02/10/2013

Tournai : la "Culture" sous toutes ses formes.

Née dans la foulée du courant culturel apparu avec les événements de mai 1968 et érigée à la fin des années soixante sur la plaine des Manœuvres à l'angle du boulevard Bara et de l'avenue De Gaulle, la Maison de la Culture de Tournai vient de fêter ses quarante années d'existence sur le site. La M.C.T. (elle est également connue sous cette abréviation) est bien plus qu'une salle de spectacles, c'est rapidement devenu le haut-lieu de la Culture tournaisienne, le rendez-vous incontournable des adeptes de l'Art sous toutes ses formes.

Le service de prêt des livres, de CD ou de vidéos ainsi que la salle de lecture de la Bibliothèque communale y sont logés au premier étage et, avant son déménagement vers ses nouveaux studios situés à Tournai-Expo, No Télé, la télévision communautaire de Wallonie Picarde, a occupé pendant plus de deux décennies ses entrailles. 

Deux salles de spectacles : la salle Jean Noté, du nom du célèbre baryton tournaisien, d'une capacité de près de neuf cents places et la salle Frank Lucas, d'une capacité d'un peu moins de cinq cents places, dont la forme circulaire permet de facilement la moduler en fonction de la spécificité des spectacles qui s'y tiennent, accueillent la programmation interne mais aussi les spectacles de troupes ou d'artistes en tournée.

La Maison de la Culture propose, de septembre à mai, une large programmation de spectacles, de concerts, d'expositions et de conférences et touche tous les publics, des enfants aux séniors, des amateurs de créations aux amoureux du théâtre classique.

Des événements incontournables y sont programmés annuellement : en novembre, le "Next Festival" au cours duquel sont mis à l'affiche des spectacles de théâtre ou de danse internationaux et novateurs et le "Tournai Jazz Festival",  qui se déroule en février. La M.C.T s'associe au festival annuel mis sur pied par le Centre de la Marionnette de la Communauté française et contribue également au succès de "la Piste aux Espoirs", le festival des arts circassiens. Elle participe tout aussi bien à "la Ville des Mots", qu'au "Carnaval de Tournai" ou à la "Fête de l'Accordéon".

A l'étage, deux espaces sont dédiés aux expositions. La peinture, la sculpture, la photographie, le folklore occupent pendant toute la saison les cimaises ou l'Espace Bis.

Au travers d'une soirée théâtrale, d'un concert, d'une exposition, d'une conférence, la Culture se partage mais elle peut, plus encore, se vivre par la participation.

Les Ateliers de la Maison de la Culture proposent la découverte des "Arts plastiques" (Kamishibaï animé par Marion Trenteseaux, photographie numérique avec Gordon War, créations textiles avec Valérie Thomaes, bandes dessinées avec Stéphane Zlobodzian, l'atelier de dessins de Monsieur Pimpant, la céramique avec Carmen Georgescu, la photographie argentique avec Barbara Dits...), de" la musique" (atelier de percussion en famille avec Hughes Adam, de percussions africaines ou afro-cubaines avec Elliot Amah...), de "la langue et de la culture régionale" (l'atelier picard animé par un orfèvre en la matière, Bruno Delmotte), de "la danse" (funk hip hop ou atelier de danse animés par Emily Coppens ou Sandra Vincent), du "chant" avec Ophélie Vershueren, Aurélie Derdeyn et Catherine Chaveri, du "théâtre" ou de "l'expression corporelle" avec Pascale Crombez Anouchka Crahay, Aurélie Vandeputte ou Dimitri Carette. Ces ateliers et stages sont accessibles à tous, des animateurs de qualité guident les premiers pas des jeunes ou des moins jeunes, des novices en la matière ou de ceux qui veulent se perfectionner, ils les accompagnent durant toute la saison et offrent le fruit de leur travail, lors de l'annuelle "Fête des Ateliers" du mois de mai.

Bibliothèque, spectacles ou ateliers font de la M.C.T une fourmilière où se croisent différentes générations toutes soucieuses d'apprendre et de se distraire, d'occuper des loisirs et d'aller tout simplement à la rencontre de l'autre. Rapprocher les gens, les divertir, les émouvoir n'est-ce point là le but de la "Culture", c'est un pari gagné pour la Maison de la Culture de Tournai. 


