette occasion, il est précisé que cette appellation sera également donnée à la rue des Jardins dans la partie située depuis l'ancienne rue Codieau (à hauteur de la rue des Campeaux) et le pont Notre-Dame. 

Les commerces disparus.

En 1904, un dénommé Frédéric Vorwerk y tenait une quincaillerie dénommée "A la Bêche d'Or", elle était située à l'angle de la rue des Jardins. On y vendait des articles en provenance d'Allemagne, d'Amérique, d'Angleterre, de France et, bien entendu, du pays. Au n° 16, le magasin "A la Ruche d'Or" était tenu par le droguiste Louis Mercier. Au n° 34, on trouvait déjà la Maison Smets spécialisée en instruments de musique et particulièrement en pianos. On notera qu'une fabrique d'instruments de musique en cuivre et en bois, la Maison Louis Mahieu, fondée en 1890, était située dans le bas de la rue Royale (sans précision d'adresse), le propriétaire de cette maison se proclamait fournisseur de l'armée, des Conservatoires et des Missions du Congo. Les anciens Tournaisiens se rappelleront le magasin situé au n° 23, il était tenu à l'époque par le photographe Jules Messiaen (père), il traversera le siècle. Ce qu'on sait moins c'est que cette maison vendait également, au début du XXe siècle, des bonbons et de la pâtisserie. En face de chez Jules Messiaen se dressait déjà l'imposant immeuble de la Banque Nationale. Au n° 30, la Maison Vilain proposait des conserves, des fruits et primeurs, du gibier, de la volaille, des vins et liqueurs mais fabriquait également des moutardes fines et ordinaires.  Au n° 35, le pharmacien Camille Jadot précisait dans ses publicités : "exécution soignée des prescriptions"! Cette maison sera par la suite transférée à la place de Lille. A cette même époque, au n° 82, le négociant J. Langlais-Kière offrait à la vente des chocolats et produits similaires de l'Union des Patrons Epiciers de Belgique. 

En 1912, au n° 31, la librairie Léon Delattre propose des journaux, livres, publications diverses ainsi que des cartes postales illustrées et vues diverses. Cette maison précise qu'elle porte la presse à domicile. 

1907 Tournai la rue Royale.JPG

Le Grand Bazar Parisien.

1928 Tournai Grand Bazar Parisien rue Royale (1).JPG

 

En 1906 existe au n°33, entre la rue De Rasse et de Monnel, le "Bazar Parisien" tenu par Mr. A Gallichet. En 1929, ayant pris le nom de "Grand Bazar Parisien", le bâtiment s'est agrandi et occupe alors les immeubles situés au n° 31 et 33. Il sera rasé lors des bombardements de 1940. A la place se dresse actuellement le magasin "Belgique Loisirs". qui a succédé à la "Supérette Crombez".

 

 

1928 Tournai Grand Bazar Parisien rue Royale (2).JPG

A l'angle de la rue Beyaert, on découvrait également le "Grand Bazar National", un bâtiment qui fut occupé, il y a quelques décennies par la firme Servagri, spécialisée en outillage de jardin et ensuite par le chausseur Rombaut. 

En 1923, au n° 64, se situe le magasin de G. Dubois spécialisé en éclairage, chauffage et force motrice, une maison fondée en 1908.  

Entre 1927 et 1932, à l'angle des rues Royale et Beyaert, Michel Vanden Broecke, alias Chelmy, patron du Palace, y tenait une taverne et hôtel (NDLR voir l'article qui lui a été consacré). Ce bâtiment abrite désormais, au rez-de-chaussée, le café "Chez Pech" et à l'étage des appartements. L'immeuble a été, malheureusement, le théâtre d'un fait divers tragique survenu il y a quelques années, lorsqu'un homme est décédé en se défenestrant en raison d'un incendie au dernier étage. 

A cette époque, un autre hôtel, café, restaurant avait pour enseigne : "le Café Vénitien".

Les bombardements de 1940 vont détruire la plupart des maisons que nous venons de citer. Il ne restera que des façades, ultimes témoins des commerces qui donnaient vie à cette artère. Lors du bombardement de mai 1940, cinq personnes y perdirent la vie : le 16 mai, Mme Joséphina Simons d'Anvers, 49 ans, Mr Jean-Baptiste Boucart, de Bruxelles, 55 ans, Mr Fernand Casterman, de Tournai, 59 ans, le 20 mai, Mme Juliette Waroquier de Tournai, 56 ans et Mme Marguerite Bonvarlet de Tournai, 54 ans. 

De nouveaux commerces.

 

1983 Grand Bazar parisien localisation.JPG

le magasin "A la ruche d'or" à l'angle de la rue des Jardins, en face le magasin Singer qui déménagera par la suite

