30/10/2007

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle (9)

Poursuivons la visite de la cité des cinq clochers en compagnie de cette famille fictive qui nous sert de guide. Agée de quatre-vingt quatre ans, Zandrine voue une passion au théâtre, elle le préfére même au cinéma. Dans sa longue vie, elle a connu trois salles à Tournai.

Avant la guerre, le théâtre se situait en haut de la rue Perdue, il était érigé en ce lieu depuis 1745 et appartenait alors à une certain Mr. Declippele qui le céda par la suite à l'autorité communale. Le 21 décembre 1852, durant la représentation du "Barbier de Séville", le bâtiment fut totalement détruit par un incendie. L'entreprise de travaux de Mr. Bulot fut alors chargée de le reconstruire et le nouveau théâtre fut inauguré le 11 septembre 1854, en présence de la famille royale.

Dans son livre consacré à Tournai, Walter Ravez le décrivait comme étant un bâtiment à la lourdeur choquante, composé d'un porche à trois arcades, posé sur des degrés et surmonté d'un balcon. L'étage était orné de colonnes corinthiennes engagées et exhaussées par un attique couronné de vases et de figures symboliques.

Tout petit, Victor entendait souvent sa mère dire en parlant du théâtre de la rue Perdue : "ch'éteot eine batisse (un bâtiment, une construction) in style rococo !". Les bombardements de 1940 allaient raser ce témoignage du passé et laisser à la place un terrain vague sur lequel on construit actuellement la résidence-services du...Théâtre.

Après la guerre, pour maintenir l'activité théâtrale dans la cité, l'Administration Communale décida de transformer, transitoirement, la vénérable "Halle-aux-Draps" en une salle de théâtre. Solution momentanée qui allait néanmoins durer 35 ans ! La salle, peu confortable avec ses rangées de strapontins en bois tellement rapprochées qu'il fallait se lever pour permettre à un spectateur de rejoindre sa place, vit défiler une foule de spectacles, opérettes, comédies de boulevard, revues du Cabaret Wallon, artistes en tournée. De Georges Ulmer à Luis Mariano, des Frères Jacques au Cosaques du Don, de Richard Anthony, François Hardy, Salvatore Adamo, Dalida à Gilbert Bécaud, des artistes confirmés ou en devenir remplirent plus d'une fois la salle aux colonnes de pierre.

En 1968, le pouvoir communal s'associa à la Provine du Hainaut et au Ministère de la Culture d'alors pour créer, en partenariat avec des associations et groupes culturels tournaisiens, "la Maison de la Culture de Tournai" qui, dans l'attente de la construction de son complexe culturel, occupa elle aussi la vieille Halle-aux-Draps. Treize années plus tard, l'immense vaisseau de la Plaine des Manoeuvres terminé, elle investit les locaux qu'elle occupe désormais.

Depuis son inauguration, des centaines de milliers de spectateurs ont franchi ses portes pour assister à des spectacles du théâtre classique, expérimental, de boulevard, à des ballets ou à des spectacles de cirque, au show d'artistes en tournée ou aux Grands Cabarets Wallons. Les expositions de peintures, de sculptures ou de photos, les rétrospectives attirèrent les visiteurs, différents ateliers proposent leurs activités. Pour paraphraser la publicité d'un grand magasin parisien "A chaque instant, il se passe quelque chose à la M.C.T." Qu'ils soient programmés dans la salle classique "Jean Noté" ou dans la salle circulaire "Lucas", chaque année de septembre à mai, les spectacles se succèdent.

Victor et son épouse sont depuis de nombreuses années de fidèles abonnés et, dès la fin du mois d'août, peuvent choisir, grâce à leur abonnement, cinq, dix, voir tous les spectacles qui sont inscrits au programme de la saison culturelle, c'est fonction de leur goût et de... leurs finances. C'est en 1986, que la Bibliothèque Communale a rejoint le premier étage de la Maison de la Culture, cédant les locaux qu'elle occupait au pied de la cathédrale aux Archives de l'Etat. Possédant des richesses, tels ses manuscrits contenus dans la "réserve précieuse" mais aussi plus de 160.000 ouvrages abordant tous les thémes de notre société, livres pour la jeunesse, romans, essais, ouvrages historiques, scientifiques ou philosophiques, elle s'est adjoint également une section consacrée à l'audio-visuel. Sa salle de prêt et ses salles de lectures sont fréquentées, chaque année, par des milliers de lecteurs.

Comme dirait Victor : "la lecture est un des piliers fondamentaux de la culture que beaucoup délaissent aujourd'hui pour le jeu vidéo qui, s'il développe la concentration et les réflexes, n'apporte aucune connaissance supplémentaire à celui qui y consacre ses loisirs".

A voir la foule qui remplit la Maison de la Culture, ce n'est pas encore demain que le Tournaisien sera transformé en... un robot abruti !