21/05/2012

Tournai : un lieu qui n'est pas un désert !

"Quel sont les lieux que vous connaissez le mieux à Tournai ?" Si vous posez la question à un Tournaisien ou à un touriste venu visiter la cité des cinq clochers, vous recevrez invariablement comme réponses : la cathédrale Notre-Dame, le beffroi, la Grand'Place, le Pont des Trous, la tour Henri VIII, l'Hôtel de Ville ou les musées. Il y a pourtant un autre lieu d'une grande richesse culturelle dont on parle (trop) peu, un imposant bâtiment (re)venu, un peu par hasard, sous les projecteurs de l'actualité, il y a quelques semaines à peine. 

En ce début d'année 2012, des négociations ont été entamées par les responsables de l'Ecole d'Architecture Saint-Luc, dépendant de l'U.C.L auprès des responsable communaux dans le cadre d'une demande de transfert des locaux au coeur de la cité, les nombreux étudiants étant, de plus en plus, à l'étroit dans leurs murs à Ramegnies-Chin. Les auteurs du projet avaient jeté leur dévolu sur deux bâtiments inoccupés au pied de la cathédrale : l'hôtel des anciens prêtres et le bâtiment des archives de l'Etat. Ce souhait venait bouleverser le plan des autorités communales qui avaient envisagé l'installation d'un hôtel à cet endroit. Celles-ci proposèrent alors en échange l'occupation du "Séminaire épiscopal".

Contrairement aux années soixante où on les voyait défiler, en rangs serrés, par la place Reine Astrid vers la cathédrale pour se rendre aux Vêpres du dimanche après-midi, il y a belle lurette qu'il n'y a plus de séminaristes dans les bâtiments de la rue des Jésuites. La crise des vocations et l'abandon par beaucoup de la pratique ont amené les autorités religieuses à les regrouper à Namur. Depuis le début du XIXe siècle, l'institution était le lieu de formation des prêtres du diocèse de Tournai. 

En novembre 2008, l'institution religieuse tournaisienne a fêté son bi-centenaire. Pourquoi organiser une commémoration d'anniversaire dans un bâtiment à l'abandon se diront certains. Contrairement à cette affirmation, on est amené à constater que cette grande maison grouille d'une vie, peut-être, insoupçonnée. Le Séminaire accueille un institut de Théologie, une bibliothèque, un musée, la librairie et médiathèque Siloë spécialisée dans les ouvrages religieux, l'Académie de musique Saint-Grégoire qui enseigne notamment le chant grégorien, l'orgue et le clavecin, une antenne de "Missio", organisation internationale de solidarité et d'échange entre communautés chrétiennes et de promotion des rencontres inter-culturelles et inter-religieuses. Une partie des bâtiments est également occupée par la communauté des Soeurs de l'Assomption arrivées en 2003. Tous les mardis, d'octobre à mars, le Grand Auditoire est le lieu où sont organisées les conférences de "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui". Le bâtiment est aussi l'endroit de retraite et de formation pour étudiants ou chargés de cours de religion, le lieu de réunion des responsables religieux de la région de Tournai. 

Comme on le voit, décider d'y installer les étudiants des cours d'architecture de Saint-Luc aurait été faire fi de toutes ces activités qui se déroulent derrière les austères murs de la rue des Jésuites et de la rue de Bève, à l'insu, sans doute, d'une grande partie de la population.

Notre but est d'en évoquer deux élements culturels, la bibliothèque et le musée.

La riche bibliothèque est constitutée d'ouvrages datant de quelques siècles. Elle a recueilli, au fil des ans, des dons de particuliers ou de collectivités. La collection estimée à plus de 5.000 ouvrages est aussi composée d'oeuvres appartenant à des couvents, abbayes ou communautés religieuses supprimées par les Révolutionnaires français, à la fin du XVIIIe siècle, lors de la décennie pendant laquelle ils occupèrent et, il faut bien le dire, pillèrent Tournai. Ses principaux domaines sont la théologie, la philosophie, l'histoire, les sciences humaines et la littérature. Dans sa partie ancienne appelée "la réserve précieuse", elle rassemble des ouvrages du chapitre cathédral. Parmi  350 manuscrits, on y trouve la célèbre "Bible de Lobbes" écrite en 1084, une "Vie de Sainte Renelde" du XVe siècle et des incunables (ouvrages datant d'avant l'invention de l'imprimerie). Le séminaire dispose aussi d'une vaste réserve d'archives provenant des abbayes, couvents et congrégations du diocèse, celles-ci ne sont pas en libre consultation.

Le musée a été imaginé en 1971 par le chanoine Milet, bibliothécaire, professeur de théologie et passionné d'histoire. Deux salles proposent des oeuvres d'art, des objets archéologiques et les livres anciens de la réserve précieuse. On peut y voir des tableaux des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle dont la collection de 17 tableaux sur bois du XVIe siècle peints par Frans Pourbus l'Ancien. 