Jusqu'à l'aube des années 2000, le commerce de la rue Royale sera florissant. Actuellement on y trouve encore l'enseigne, "A la ruche d'Or", droguerie Mercier au n°16 (voir photo ci-dessus), immeuble désormais occupé par une de ces nombreuses agences de travail intérimaire qui foisonnent en ville, le photographe Jules Messiaen (fils) au n° 23, la Maison Smets, instruments de musique, au N° 34, la "Banque Nationale", immeuble désormais occupé par la "CBC Banque" au n° 64, la "Société Générale" devenue "BNP Paribas" au n° 83. On a vu apparaître, entre autres car la liste n'est pas exhaustive, : le magasin Toubon, spécialités alimentaires de tous pays au n°1, bâtiment aujourd'hui occupé par une agence immobilière "Carré Immobilier", un magasin d'articles religieux, bougies... au n° 2 qui, selon certaines sources, aurait été tenu par la soeur du chanoine Dumoulin, bâtiment aujourd'hui occupé par un magasin de nuit, à côté, la "Maison Delneste", encadrements..., la Maison "Lintex", fine lingerie, au n° 3, immeuble occupé désormais par la sandwicherie "Pas sans Toi" , la parfumerie "Blondez" au n°5, le restaurant chinois "Kow Loon", fermé depuis quelques années, le magasin "Qualité", tout pour enfant au n°11, l'opticien "Nitelet", au n°12, l'agence immobilière "GIT" au n° 14 b, la Maison "Raymond Bariseau", radio-télé au n°15, devenu la brasserie "le Picardie", la boucherie-charcuterie "J. Vandaele" au n° 17, immeuble occupé aujourd'hui par une société de prêts "Auxifina", la boulangerie "Charles Lesaffre" au n° 18, reprise par le boulanger "Vienne" et devenue par la suite "Maximilan's Bakery", le restaurant asiatique "Sumo" au n° 19, le restaurant chinois "Pékin" au n° 21, Photoplan Eclair" devenu "Scol'Art création" au n° 23, "Au Royal", spécialiste des vins, spiritueux, champagnes... au n° 25, "Partners Assurances" au n° 28, "l'Imprimerie Royale" au n° 30, le fleuriste "Flore-Home" au n° 35, la "Maison Belin" au n°38, devenue par la suite les établissements "Merchez", spécialiste audio-visuel. Suite à la fermeture de ce dernier, le magasin est en cours de transformation et sera prochainement occupé par une autre agence de travail intérimaire "Konvert", le restaurant "la Médina" au n° 37, le "Comptoir général d'Horlogerie Suisse" tenu par Maurice Cainck-Mary au n° 40 (à l'angle de la rue du Sondart),  la mercerie, chemiserie, ganterie, les "Magasins Réunis", aux n° 42-44, le n° 42 est désormais occupé par le restaurant "Pitta Cléopatra", la pizzeria "Villa Réal" au n° 46, le chauffagiste "Steuve" au n°48 devenu le salon "Eco Chic Coiffure", la "Maison Jeudy", décoration, antiquités,  "Clair et Net opticien" au n° 49, "Belgique Loisirs" au n° 51, la boulangerie-pâtisserie "Bruynhooge" aux N° 50-52, "Vivaldis" agence intérim au n°54, "Adventure House III, articles cadeaux, au n°55, le nettoyage à sec "Nett-Eclair" au n° 57,  la pharmacie "Holvoet" au n°62, dont la façade rappelle les officines du temps jadis, la librairie "Press-Shop" au n° 63, la pharmacie "De Timmerman" au n°65, la "BeoBanque" au n° 64, le magasin "Singer" au n° 68 qui a succédé au magasin de vente de matériel de bureau Demillecamps, la boucherie-charcuterie "Jean Vandehemel" au n° 68 bis, la banque "Jules Joire", d'abord devenue "CBC Banque" et cédant les locaux à "Ethias" au n° 71, la "Haute Couture Selection" au n° 75 occupé ensuite par le dentiste Chamart, la "Maison Chanteclair", disques, radios, enregistreurs, guitares tenu par Mr. Coudoux, au n° 76 devenue "Beauty Non Stop", la boucherie-charcuterie "Guerin" au n°78, la sandwicherie "Dog sandwich" au n° 82, "Crédissimo Hainaut" au n° 85, le Centre PMS provincial au n° 87, le coiffeur "Easy Style" au n° 91, la pâtisserie "Delhaye" au n°95, successeur de la boulangerie pâtisserie Ballegeer, l'opticien "Charles Fritz" au n° 97 devenu l'optique "Desmet", l'épicerie "Royale Primeur" au n° 99, le fleuriste "Jean-Pierre Caudrelier" au n° 101, devenu "Art-Floral Desablens", la "Friterie Royale" au n° 103, la banque "Belfius" aux n° 105 à 109, le photographe "Photo-Rob" au n° 111, Les pizzas "La Régina" au n° 115, "Couture et Retouches" au n° 117, "Tout pour l'auto" René Duwelz, au n°121, bâtiment aussi reprit par un organisme financier qui après fusion est devenu "Fintro". 

1986 famille Bruynhooge.JPG

Qui se souvient encore du café "La Cave de l'Aigle", celui-ci accueillait de nombreux promeneurs dans les années cinquante et soixante, il s'appelle désormais "Les Coquelicots" et est à remettre. Qui voit encore le magasin "Discomatic-Shop" remplacé par un magasin "Carrefour Express" face auquel se retrouve, quotidiennement, une bande de marginaux accompagnés de leurs chiens qui y refont probablement le monde. Après deux tentatives infructueuses, le restaurant "Le Réfectoire" a fermé ses portes et attend un éventuel repreneur. On se rappellera aussi la "Maison Marvan", confection hommes, devenu "Christiansen", jouets pour enfant, le magasin "Pacherchic", confection pour dames, "Chauss'Beau" chaussures pour hommes et dames occupé désormais par un magasin de confection, chaussure et sacs chinois "Miss Jin", le "Bloc d'écume" rendez-vous des fumeurs notamment de pipes, le coiffeur "Delhoye", le bureau de comptabilité tenu par Jean-Pierre Tricot, trop tôt disparu, la boulangerie Debillemont etc...

