12/05/2007

Tournai : le quartier de la Madeleine (1)

Entre Escaut et Saint Jacques s'étend le vieux quartier de la Madeleine qui a su conserver au coeur de ses ruelles l'image d'une ville du 19ème siècle. La rue de la Madeleine qui relie l'église Saint Jacques à l'avenue de Troyes (ville française jumelée avec Tournai) et au rond point de l'Europe s'appelait à l'origine rue Courtrisienne puisque par la porte des Sept Fontaines, elle était le point de départ des voyageurs qui se rendaient dans la riche ville flamande de Courtrai.

C'est dans cette rue qu'on trouvait la manufacture Lefebvre-Caters, dont les oeuvres en bronze ciselé ont fait la réputation de cette fonderie. De nombreux édifices religieux en Belgique mais aussi à Paris possèdent des objets remarquables nés dans les ateliers de la rue de la Madeleine ou dans ceux de Dominique Lefebvre qui s'était établi par la suite dans la capitale française : le médaillon représentant "le Christ au tombeau" du maître autel de la cathédrale, un baptistaire exécuté pour Notre Dame de Hal, un pupitre terminé par une statuette pour l'église de Saint Ghislain, un tabernacle en bronze doré pour Notre Dame de Courtrai, "la Fidélité, Apollon et Diane" pour le musée de Versailles et les statues de Mercure et Pandore à Marly les Paris...

Pas loin de l'église Sainte Marie Madeleine, un porche donne accès à l'enclos du béguinage, fondé en 1241. De celui-ci ne subsistent plus que quelques ruelles aux coquettes maisons à l'origine occupées par les béguines et ensuite destinées à des femmes pourvues par des fondations et dont les Hospices Civils avaient repris la gestion. Pour l'amateur de témoignages du passé, il est dommage que ce joli quartier où le temps semble s'être arrêté soit écrasé par deux immeubles à appartements construits face au parc de la Reine, à la place d'une ancienne meunerie. Confrontation entre deux modes de vie, entre maisonnées de briques et monstres de béton à l'architecture dépouillée et sans âme !

Le quartier est parcouru par de nombreuses rues aux noms bien de chez nous : la rue Muche Vache tire son nom de l'endroit où on abritait le gros bétail (en tournaisien, le terme "mucher" signifie cacher), la rue de la Nève rejoint le quai des Salines, ruelle sombre se frayant un passage étroit entre des hauts murs sans fenêtres, elle a été bien longtemps le refuge d'amoureux venant s'y bécoter à l'abri des regards des passants honnêtes, désertant le banc public, cher à Georges Brassens. Auparavant, elle avait pour nom rue Hellequin qui signifiait, en roman, lutin, fantôme, son aspect inquiétant étant probablement à l'origine des croyances populaires.

La rue de l'Ecorcherie rappelle les ateliers d'équarissages y établis au XVIème siècle. La rue Tranchant existe toujours mais n'est plus un lieu de passage car, suite aux travaux de rénovation de la caserne des Sept Fontaine, une grille a été placée et forme obstacle aux promeneurs qui voudraient l'emprunter. Parfois ortographiée rue Tranchante, son nom semble provenir d'un nom patronymique fort répandu en ville !

Le quai des Salines enfin se situe entre le Pont des Trous et le Pont de Fer, sa dénomination ne provient pas, comme certains continuent à le penser, d'un ordre religieux (l'ordre des Salines !!!). Elle aurait pour origine, soit le nom de celui qui a rénové ce quartier, Walter des Salines, soit le souvenir des salines, établissements à raffiner le sel qui s'y trouvaient.

(sources : A-F-J Bozière, Tournai Ancien et Moderne et recherches personnelles)

09:23 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : walter des salines, hellequin, tranchant, beguinage |