(S.T. octobre 2013)

03/04/2013

Tournai : l'ancien bâtiment des Archives de l'Etat.

Situé au pied de la cathédrale, sur la place Paul Emile Janson, le bâtiment qui a abrité le dépôt tournaisien des Archives de l'Etat n'a toujours pas trouvé de destination, trois ans après le déménagement de son ancien occupant vers la rue des Augustins.

Un peu d'Histoire

Le bâtiment ne compte certainement pas parmi les plus anciens de la cité des cinq clochers mais le terrain sur lequel il est érigé a connu de nombreuses modifications et porte en lui un fragment de l'Histoire de la cité. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que la cathédrale Notre-Dame put s'offrir dans son entiéreté à la contemplation des amoureux du patrimoine, avant, elle était entourée de petites maisons basses ne présentant aucun intérêt architectural qui disparurent peu à peu. Déjà, dans le courant du XVIIe siècle, on procéda à la démolition d'une douzaine de ces maisons dans la Lommerie, une voie qui correspond à une partie de l'actuel tracé de la rue des Chapeliers. Rien n'évolua plus durant des décennies et le côté nord de la nef romane restera caché par le cloître qui ceinture le cimetière des chanoines et par l'église paroissiale Notre-Dame accolée au bas côté, érigée en 1516. Il est également important de préciser que, dans l'actuelle rue du Curé Notre-Dame, des bâtiments étaient édifiés jusqu'à la hauteur de l'actuelle rue de l'Hôpital Notre-Dame, face au bâtiment qui abrita le "Courrier de l'Escaut". En 1837, une de ces maisons, située au n°13 de la rue, deviendra l'Hôtel des Postes attenant à l'école Saint-Luc.

En 1896, la régie des Postes souhaite agrandir cet hôtel et la Fabrique d'église Cathédrale cède à l'Etat belge, à cet effet, le terrain situé à l'angle de la rue du Curé Notre-Dame et de la place des Acacias. Face au projet qui souhaite adjoindre à ce nouveau bâtiment, une tour téléphonique visible de la gare, "légère et trop modeste pour offusquer les cheonq clotiers", des voix s'élèvent, on souhaite dégager la vue sur la cathédrale, permettre d'admirer, au maximum, son architecture. Une association présidée par Eugène Justin Soil de Moriamé (1853-1934), magistrat, archéologue et historien, voit le jour le 31 octobre 1900. Auteur de nombreux ouvrages dont le plus connu est "L'habitation tournaisienne du XI au XVIIIe siècle", une bible pour les amoureux du patrimoine architectural tournaisien, celui-ci prône le dégagement complet de l'édifice et l'aménagement des abords de manière réfléchie et appropriée. La pétition que l'association adresse aux différents ministères concernés reçoit un avis favorable et c'est ainsi qu'en 1903, on procède à la démolition du mur de clôture de l'ancienne école Saint-Luc. Pendant quelques temps, il subsistera à cet endroit un terrain vague.

En 1912, la Poste sera transférée provisoirement au Bas-Quartier avant de trouver un nouveau bâtiment, une vingtaine d'années plus tard, à la rue des Chapeliers.

La bibliothèque. 

A cette époque, la bibliothèque qui occupe le premier étage du bâtiment des Anciens Prêtres sur la place de l'Evêché est, de plus en plus, à l'étroit, Adolphe Hocquet, son gestionnaire sollicite un agrandissement auprès des autorités communales. Il est impossible de réaliser ce voeu au sein du bâtiment également occcupé par de nombreux prêtres émérites. La construction d'un nouveau bâtiment doit être envisagée et en 1931, le conseil communal propose de construire une extension sur le jardin lapidaire, un nouveau bâtiment annexé à l'immense salle de lecture existante. Ce n'est qu'en 1937 que débuteront les travaux de construction et l'achèvement définitif aura lieu en novembre 1940, durant l'occupation allemande. L'entrée de la bibliothèque se fait désormais par la place des Acacias, par une porte monumentale située en haut d'un escalier de quelques marches. Au deuxième étage se trouve la jonction avec la salle de lecture, située dans le bâtiment des Anciens Prêtres. 