Et maintenant ?

La dernière rénovation de la rue Royale date d'un peu plus de trente ans. Depuis lors les travaux réguliers pour la pose d'impétrants et la circulation automobile de plus en plus importante ont malmené son revêtement en pavés. Le parking n'y est pas toujours aisé. L'administration communale a pour projet de rendre à cette entrée de ville un aspect plus convivial et des travaux sont prévus pour les années à venir.

(sources : "Histoire de Tournai" de Paul Rolland, ouvrage paru en 1956 - "Tournai sous les bombes 1940-1945" d'Yvon Gahide, ouvrage paru en 1984 - "Le démantèlement des fortifications de Tournai et ses conséquences" de Robert Sevrin, étude parue dans les Publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tourna en 1985 - "Tournai" de Jacky Legge et Marc Secret, dans la collection Mémoire en Images, ouvrage paru en 1998 - "Tournai, un siècle de chocolatiers 1850-1950" d'Anne-Florence Biltresse, ouvrage paru en 2011 et recherches personnelles sur le terrain. Documents photographiques fournis par Jacques de Ceuninck et Jean-Faul Foucart que je remercie).

S.T. juillet 2016.

 

13:26 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rue royale, bombardements |

19/01/2015

Tournai : 1914-1918, le dernier mois d'occupation !

Nous voici donc arrivés à la mi-octobre, même si on rapporte que les alliés gagnent peu à peu du terrain, les Tournaisiens ne peuvent pas encore s'imaginer que la fin de la guerre est proche. Le pire reste à venir, la libération de la cité des cinq clochers va coûter de nombreuses vies et apporter des ruines supplémentaires.

L'ordre d'évacuation de la ville.

Le dimanche 13 octobre, un arrêté pris par l'occupant est placardé. Il stipule que les habitants de Tournai sont libres de quitter la ville par Havinnes, Maulde ou Melles mais que, dans quelques jours, l'évacuation forcée de l'ensemble de la population sera ordonnée à destination de Louvain. La majorité des Tournaisiens temporise, quelques familles quittent néanmoins la ville.

Le lundi 14, cinq chariots sont en attente sur la plaine des Manœuvres, ils sont à la disposition des civils souhaitant partir. Personne ne se présente.

Selon Alexandre Carette, une liste d'un millier de noms de notables a été remise à l'occupant par l'administration communale afin de les transporter en train, s'ils en expriment le désir, vers une région occupée mais moins menacée par l'avancée des alliés.

Les alliés se rapprochent de la frontière.

Des avions alliés bombardent des habitations à la rue des Jésuites, au quai Dumon et à la rue du Viaduc.

Le mardi 15 octobre, les Allemands affichent l'ordre d'évacuation de force des habitants. Celle-ci aura normalement lieu le lendemain. La ville de Tournai est entrée dans la zone des opérations, la défense de l'Escaut nécessite cette mesure énergique et humanitaire. Les Allemands commencent le placement d'explosifs sur les différents ponts. Sur intervention de l'administration communale, le Pont des Trous est épargné.

Le vendredi 18, les hommes entre 17 et 50 ans qui sont restés dans le village de Chercq sont emmenés par le pont d'Allain vers Bruxelles.

Le samedi 19, une rumeur circule en ville, elle annonce que les Alliés sont à Ascq et Bachy (NDLR : deux localités du Nord de la France proches de la frontière). Durant la nuit, pour retarder leur progression, les Allemands font sauter tous les ponts de la ligne de chemin de fer reliant Tournai à Orchies (Nord de la France).

Le dimanche 20 octobre, l'occupant exige l'évacuation de tous les habitants des faubourgs et des boulevards, ils doivent se diriger vers les villages ou vers le centre de la ville. Les maisons de la rive droite de l'Escaut sont transformées en une ligne de défense. On y place des mitrailleuses aux fenêtres et des pièces de gros calibre sont placées à l'avenue Van Cutsem et face à l'école Marvis. Pendant ce temps, les Allemands creusent des tranchées aux entrées de ville situées sur la rive gauche dans le but de retarder l'avancée des troupes alliées.

L'école communale de la porte de Lille et une maison du boulevard Lalaing sont incendiées "accidentellement" par des soldats allemands.

Le mercredi 23, on annonce que les premiers soldats alliés sont arrivés au faubourg de Lille et à la plaine des Manœuvres mais qu'ils ont été forcés de reculer sous le feu nourri des Allemands tapis dans les tranchées du boulevard Bara.

Le vendredi 25 octobre, les Anglais sont signalés dans le bois d'Ere et sur une ligne allant du hameau de Barges au cimetière du Sud. Les Tournaisiens les plus pauvres (la populace comme les désigne Alexandre Carette qui montre une fois de plus son esprit bourgeois) pillent le charbon de l'usine Deruyter abandonnée par les Allemands.

Le dimanche 27, le ciel est lumineux et la température un peu fraîche lorsqu'une vingtaine d'avions lâche sur la ville des petits bulletins sur lesquels on peut lire : "Confiance, vous serez libérés le 28". L'après-midi, le village de Rumillies subit un violent bombardement, de nombreuses maisons, encore debout, sont touchées, notamment à la "cité Delneste" au faubourg Morelle. Un habitant, Mr; André Hivre, réfugié à l'hôpital civil qui sert d'observatoire pour les guetteurs allemands, est tué par la chute d'un obus.

