12/04/2012

Tournai : origine du nom des (nouvelles) rues (2)

Après avoir résolu le problème posé par les nombreux noms de rues évoquant le cimetière, l'école, l'église, la gare ou les places, le groupe de Tournaisiens a porté son attention sur celles concernant les chapelles, les châteaux, les fontaines, les moulins, les près ou les champs.

Ainsi, il a fallu changer l'appellation de la rue de la Chapelle à Templeuve, on lui donna le nom de rue Justin Bruyenne, pour rappeler celui qui fut l'architecte de l'ancienne église et qui vécut de 1811 à 1896. Le chemin de la chapelle à Tournai est devenu le chemin Joseph Lacasse (1894-1975), le peintre tournaisien dont il a été fait référence dans ce blog. Plus surprenant est le nom qu'a pris la rue de la Chapelle à Vaulx, elle a été transformée en rue de l'Echo des Carrières, du nom du fanfare locale. 

On n'a pas modifié le nom de la rue du Château à Tournai, elle rappelle la présence de celui qui avait été érigé par Henri VIII durant l'occupation anglaise et dont il reste une tour comme vestige. La rue du Château à Maulde est devenue la rue des Carondelets qui était le nom des seigneurs du dit château. La rue du Château à Mourcourt a pris le nom de rue du Château de Baudignies, tandis que celle de Ramegnies-Chin est devenue la rue Norbert Bouzin (1792-1873), pomologue (arboriculteur spécialisé dans les fruits à pépins), créateur de six variétés de poires dont le "Gris" et la "Colmar de Chin", "Beurré" et "Doyenné" de Ramegnies. 

De nombreux villages du grand Tournai possèdent une fontaine, une source jaillissante à laquelle on donne parfois des vertus miraculeuses. La rue de la Fontaine à Maulde a été transformée en rue du Val de Maulde et à celle d'Orcq, on a jouté une précision en l'appelant rue de la Fontaine d'Arnouville, le nom de cette ancienne fontaine proviendrait de celui de Saint-Arnold. 

Tournai possède la rue des Moulins, elle la conserve mais elle avait aussi une rue du Moulin à Eau, fallait-il obligatoirement changer la dénomination de celle-ci, cela viendrait à faire croire que durant des décennies, il y a eu de nombreuses erreurs dans la distribution du courrier entre les habitants de ces deux rues de la ville. En tout cas, la rue du Moulin à Eau est devenue la rue Tour Canteraine en raison de la présence jadis d'une tour fortifiée et à la présence de nombreuses grenouilles Raine, un peu de poésie dans une adresse, voilà une excellente trouvaille. La rue du Moulin à Eau à Ramegnies-Chin est devenue la rue du Mouquet, mot qui désigne un épervier en patois local (ce mot est à rapprocher du français "émouchet", peu utilisé de nos jours, qui signifie "petit rapace.En ce qui concerne la rue du Moulin à Gaurain-Ramecroix, comme elle est située dans son prolongement on lui a donné, tout simplement, le nom de la rue de Landrecies et celle de Melles est devenue, autre nom poétique, la rue de la Fleur de Bouquette. Ce nom désigne une farine d'excellente qualité. 

Certains villages de l'entité possédaient  des rues des Près, des Prairies ou des Champs. A Froyennes, la rue des Près a été changée en rue de la Borgnette qui était déjà le nom de la voirie située en face de celle-ci, Tournai a conservé sa ruelle Desprets, mais il faut faire attention à l'orthographe et Lamain a conservé également sa rue des Près. La rue des Prairies à Vezon est devenue la rue du Rosoir, du nom du ruisseau qui y coule à proximité. La rue des Champs à Kain a pris pour nom rue Joseph Poutrain, écrivain, auteur d'une histoire de Tournai en 1674, né à Templeuve mais qui avait passé une partie de sa vie dans le village de Kain.