Les "Pourbus" étaient une famille d'artistes flamands des XVIe et XVIIe siècle. Parmi ceux-ci Frans Pourbus dit "l'Ancien" était né à Bruges en 1545 et décédé à Anvers en 1581. Fils de Pieter Pourbus, il épousa Suzanne de Vriendt, la fille du sculpteur Corneille Floris de Vriendt à qui on doit le jubé de la cathédrale Notre-Dame de Tournai (voir un précédent article à ce sujet). Parmi ses peintures, on trouve les panneaux de la Passion provenant du choeur de l'ancienne abbaye de Saint-Martin. A l'origine, il semble que cet ensemble comprenait neuf panneaux de bois, huit étant peints des deux côtés et le "Christ en croix avec les larrons" était destiné au Maître-Autel. La particularité des huit panneaux était qu'ils représentaient des scènes de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension du Christ visibles depuis les stalles du choeur dans lequel ils avaient été placés, tandis que l'envers était dédié à des scènes de la vie de Saint-Martin, saint patron de l'abbaye, visibles eux depuis le déambulatoire. Depuis 1971, ces tableaux, auparavant exposés dans la chapelle et le grand réfectoire du séminaire, sont passés dans la réserve précieuse du musée. 

Hélas, le temps qui passe, les variations de température ou d'hygrométrie ont apporté des dégradations. Les responsables de la conservation de ces oeuvres inestimables ont donc décidé d'introduite un dossier en vue de leur restauration auprès de la Fondation Roi Baudouin et de la Fondation Inbev-Breillat Latour qui oeuvrent pour la conservation, la restauration et la mise en valeur du patrimoine. Une fois l'accord marqué et les fonds nécessaires rassemblés, les panneaux prendront la direction de l'Institut royal du Patrimoine artistique belge (IRPA). Une souscription a été lancée, par cette action, les responsables espèrent ainsi prouver qu'à notre époque, il existe encore des mécènes. 

On ne peut ignorer dans la visite du séminaire, la chapelle, située dans l'aile droite du bâtiment,  érigée au tout début du XVIIe siècle sur des plans du jésuite tournaisien Henri Hoeimaker. Mesurant environ quarante mètres de long et vingt mètres de large, elle est de style gothique tandis que son portail est en style Renaissance. Les trois nefs sont formées de six travées terminées par un choeur à chevet plat, on note l'absence de transept. On peut y découvrir une oeuvre attribuée au sculpteur tournaisien, Nicolas Lecreux, intitulée "l'Assomption", celle-ci menaçait de se dégrader sur les murs de l'église Sainte-Marguerite désacralisée, il y a une quarantaine d'années, et désormais ouverte aux ravages de la pluie, du vent et des pigeons. C'est grâce à l'intervention de l'asbl Pasquier Grenier que ce patrimoine religieux a pu être sauvé, restauré et transféré en ce lieu.

La visite se terminera par les vastes jardins situés à l'arrière vers les propriétés de la rue Octave Leduc, disposés en terrasses, dont la partie en contrebas est traversée par l'enceinte communale des XIIe et XIIe siècle. 

(sources : "Le Séminaire de Tournai" - archives de No Télé à l'occasion du bi-centenaire - biographie des Pourbus, encyclopédie Larousse - visite personnelle effectuée en compagnie d'un Guide de Tournai)

15/07/2009

Tournai : la bibliothèque Communale (2)

La Bibliothèque communale est donc installée à la fin de seconde guerre mondiale à la Place des Acacias (appelation donnée alors à la place Paul Emile Janson en raison de la présence d'arbres de cette essence). A cette époque, les lecteurs ne peuvent accéder librement aux ouvrages, il font leur choix à partir de fichiers classés par ordre alphabétique d'auteurs ou par genres littéraires. Ce sont les employés de la bibliothèque qui se chargent d'aller chercher les volumes souhaités. Par la suite le libre accès sera instauré et la discothèque (1965) et la section jeunesse seront créées. .

En 1986, la bibliothèque déménage vers des locaux plus fonctionnels à la Masion de la Culture sur la Plaine des Manoeuvres, un an plus tard, elle sera reconnue comme "bibliothèque principale" par la Communauté Française et devra désormais apporter un soutien logistique aux autre bibliothèques situées dans l'arrondissement administratif. En 1992, une convention signée entre le Ville de Tournai, l'Association des Bibliothèques Chrétiennes et la Bibliothèque provinciale du Cerist permet de la reconnaître également comme "Bibliothèque locale" par la Communauté Française, cela débouche sur la création d'un réseau de lecture publique sur le territoire communal de Tournai. En 1997, on informatise la Bibliothèque.