Le mercredi 30, de nombreuses maisons sont touchées par des obus, c'est le cas des habitations de Madame Vasseur Delmée située au pied du beffroi, de Madame Jacob et de sa fille au boulevard Léopold (NDLR : Melle Louise Jacob avait 19 ans en ce mois de novembre 1918, elle fut par la suite professeur, sa maison était située entre l'école d'Horticulture et le rue Saint-Eleuthère, elle est décédée en août 1982, à l'âge de 83 ans, elle se déplaçait toujours en bicyclette) mais aussi de maisons situées à la rue des Clairisses, à la rue des Chapeliers ou sur la Grand-Place.

Le 1er novembre, le cimetière du Sud étant situé en zone interdite, personne ne se rend sur la tombe d'un défunt à l'occasion de la Toussaint ou du Jour des Morts. Cinq personnes ont perdu la vie sur la place du Parc (NDLR : actuelle place Reine Astrid) et une au domicile de Madame Germiny Duquesne.

Le dimanche 3, vers 7h du matin, les Allemands dynamitent le clocher de l'église Saint-Antoine à la chaussée de Saint-Amand mais celui-ci résiste. La population tournaisienne se terre dans les caves car les bombardements anglais sont désormais quotidiens, les rues de la cité des cinq clochers sont désertes.

Le lundi 4, un avion anglais est abattu par l'artillerie allemande, il tombe dans l'Escaut à hauteur du pont Notre-Dame, l'aviateur est recueilli et fait prisonnier.

Le mercredi 6, par pur vandalisme, les Allemands dynamitent la statue de Barthélémy Dumortier qui se dresse sur le quai des Salines. L'Administration communale proteste et reçoit de vagues excuses de la part des responsables. Cette statue ne représentait pourtant pas un objectif stratégique.

Durant la nuit du 7 au 8 novembre, une série d'explosions secouent la ville, les Allemands pour protéger leur retraite font sauter les ponts sur l'Escaut y compris le pont d'Allain.

Le 8 novembre, un employé du service des eaux, venu examiner la rupture d'une conduite à hauteur du Pont de Fer est abattu par un Allemand. Ceux qu'on ne nomme plus que "Boches" font un dernier baroud d'honneur (ou d'horreur) en déversant quantité d'obus sur la rive gauche touchant le beffroi, la cathédrale et de nombreuses maisons. Dans l'exercice de ses fonctions, le garde-champêtre Lethorey est tué par un éclat d'obus à la chaussée de Lille.

Ce 8 novembre 1918, à midi, les Anglais arrivent à l'Hôtel de Ville, les soldats allemands ont emporté leur drapeau qui y flottait depuis quatre ans. Le drapeau belge le remplace aussitôt !

(à suivre)

S.T. janvier 2015.

15/01/2015

Tournai : 1914-1918, quatre années d'occupation (6)

En cette fin d'année 1917, hormis quelques résistants dont on apprend le plus souvent les activités contre l'ennemi lors de leur arrestation, plus personne à Tournai n'ose espérer une libération prochaine du territoire. L'occupant est parvenu à saper le moral d'une grande partie de la population qui vit désormais au rythme des perquisitions, des saisies, des ordonnances, des vexations. Pourtant dès le premier jour de l'année 1918, des signes vont apparaître dans... le ciel.

Les Allemands aux abois.

Durant la nuit du 1er au 2 janvier 1918, des combats entre aéroplanes se déroulent au-dessus du champ d'aviation de Ramegnies-Chin. En ville, l'occupant est de plus en plus nerveux, les Allemands ne présentent plus cette morgue, cette belle assurance du soldat teuton à qui rien ne résiste qu'ils affichaient tout au long des années qui se sont écoulées depuis octobre 1914. Hoppfer intensifie ses ordonnances notamment en ce qui concerne l'éclairage. Tout doit être occulté afin de ne laisser filtrer aucun rai de lumière. Le général allemand semble de plus en plus tracassé par la fréquence des raids aériens alliés.

Pour le troisième hiver consécutif, la météo se montre capricieuse. A partir du 7 janvier, jour du "Lundi perdu", le gel s'intensifie et la neige tombe recouvrant le sol d'une couche d'environ vingt centimètres. Le 10, le temps se radoucit brutalement et la fonte rapide des neiges provoque de nouvelles inondations, les riverains du rieu de Barges ont les pieds dans l'eau tout comme ceux de Warchin.

Tout est désormais prétexte à amende : non déneigement des trottoirs, détention de blé, non déclaration de cuivre..., Alexandre Carette déclare dans ses mémoires qu'en un mois, pour les cantons d'Antoing et de Tournai, environ 880.000 marks ont ainsi été payés par la population.

Le 31 janvier, les propriétaires d'immeubles doivent obligatoirement afficher, sur un tableau placé à l'entrée des habitations, le nom des personnes qui y demeurent. Il est interdit désormais de déménager et même de passer la nuit en dehors du domicile régulier.

Le 9 mars, les Tournaisiens sont réveillés par une formidable explosion. La rumeur se répand que des patriotes ont fait sauter un train entier de munitions du côté de Chièvres ou de Brugelette.