Notons enfin que le rue de la Bruyère à Tournai (à proximité de la prison) a été modifiée en Piésinte du Bomart (sentier du Bomart), nom d'un habitué du cachot en raison de son état d'ébriété permanent au XVIIIe siècle, nous avons consacré un article sous le titre "Quand on allait au Bomart" que je vous invite à découvrir. (à suivre)

(sources : Administration Communale de Tournai. www.tournai.be)

09/06/2010

Tournai : Quand on allait au "Bomart" (3)

Au XIXe siècle, les bâtiments d'une prison "idéale" avaient été imaginés par le philosophe et théoricien Jeremy Bentham sur le principe dit du "panoptique", le surveillant devait pouvoir contrôler tous les détenus sans que ceux-ci ne s'en rendent compte. Avec leurs hauts murs d'enceinte en briques et pierres, leurs tourelles crénelées encadrant une large porte d'entrée, les premières prisons font immanquablement songer à des châteaux forts.

 

La description de la prison de Tournai faite par un certain Bourla, en 1884, nous permet de mieux visualiser le décor de cet univers carcéral : "Au centre du premier étage se trouve un observatoire pour les gardiens et, au second étage, également au centre, une chapelle où les détenus appartenant au culte catholique sont conduits les dimanches et jours fériés (jours de fêtes religieuses) pour assister aux offices. A l'époque, il existe aussi un quartier spécial pour les femmes desservi par trois religieuses ainsi que plusieurs cellules infirmerie. Chaque cellule de 4m sur 2m50 est éclairée par une fenêtre grillée (protégée par une grille) d'une largeur suffisante". On apprend également que la cellule est meublée d'un lit-table, d'un tabouret et d'une étagère pour les ustensiles de cuisine en fer-blanc. Au mur, deux panneaux : l'un reprenant une suite de maximes et de réflexions morales, l'autre, le règlement de la maison. Dès que le détenu sort de sa cellule, il doit garder un profond silence, marcher avec des chaussons de lisière (sic) et se couvrir la tête d'un capuchon.

 

A l'époque actuelle, la prison de Tournai est un des trois lieux de détention hennuyers avec ceux de Mons et de Jamioulx. Elle est uniquement réservée aux hommes et possède une capacité d'accueil de 200 places. Les femmes coupables d'un délit, dans l'attente d'un jugement ou condamnées à une peine d'emprisonnement sont généralement transférées à la prison de Mons. Dire que le nombre de deux cents places est suffisant et que le taux d'occupation est rarement dépassé serait largement travestir la vérité. Si, jusqu'il y a une trentaine d'années, il pouvait s'avérer suffisant car le nombre de détenus tournait alors entre 150 et 160, il est parfois trop juste à notre époque qui voit la criminalité augmenter.

 

On s'interroge parfois sur les retombées économiques que peut provoquer la présence d'une institution pénitentiaire au sein d'une commune. En ce qui concerne Tournai, la prison procure environ 120 emplois en équivalent temps plein et les petites livraisons journalières (nourriture, librairie...) sont effectuées par des fournisseurs locaux. La ville de Tournai ne perçoit pas de précompte immobilier pour le bâtiment, puisque celui-ci appartient à l'Etat Belge. Elle reçoit tout au plus une indemnité annuelle, dite "main-morte" qui concerne non seulement la prison mais aussi l'hôpital et le CPAS. Ce montant était de 73.000 Euros en 2009. Comme la commune doit aussi, lors de mouvements de grève des gardiens, pourvoir à leur remplacement par des membres des services de police et que le coût de ces prestations "exceptionnelles" est à sa charge, on ne peut pas dire que la communauté reçoit un avantage énorme de cette présence en ses murs. 

 

Si la prison de Tournai a un jour fait parler d'elle dans l'Europe entière, c'est malheureusement au travers d'un fait divers dont elle se serait bien passé. Le vendredi 16 septembre 1983, profitant d'une grève des gardiens et de leur remplacement par des membres des force de l'ordre peu routinés à cette fonction, 38 détenus en ont profité pour faire la "belle", "une grande évasion", un record digne de figurer au Guiness Book. Certains revinrent d'eux-mêmes, d'autres furent repris durant les jours ou les semaines qui suivirent. Battues, contrôles, présence de chiens pisteurs, survol de la région par un hélicoptère de la police, ce week-end là fut particulièrement animé dans la cité des cinq clochers! 