Alors que des ouvrages ont déjà été transférés dans le bâtiment en voie d'achèvement, les bombardements allemands du 17 mai 1940 vont toucher la nef de la cathédrale, détruire l'église paroissiale qui sera par la suite entièrement rasée, incendier le bâtiments des Anciens Prêtres et faire disparaître en fumée des ouvrages précieux, rares, toute la mémoire de la cité.

A la fin de la guerre, un montant d'un million de francs sera consacré à la réparation de ce nouveau bâtiment et la bibliothèque communale s'installera dans ses nouveaux locaux, en 1948. A une époque où les distractions n'étaient pas celles que nous connaissons actuellement, le prêt de livres remportait, auprès de la population, un franc succès, au point qu'en 1964, les gestionnaires scindèrent les sections pour adultes et pour enfants. La bibliothèque communale restera à cet endroit durant près de 38 ans jusqu'à son déménagement, le 25 avril 1986, vers l'avenue des Frères Rimbaut, dans les nouveaux bâtiments de la Maison de la Culture, fraîchement érigés sur la plaine des Manoeuvres.

Le dépôt des Archives de l'Etat.

Le bâtiment de la place des Acacias, connue désormais sous le nom de place Paul Emile Janson, ne restera pas vide longtemps, un an plus tard, le dépôt des Archives de l'Etat s'y installe. Celui-ci a vu le jour en 1834 et rassemble à l'origine les archives des anciens états du Tournaisis et celles de l'ancien Conseil Provincial de Tournai-Tournaisis, conservées tout d'abord à l'abbaye Saint-Médard et ensuite disséminées dans les greniers et mansardes de l'Hôtel de Ville et du Tribunal civil. Le dépôt a connu de nombreux déménagements, on le trouva à la rue Garnier, dans les bâtiments de l'ancien Mont de Piété à la rue des Carmes, dans l'ancien palais de justice avant d'être supprimé et centralisé à Mons, en raison de l'état déplorable des collections, en 1895.

Les Archives de l'Etat ne reviendront à Tournai qu'en 1964, à nouveau dans la rue des Carmes. Deux ans plus tard, elles seront logées à la rue du Sondart avant d'arriver, en 1987, dans le bâtiment libéré par la bibliothèque communale. Elles y resteront jusqu'à la fin de l'année 2009, moment où elles s'installeront dans les anciens locaux de l'imprimerie Casterman, totalement réaménagés pour les accueillir dans un cadre moderne et fonctionnel.

Quid de l'avenir ?

Ce jour-là, notre bâtiment de la place Paul Emile Janson s'est endormi, indifférent aux bruits provoqués par la rénovation de la nef romane de la cathédrale, inconscient du tumulte provoqué par le projet de tour ultra-moderne qu'on voulait y construire.

Depuis lors, les informations à son sujet ont fusé, certains voulaient y voir s'installer un hôtel 4*** avec salles de séminaires englobant l'Hôtel des Anciens Prêtres lui aussi totalement vide, d'autres jetèrent leur dévolu pour y loger l'école d'architecture Saint-Luc. Des projets qui ont fait long feu en raison de la crise économique, d'un manque de volonté, d'un manque d'argent. On lui voit une nouvelle destination, un centre européen d'évocation des cathédrales, un lieu splendide pour héberger le Trésor de la cathédrale qui mérite des locaux beaucoup plus spacieux que ceux qui existent. Tout cela à un coût et on ne doit pas perdre de vue que la Ville de Tournai est déjà engagée dans des rénovation tous azimuts (cathédrale Notre-Dame, quartier cathédral, nouveau centre de Tourisme, élargissement de l'Escaut et ses conséquences, conservatoire de Musique...), on peut donc estimer que ce n'est donc pas demain la vieille que le bâtiment apportera de l'animation au pied de la cathédrale !   

(sources : étude de Béatrice Pennant parue dans le n° 95 de décembre 2008 de la revue de l'asbl Pasquier Grenier - plaquette éditée par le service presse de la régie des Bâtiments en 2009 lors du déménagement du dépôt des Archives de l'Etat à la rue des Augustins).

S.T. avril 2013.