On ne sait pas encore si cela ressemble à un baroud d'honneur mais à partir du mois d'avril, les troupes allemandes lancent une offensive sur le front entre La Bassée et Armentières, dans le Nord de la France. Les Anglais reculent, ce qui permet aux soldats germaniques de prendre le Mont Kemmel, véritable observatoire sur le front de l'Yser. Foch contre-attaque et les déloge, à peine un mois plus tard. L'envahisseur commence à douter.

A partir du mois de mai, on va assister à de nombreux bombardements de la ville de Tournai et de ses environs. Le 3, des bombes tombent à proximité du Pont des Trous et dans les rues Guillaume Charlier et Jeanne d'Arc. Elles détruisent la grande verrière de la gare qui devait probablement être l'objectif des alliés. Le 23, c'est le village de Marquain qui est victime de bombardements. Le berger logeant dans la ferme Leuridan est tué, deux voisins sont blessés ainsi qu'un officier allemand. Un hangar d'aviation semblait accolé à cette ferme. 

Le 27 juin, c'est au tour du centre-ville d'être bombardé : la rue du Cygne où une dame du nom de Dufour est tuée chez elle, les rues du Limousin et du Château, l'avenue Leray, le quartier Saint-Brice et le boulevard Léopold sont les cibles de cette attaque aérienne des alliés. La nuit suivante, un bombardement massif a lieu sur le village de Chercq et le faubourg de Valenciennes. Au cours de celui-ci, l'aile gauche de la maison d'Alexandre Carette située au boulevard du Midi a été détruite. Ce dernier habitait provisoirement en ville, son immeuble ayant été réquisitionné pour loger le lieutenant-colonel d'artillerie von Mellentein et un caporal télégraphiste, ceux-ci trouvèrent la mort lors de ce raid qui tua également un nombre inconnu de soldats allemands à proximité du pont d'Allain. Environ nonante bombes tombent sur la ville lors de la nuit du 1er au 2 juillet.

Au mois de juillet, le bourgmestre Stiénon du Pré décède. D'impressionnantes funérailles sont organisées le 30 juillet en la cathédrale Notre-Dame, détail qui n'est pas anodin, en tête du cortège marchent quatre officiers allemands et la Kommandantur a fait livrer une couronne. C'est l'échevin de Rick qui fait fonction de premier magistrat de la ville. Celui-ci est en conflit ouvert avec un autre membre de l'assemblée, Mr. Victor Carbonnelle, il l'a même accusé, à tort et publiquement, de fraude au niveau de sa distillerie. Il a pu être prouvé que la distillerie Carbonnelle avait toujours déclaré toutes les quantités produites, à cette occasion deux clans se sont, à nouveau, formés au sein de l'hémicycle tournaisien (libéraux contre catholiques). 

Les déportations.

Jusqu'à présent, les déportations avaient été réalisées individuellement ou par petits groupes. Cette fois, on assiste à des déportations massives. Le 25 mai, 700 hommes sont conduits à la gare par trente gendarmes. Ceux-ci repoussent sans pitié les femmes et les enfants de ces malheureux qui partent pour Haubourdin. Le 31 mai, suite à une perquisition du couvent, 18 Jésuites sont déportés, convaincus d'espionnage au profit des alliés.

Le 6 octobre ce sont les hommes de Chercq, Willemeau et Ere qui sont déportés.

Le 11 octobre, tous les hommes qui restent à Tournai sont déportés. Une ordonnance a été publiée quelques jours auparavant : 

Le 11 octobre 1918, à 7 h du matin (heure allemande) doivent se présenter au contrôle dans la caserne d'infanterie avec leur bagage à main, tous les hommes de la commune de Tournai soumis au contrôle à l'exception de ceux indiqués ci-après. Il faut se munir de vivres pour un jour au moins. Ne doivent pas se présenter :

tous les ouvriers occupés au chemin de fer militaire, par la direction militaire des cours d'eaux et les gardiens de ponts de l'Escaut,

tous les employés et ouvriers du services des eaux, de l'usine à gaz et de l'électricité, ainsi que les pompiers et les agents de police pour autant qu'ils étaient attachés à ces services avant le 1er octobre 1918,

les employés du comité Hispano-hollandais inscrits dans les livres de l'officier du ravitaillement pour la population civile (Mr. le Capitaine Willis à Mons, valable au 1er octobre 1918).

Les estropiés, infirmes et gravement malades sont également exemptés.

Le curé de la paroisse du Sacré-Cœur donne une version de ces faits :

"Le 11 octobre 1918, par ordre de l'autorité boche, entre deux haies de soldats armés de fusils, les Tournaisiens furent conduits, à pied, jusque dans un village proche de Bruxelles, pour continuer, si l'armistice n'était pas intervenu, jusqu'en territoire allemand. En route, ils logeaient dans des granges, des écuries, des greniers ou des églises; ils faisaient tous leurs repas en plein air, sur les chemins, même par la pluie. Ils étaient astreints de traîner non seulement leurs bagages mais aussi ceux des soldats qui les accompagnaient. Quatre à cinq fois par jour avait lieu une halte d'un quart d'heure. Onze cents de ces évacués furent recueillis par deux prêtres flamands près de Hal et certains furent hospitalisés, d'autres moururent en route".

L'avance des troupes alliés va bientôt permettre de libérer la cité des cinq clochers ! 