 

Le 12 novembre 2009, Stefaan Declerck, Ministre de la Justice et Didier Reynders, Vice-Premier et Ministre des Finances sont venus inaugurés l'aile B rénovée.

 

Vous savez maintenant ce que veut dire l'expression tournaisienne "aller au Bomart", mieux vaut faire en sorte d'éviter cet endroit...

 

(sources : avec l'aimable autorisation de Mme Nicole Demaret, Conservateur du Musée de Folklore de Tournai, j'ai puisé, largement, dans son étude du 12 novembre 2009 parue dans le bulletin communal "Tournai la Belle", j'ai également trouvé des informations dans l'étude de Mme Aurélie Autenne, Architecte de formation, titulaire d'une maîtrise en conservation des Monuments et Sites de la KUL, paru dans le journal "Le Soir", et dans une interview de l'Echevin des Finances de la ville de Tournai, Mr. Jean Marie Vandenberghe, parue le 18.1.2009 dans le journal "le Nord Eclair" et recherches personnelles).

08:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, prison, bomart |

08/06/2010

Tournai : Quand on allait au "Bomart" (2)

Existait-il à Tournai deux formes de sentence comme c'était le cas en France à cette époque : les peines de prison ouverte et de prison fermée ? Les premières obligent les personnes condamnées à rester dans l'enceinte d'une ville, d'un duché ou d'un royaume et à se présenter régulièrement devant un juge, les secondes s'appliquaient principalement aux individus dangereux responsables de graves délits. Nous n'avons pas de précisions à ce sujet, mais on sait que le Chapitre de Tournai qui était alors "un état dans l'état", rendait sa propre justice. Deux prisons dépendaient des autorités ecclésiastiques : la prison du Chapitre ("Casin Brunin") dans laquelle sont enfermés les malfaiteurs réputés "clercs" (personnes qui se consacrent au service de l'Eglise) et la prison de "l'Officialité" dont la juridiction s'étendait à tout le diocèse, elle se situait dans le clos capitulaire.

 

Une autre justice va apparaître, celle du "Baillage" ou "justice royale", qui s'éxerce au nom du pouvoir souverain du Roi représenté par le Bailli dès 1383. Sa juridiction s'étend à toute la province à l'exception de la ville et de sa banlieue. Elle prendra fin en 1773 et sera remplacée par le Conseil provincial du Tournaisis jusqu'en 1784. Sur la Grand'Place de Tournai, un restaurant à l'enseigne du "Carillon" possède, au niveau du second sous-sol, deux cachots de la justice du baillage.

 

Après l'indépendance de la Belgique, on construisit de nombreuses prisons pour atteindre le nombre actuel de trente-quatre établissements pénitentiaires. La plupart de ceux-ci seront érigés durant la seconde moitié du XIXe et le début du XXe siècle. Leur conception sera faite sur base d'une disposition imaginée par Edouard Ducpétiaux, inspecteur général des prison durant plus de trente ans, qui préconisait des ailes de cellules convergeant vers un poste central qui était dévolu au centre de surveillance.

 

La prison de Tournai, appelée au départ par les habitants "prison Bara", du nom de Jules Bara, homme politique tournaisien qui fut Ministre de la Justice, fut construite par L.J. Delporte selon les plans de l'architecte bruxellois François Derre en 1868 et mise en service en 1871. C'est, en effet, le 28 octobre de cette année-là que les détenus de la maison des Carmes y seront transférés, inaugurant ainsi ce nouvel établissement pénitentiaire construit au faubourg de Valenciennes alors que la destruction de l'enceinte communale venait de commencer. ... Rapidement, elle prendra le nom de "Bomart". A cette époque, on avait coutume de dire d'une personne condamnée à une peine de prison qu'elle était "au Bomart". Cette expression trouve son origine chez un certain Louis Bomart, ouvrier Balotil (tisserand à domicile, confectionneur de bas), né en 1770. Souvent pris en état d'ébriété et coupable de sévices et de mauvais traitements sur son épouse, il était un habitué du cachot. Cela me permet d'ouvrir une parenthèse et de faire un rapprochement avec un cas semblable qui m'a été raconté par un guide de la municipalité de Wambrechies, petite ville du Nord de la France. Dans les années d'après-guerre, le cachot qui se trouve au sein de la mairie était presque devenu la seconde résidence d'un dénommé "Rigadin", un homme qui arpentait les rues en hurlant aux soirs de beuveries et se retrouvait ainsi au cachot pour trouble de l'ordre public. Oublier par la suite, l'expression "aller au Bomart" a retrouvé vie lorsqu'en sa séance du 24 octobre 2005, le Conseil Communal de Tournai adopta le nom de "Piésinte de Bomart" pour dénomination de l'ancien chemin de la Bruyère qui longe l'arrière de la prison. Dans le prochain article, nous détaillerons cet établissement tournaisien qui se dresse à proximité du carrefour des Résistants...

08:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, prison, bomart |

07/06/2010

Tournai : Quand on allait au "Bomart"

"Aller au Bomart", voici une expression typiquement tournaisienne probablement peu connue d'une partie de la population et très certainement totalement inconnue des personnes étrangères à la cité des cinq clochers. J'évoquerai aujourd'hui un bâtiment particulier de la ville : sa prison. ... Elle est située au n°1 de la rue du Chantier, une adresse connue de ceux qui y travaillent et aussi de ceux qui doivent y faire un séjour forcé. Avant de parler de ce lieu spécifique, il serait peut-être intéressant de se replonger dans l'Histoire.

 

Dès que l'homme a décidé de vivre en société, le respect de règles morales s'est tout naturellement imposé et celles-ci ont, progressivement, été coulées dans des lois. La prison est apparue le jour où elle subsituta, peu à peu, à la "loi du talion", basée sur une punition identique à l'offense, la notion "d'oeil pour oeil, dent pour dent" que l'on retrouve dans la loi hébraïque. Le rôle de la prison a varié selon les époques, elle a très certainement était créée pour punir une personne coupable d'un délit et pour protéger la société d'individus dangereux pour eux-mêmes et surtout pour les autres. Suivant les époques, elle fut aussi le lieu d'accueil d'opposants aux régimes en place. D'abord considérée uniquement comme un lieu de détention en punition d'un fait, elle est devenue aussi un outil de réinsertion. Un tournant dans l'histoire carcérale survient en 1789 lorsque la "Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen" proclame que "nul ne peut être accusé ou détenu que dans des cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle a préscrites". Déjà à l'époque romaine, on trouvait "l'ergastule" une prison souterraine accueillant les esclaves, les gladiateurs mais aussi des personnes ayant commis des faits graves. Au moyen-âge, les lois étaient édictées par chaque commune et le justice était rendue, le plus souvent, par les autorités ecclésiastiques. Dès qu'une personne avait été arrêtée pour avoir commis un délit, elle était placée, dans l'attente de son jugement, dans un cachot.

 

A Tournai, on trouvait un cachot jusque dans la cathédrale, il était situé dans la tour Brunin. Le beffroi, symbole des libertés communales, en possédait également un, plus tard les tours d'enceinte serviront, elles aussi, de prison (voir à ce sujet les articles consacrés aux enceintes communales parus en mai 2010). Il est étonnant d'apprendre que les prisonniers sont confiés à la vigilance de geôliers qui ne recoivent aucune rémunération pour leur travail. On comprend dès lors que les personnes emprisonnées parvenaient facilement à soudoyer leurs gardiens pour obtenir une amélioration de leur condition de détention (encore fallait-il en avoir les moyens). ... D'autres prisons apparurent au cours des siècles qui suivirent, celle de la "Pippenerie" et du "Tiens-le-bien" (sic) à côté de la Halle des Consaux, la prison de la "Tannerie" qui existera jusqu'en 1818 à l'emplacement de l'actuelle rue Garnier et la "Maison d'arrêt de la rue des Carmes" dans l'ancien couvent des Carmes déchaux dont on trouve déjà la trace dans des écrits de 1795. Nous poursuivrons cette plongée dans l'histoire carcérale dans le prochain article...

08:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, prison, bomart |