Aujourd'hui, la Bibliothèque communale de Tournai se compose d'une section "adultes" située au premier étage des bâtiments de l'Avenue des Frères Rimbaut et d'une section "jeunesse" qui se trouve au rez-de-chaussée. La section adultes met à disposition le prêt de livres, une salle de lecture, un espace de lecture. ... 137.000 ouvrages sont disponibles en prêt : ouvrages de fiction, bandes dessinées, ouvrages documentaires classés par matières et un fond local et régional de plus de 500 ouvrages sur Tournai, le Tournaisis et le Hainaut Occidental. 4.500 ouvrages de référence peuvent être consultés à la salle de lecture : encyclopédies, dictionnaires thématiques, 1.500 titres de revues et journaux, les collections de presse des 19e et 20e siècle, la collection complète du Moniteur belge, la réserve précieuse, les dossiers sur les artistes régionaux, le Fonds Roger de le Pasture, les revues générales et spécialisées. Les lecteurs peuvent obtenir un accès gratuit à Internet pour leurs recherches et peuvent également visualiser des manuscrits numérisés dont l'original se trouve à la bibliothèque.

La discothèque propose 16.150 CD, 4.600 DVD, 250 cours de langues sur CD ou DVD et des oeuvres littéraires lues sur support CD. Notons enfin qu'un club de lecture pour adultes est organisé un mercredi par mois, il s'agit d'une rencontre entre passionnés de livres, d'un espace d'échanges et de découvertes autour de la littérature, de la présentation de coups de coeur de la part de participants. Au niveau de la section "jeunesse" il existe également trois clubs de lecture (juniors, médium, adolescents). Les vieux fichiers de la place Paul Emile Janson ont été remplacés par du matériel informatique facilitant la recheche des sujets par les candidats lecteurs.

(Sources : catalogue 2009 édité par la Ville de Tournai)

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14/07/2009

Tournai : la bibliothèque communale

L'Optimiste est un abonné de la salle de lecture de la bibliothèque communale, en effet chaque article qui paraît sur ce blog y trouve sa source ou sa vérification. La Bibliothèque de la Ville de Tournai trouve son émanation dans la Bibliothèque du Chapitre de la Cathédrale. En voici son histoire.

Depuis des siècles, les prélats du diocèse de Tournai avaient rassemblé de nombreux écrits, les premiers volumes de cette importante collection étaient des manuscrits richement enluminés. Ces écrits provenaient de dons de familles mais aussi d'abbayes ou de paroisses. Au 17eme siècle, la Bibliothèque du Chapitre de la Cathédrale devint un dépôt scientifique qui était accessible au public. Entre 1755 et 1760, on érigea sur la place de l'Evêché, face au palais épiscopal, un bâtiment de style classique du XVIIIe siècle connu à Tournai sous le nom de "Maison des Ancien Prêtres", c'est là, en effet, que les responsables de paroisses âgés étaient accueillis et pouvaient y résider durant leurs dernières années de vie en toute sécurité et avec même un certain confort pour l'époque. A l'étage de ce bâtiment se trouvait l'immense salle, bien éclairée par de nombreuses fenêtres, de la bibliothèque qui restera publique jusqu'à la fin de l'Ancien régime. Tournai était à l'époque ville française et on nomme ainsi le régime politique et social de la France qui débuta lors du règne de François 1er (1515-1547) jusqu'à la Révolution de 1789. La société était alors divisée en trois ordres juridiquement inégaux, le clergé, la noblesse et le tiers-état. Lors de la Révolution Française, l'ensemble des ouvrages de la Bibliothèque Capitulaire, de celle de la puissante Abbaye Saint-Martin et d'autres maisons d'ordres réligieux établis dans la cité des cinq clochers fut mis sous scellé. Une vingtaine d'années passèrent et le Chanoine Waché fut nommé bibliothécaire. Sous sa direction, la Bibliothèque de Tournai va accroître ses collections dans des proportions importantes. Elle sera probablement une des plus riches du Royaume.  Hélas, le 17 mai 1940, lors des bombardements de l'armée allemande sur la ville, quelques bombes incendiaires vont atteindre le bâtiment et une partie de la cathédrale. Grâce au courage de deux hommes, Lucien Jardez et Mr. Coinne, une très petite partie des documents les plus précieux, les plus importants, 25 manuscrits seront sauvés, mais des milliers de volumes disparaîtront dans les flammes. La guerre terminée, la bibliothèque s'installe dans un bâtiment, jouxtant l'arrière de l'Hôtel des Ancien Prêtres, sur la Place Paul Emile Janson. Seul le toit de ce bâtiment avait souffert du bombardements. (A suivre).

(Sources : plaquette éditée par la Bibliothèque Communale de Tournai - édition 2009)

13:01 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bibliotheque, tournai |