(à suivre)

(sources : "Souvenirs d'Alexandre Carette" par Madame Jacqueline Delrot, Licenciée en Histoire de l'Université de Liège, parus dans le tome IX des Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 1997 - "La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée", étude de Céline Detournay parue dans les Publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 2003 - "Au nom de tous les Nôtres 1914-1918", ouvrage collectif publié par les Ecrivains publics de Wallonie picarde en août 2014 - "Comment la population du Grand Tournai a vécu la guerre 1914-1918 - rapports des curés de paroisses et de supérieurs de couvents" de Thierry Bertrand et Jacques Pycke, ouvrage paru en 2014 - "Echos de la guerre 1914-1918 dans un semainier de l'église de la Madeleine à Tournai" par Jean Dumoulin, chanoine archiviste de l'Evêché et du Chapitre cathédral et Jacques Pycke, chercheur qualifié au F.N.R.S archiviste, article paru dans le tome III des mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - "Le Courrier de l'Escaut", éditions du journal parues en 1918.

(S.T. janvier 2015)

17:47 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, 1914-1918- déportations, bombardements, hoppfer |

23/02/2010

Tournai : 1940-45, une ville dans la tourmente (4)

Le 18 mai 1840, huit jours après que les troupes allemandes eurent franchi la frontière, le front avait sérieusement progressé. L'ennemi venait de s'emparer d'Anvers, Rommel avait atteint Cambrai et les troupes du général Giraud, reste de la IXe armée française, avaient prénétré dans Le Cateau, petite ville déjà occupée par les Allemands. Les soldats français y furent faits prisonniers.

A Tournai, les incendies allumés par les bombardements des 16 et 17 mai continuent à progresser, les valeureux pompiers sont trop peu nombreux et disposent d'un matériel insuffisant pour parvenir à tous les circonscrire. Apprenant que les flammes menacent la cathédrale Notre-Dame, Mr. Lambert, le Directeur de la prison réunit, vers 6h30, quelques gardiens et rassemble pelles, pioches, échelles et seaux. Quinze détenus se portent volontaires pour aller éteindre l'incendie qui risque de détruire le prestigieux édifice. Tous sont conscients des risques que représente pareille entreprise mais aucun ne recule. L'autorité communale est absente, depuis le 16 mais, c'est le conseiller communal Etienne Carton qui fait fonction de bourgmestre. On tente de le contacter. A leur arrivée au pied des cinq clochers, les hommes constatent que la rotonde de la sacristie est en flammes. Heureusement, le courageux sacristain est resté à son poste et ouvre les portes pour prendre l'eau nécessaire à ce travail titanesque qui attend les hommes. Ceux-ci, à coup de haches, font tomber les corniches après les avoir noyées d'eau. Entrant dans la cathédrales, ils sauvent tapisseries et ornements avant d'éteindre les parties léchées par les flammes. Dans la chapelle privée de l'Evêque, le feu s'est communiqué au baldaquin et au fauteuil, elle aussi sera sauvée. Averti du travail réalisé par ces hommes, Mr. Carton leur envoie en renfort sept hommes supplémentaires. La trentaine d'hommes va lutter contre l'incendie jusqu'à 21h30 et Notre-Dame sera protégée. Alors que Mr. Lambert retourne avec gardiens et prisonniers à la prison pour un repos bien mérité, les Autorités anglaises lui intiment l'ordre de faire évacuer le bâtiment.

Contrairement à la cathédrale, l'Hôtel de Ville situé à l'emplacement de l'abbaye de Saint Martin, dans le parc communale, sera totalement détruit par un incendie. Il ne subsistera que les façades. Le feu a détruit les archives et les registres de la population, tout devra être reconstitué. Au sujet de l'origine de cet incendie, les avis sont opposés. Si certains l'imputent aux bombardements allemands, beaucoup d'autres désignent les anglais comme étant ceux qui ont bouté le feu. Il faut savoir que depuis le début de l'offensive allemande, les troupes anglaise, le B.E.F., battaient en retraite, elles avaient voulu faire de Tournai, un point de défense stratégique. L'Etat Major anglais occupait une partie des bâtiments de l'Hôtel de Ville. On y trouvait le matériel, des documents probablement marqués du secret ainsi que les armes et munitions réquisitionnées quelques jours plus tôt. Comme c'est souvent le cas lors d'une retraite, les militaires anglais ont-ils voulu empêcher que tout cela ne tombe entre les mains ennemies ? C'est une hypothèse. Cette vision est néanmoins corroborée par le témoignage de l'épouse d'un policier qui habitait dans les maisons situées à proximité. Elle a assisté au bombardement et jamais elle n'a vu de bombes tomber sur le bâtiment, par contre, elle a aperçu les derniers militaires britanniques quitter rapidement les lieux et le feu se déclarer une heure plus tard. ... D'autres témoins rapportent que des bombes explosives sont tombées à l'Enclos Saint Martin, y avait-il parmi celles-ci des bombes incendiaires ? C'est une seconde hypothèse.

Qu'elle qu'en soit l'origine, l'Hôtel de Ville était détruit ! Les Allemands vont désormais occuper la ville, A partir du 28 mai, c'est le juge Mauroy qui acceptera la fonction provisoire de bourgmestre, l'occupant avait pressenti le chanoine Nassaux mais celui-ci avait décliné cette offre préférant soigner les nombreux blessés. Le 21 juin 1940, c'est le conseiller communal, Louis Casterman, industriel bien connu, né en 1893, qui accepte la "lourde" responsabilité de gérer la ville, il assumera courageusement celle-ci jusqu'à la libération, le 4 septembre 1944. Les bombardements allemands sur la ville vont cesser le 6 juin 1940, ils ont fait 238 victimes répertoriées. Une autre vie commence pour une population passée en quelques heures du calme du quotidien au pire des cauchemars. Nous parlerons maintenant de la vie à Tournai durant les quatre longues années d'occupation....

(sources : "Tournai sous les bombes d'Yvon Gahide" édité en 1984 par la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre, livre edité en 1990 par l'Association Archéologie Industrielle de Tournai, Le Courrier de l'Escaut et recherches personnelles)

09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, guerre 40-45, bombardements |

22/02/2010

Tournai : 1940-45, une ville dans la tourmente (3)

La journée 16 mai 1940 s'annonce splendide, une véritable journée de printemps. Profitant du beau temps, beaucoup de Tournaisiens sont à l'extérieur. Le jeudi après-midi, les écoliers sont en congé et une fois les devoirs terminés ou peut-être pas encore effectués, les enfants jouent dans les rues, les parcs et les jardins. 

Vers 15h, tout va soudainement se précipiter. C'est tout d'abord la sirène du beffroi qui retentit alors que dans le ciel bleu, des avions, par groupe de trois, font leur apparition. Les premiers tirs de la DCA retentissent. Les parents, incrédules, rappellent à la hâte les enfants qui jouent, insouciants du danger qui menace. Des sifflements se font entendre, les premières bombes viennent d'être larguées. Combien de temps va durer ce bombardement, personne ne peut le dire avec certitude, sous pareil déluge de fer et de feu, les secondes ressemblent à des minutes, les minutes à des heures. 

Lorsque la fin d'alerte retentit, le tocsin prend le relais appelant les pompiers volontaires à combattre les très nombreux incendies qui ont éclaté en ville. Par vagues successives, les avions allemands ont frappé le coeur de la cité, tous les quartiers ont été successivement touchés : Saint Jean, Saint Brice, Saint Jacques, les quais et la gendarmerie. Onze gendarmes trouveront la mort à proximité de celle-ci dans la rue de la Citadelle.

Face à cette barbarie, les gens décident de partir, de quitter leur foyer et de fuir les combats, c'est "l'évacuation" qui va jeter des familles entières sur les routes, des plus jeunes aux plus âgés. Des caravanes de voitures chargées à la hâte, des charrettes à bras et des centaines de piétons dont certains poussent des landaus prennent la direction de la France et de la Flandre. 

Dans sa maison du boulevard Bara, Louis, qui vient d'être pensionné, songe à sauver ce qu'il peut. Avant de quitter sa maison emmenant avec lui, sa femme, sa belle-fille (veuve depuis deux ans) et ses petits enfants, il se rappelle que durant la guerre précédente, les Allemands avaient "volé" tous les métaux pour leurs usines à armement. Lui qui fut chaudronnier a confectionné de nombreux objets décoratifs en cuivre et ils ne veut pas qu'ils tombent entre les mains de l'ennemi, il les emballe soigneusement dans du papier gris, les lie avec une ficelle et les cache dans la cheminée de l'arrière-cuisine en prenant soin de bien remettre en place la cuisinière. Ils y resteront non seulement le temps de la guerre mais ne seront finalement découverts que par ses petits-enfants, lors de travaux effectués dans les années septante. Les paquets noyés sous la suie avaient protégé leurs "trésors". Comme on disait alors : "c'est toujours cela que les Allemands n'auront pas !".

Avaient-ils eu raison de partir dès la fin du bombardement toutes ces personnes, traumatisées, le regard parfois hagard, qui avaient traversé une ville en ruine dans laquelle les incendies se multipliaient ? Très certainement car durant la nuit du 16 au 17 mai, un nouveau raid s'attaqua principalement au quartier Saint Jean et aux quais de l'Escaut, en visant probablement les ponts et en faisant de nouvelles victimes. Suite à ces nouvelles vagues d'assaut, le samedi 18 mai, la ville de Tournai n'est plus qu'un immense brasier, le centre-ville sur lequel veillent comme deux gardiens impassibles beffroi et cathédrale n'est plus qu'un champ de ruines. Le feu a détruit les immeubles de la Grand'Place, de la rue des Orfèvres, l'Evêché, l'Hôtel des Anciens Prêtres et la bibliothèque communale dans laquelle Lucien Jardez et un ouvrier, un dénommé Coinne, parviennent à sauver, au péril de leur vie, une centaine de manuscrits, le reste, un précieux héritage du passé sera malheureusement détruit. Il s'agit en effet de plus d'un demi-million d'actes allant du début du XIIIe à la fin du XVIIIe siècle et comprenant de très nombreux testaments de familles tournaisiennes et actes notoriés pour la tranmsission de terres ou d'immeubles, des "registres de la cité" et notamment les "registres des Consaux" datant du XVe au XVIII, des registres dans lesquels étaient notifiées toutes les décisions prises par les dirigeants de la cité des cinq clochers durant près de six siècles, de livres richement enluminés, une source inestimable pour les chercheurs avides de reconstituer l'histoire d'une famille, d'un quartier ou tout simplement de la ville de Tournai. Le feu ceinture désormais la cathédrale, nous verrons dans le prochain article comment cet édifice fut sauvé...

(sources : "Tournai, sous les bombes" d'Yvon Gahide édité en 1984 par la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, section Archéologie Industrielle et recherches personnelles parmi les souvenirs de famille).

08:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bombardements, evacuation, tournai, guerre 40-45 |

09/09/2007

Tournai : des origines à nos jours (22)

La seconde guerre mondiale éclate !

Les bruits de bottes résonnent un peu partout en Europe. Dès le 27 septembre 1938, on assiste à une mobilisation partielle de l'armée belge. Au 100.000 hommes sous les drapeaux, on mobilise 200.000 hommes supplémentaires. L'armée est sur pied de guerre renforcé. Pourtant, au niveau de notre gouvernement, on ne se serre pas les coudes, la stabilité n'est pas de rigueur. Cette instabilité est-elle finalement l'image que la Belgique a trop souvent donné à l'extérieur, des querelles de clochers naissent alors que l'intérêt du citoyen est en jeu. Certains préfèrent être les premiers dans leur petite région qu'être au service d'un pays, on appelle cela un esprit de clocher et celui-ci semble malheureusement encore souffler de nos jours !

Le 13 mai 1938, le gouvernement Janson tombre. Paul Henri Spaak devient alors le premier socialiste à occuper la fonction de chef du gouvernement. Dix mois plus tard, le 11 février 1939, son gouvernement chute suite à la nomination du Dr. Martens à la tête de la nouvelle académie de médécine, sa candidature avait été défendue par Spaak contre l'avis des autres partis. Le 21 février, une nouvelle équipe sera formée, dirigée par Hubert Pierlot, elle ne tiendra qu'une petite semaine et, pour des raisons économiques, chutera à son tour. Les successeurs dirigeront le pays jusqu'au 5 janvier 1940. Le sixième gouvernement depuis 1935 connaîtra une grave crise le 26 avril 1940 et sera contraint de démissionner. Dans quelques jours, un nouveau conflit mondial éclatera mais les intérêts particuliers ont une fois de plus prévalu sur l'intérêt général.

Le vendredi 10 mai 1940, les tournaisiens sont réveillés par le tocsin et les cloches des églises. Durant l'après-midi de cette belle journée printanière, un bombardier allemand survole la ville et lâchent des bombes qui provoquent principalement des dégâts à des immeubles de la chaussée de Bruxelles, Mr Henri Duhaut, alerté par le bruit des moteurs, sort de son domicile pour s'informer de ce qui se passe, avec son épouse Jeanne François ensevelie sous les décombre, ils seront les premières victimes civiles du carnage qui va suivre.

Entre le 16 mai et le 6 juin, près de 150 personnes perdront la vie dans les bombardements qui frappent la cité des cinq clochers. Ils ont pour but de détruire les ponts, d'endommager les voies de communication, de paralyser la gare, important noeud de communications. Les dégâts sont inimaginables, le quartier Saint-Jean subit des dommages considérables. Le 18 mai, le centre de la ville est en feu. Bientôt, cathédrale et beffroi se dresseront comme les gardiens séculaires d'une ville en ruines. Les cinq clochers ont failli eux aussi disparaître dans l'embrasement général, la cathédrale doit son sauvetage au courage de quelques citoyens emmenés par Mr Lambert, le directeur de la prison. Celui-ci, accompagné de quelques membres du personnel et de quinze détenus, va combattre l'incendie qui a pris naissance au niveau de la rotonde de la sacristie. Il sera rejoint par quelques habitants qui formeront des chaînes pour arroser le brasier débutant. La chapelle privée de l'évêque est également en feu. Grâce au dévouement de cette poignée d'hommes qui luttèrent une journée entière, le prestigieux bâtiment, symbole d'une cité, sera sauvé.

Dès la fin du mois de mai 1940, les tournaisiens vont être confrontés à une longue et pénible période d'occupation. Se rappelant les exactions commises une vingtaine d'années plus tôt par les troupes du Kaiser, beaucoup quitteront la ville. Véhicules à moteur encore rares, charrettes, vélos... on chargera ce qui est possible d'emporter et une partie de la population tournaisienne partira pour quelques temps sur les routes de France. C'est la période de l'évacuation. D'autres entreront dans la résistance.

Le 28 mai 1940, les plénipotentiaires belges signent la capitulation de la Belgique en présence du Général Major Paulus, pas très loin de Tournai, au château d'Anvaing dans lequel les officiers Allemands avaient établi leur résidence. A nouveau, on retire les cloches des églises pour les embarquer par trains entiers vers l'Allemagne où elles seront fondues afin de fournir de la matière première pour l'armement. Cruel destin pour ces voix du ciel qui déclencheront à l'avenir le feu de l'enfer ! L'ennemi s'installera dans la ville, les magasins seront dévalisés, les maisons pillées. Précisons cependant que la mise à sac n'est pas seulement l'oeuvre de soldats allemands se comportant comme tous les guerriers en zone conquise mais aussi de bandes de jeunes tournaisiens désoeuvrés qui profitèrent de l'absence de certaines personnes pour perpétrer des vols dans leurs maisons inoccupées. La guerre va durer cinq années. La ville va souffrir profondément.

(sources : texte composé à partir du livre d'Yvon Gahide "Tournai, sous les bombes" édité en 1984 par la société Royale d'histoire et d'Archélogie de Tournai et recherches personnelles).

13:50 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, guerre 1940-1945, bombardements, évacuation |