24/12/2014

Tournai : conte de Noël aux cinq clochers.

Le bonheur au cœur de la nuit.

Un vent désagréable soufflait en rafales en cet après-midi du 24 décembre. Passant au pied du sapin majestueusement dressé au centre de la Grand-Place, Frédéric releva le col de son manteau. Il ne faisait pas particulièrement froid en cette veille de Noël, pourtant il frissonna ! Précédée d'un air de carillon, l'horloge du beffroi sonna deux coups.

Contournant les cinq clochers enveloppés dans leur manteau blanc plastifié depuis de longs mois déjà, à grands pas, il marchait vers la clinique où Paul, son fils, avait été hospitalisé d'urgence quelques semaines auparavant, victime d'un accident de la circulation. Paul avait quinze ans, il était fils unique et Frédéric en avait la garde depuis que sa femme l'avait quitté ayant succombé au charme d'un homme beaucoup plus jeune qu'elle, un beau parleur qui lui avait promis monts et merveilles.  

Le choc de la séparation passé, père et fils s'étaient peu à peu organisés et, chaque soir après l'école, Paul aidait son père du mieux qu'il pouvait. Il avait appris le fonctionnement des appareils électro-ménagers et lorsque Frédéric rentrait du travail, la table était dressée pour le repas du soir. Les résultats scolaires de Paul comblaient de joie un père qui avait craint une juste baisse de régime après le départ de son épouse. Au contraire, Paul semblait oublier sa profonde tristesse en se plongeant dans les matières scolaires.

Le bonheur n'était peut-être pas complet, mais l'homme et le garçon faisaient front à cette forme d'adversité avec courage.

La période de fin d'année approchant, Frédéric n'avait pu obtenir congé durant les vacances de Toussaint, Paul était donc resté seul à la maison. C'est en allant faire les commissions que le drame survint. S'engageant sur le passage pour piétons face à une grande surface du centre-ville, il était loin d'imaginer que l'auto qu'il voyait arriver ne respecterait pas sa priorité. Hélas, comme beaucoup d'autres à notre époque, le conducteur n'était pas attentif à la route, trop occupé à rédiger un SMS pour informer un collègue d'un léger retard. Le choc fut violent, le jeune garçon fit un soleil et atterrit sur le capot de la voiture avant de chuter lourdement sur le sol. Il était inconscient lorsque les secours l'emmenèrent au service des Urgences. On diagnostiqua un sévère traumatisme crânien. Depuis lors, Paul était plongé dans un profond coma.

Passant devant la petit chapelle de la rue de Courtrai, Frédéric y pénétra et alluma une bougie. Il répétait ce geste depuis le lendemain de l'accident, la porte du petit édifice religieux, toujours ouverte, semblait être une invitation à rentrer quelques instants.

Lorsqu'il arriva à la clinique, avant de pénétrer dans la chambre, comme lors de chaque visite, il s'adressa à l'infirmière qui occupait le bureau juste en face de celle-ci.

- "Comment va-t-il ?".

Cette question, il l'avait cent fois posée.

- "Son état reste stable" lui répondit-elle.

Et cette réponse ne variait guère. Ce dialogue se répétait comme un rituel.

Après avoir retiré son manteau, il approcha doucement une chaise du lit de Paul et resta là jusqu'au soir, lui caressant les cheveux, lui murmurant des mots qui se voulaient rassurants. La respiration de Paul était régulière mais pas un seul petit mouvement n'animait ce corps allongé.

Le soir, au moment de quitter la chambre, il croisa le médecin qui soignait son fils.

- "Cela peut encore durer des semaines, mais plus le temps passe moins les chances sont de notre côté" lui expliqua le praticien.

- "Si son état devait empirer, si quelque chose de grave devait survenir, puis-je en être informé de suite, même au milieu de la nuit ?" lui demanda Frédéric qui aurait voulu rester en permanence au chevet du jeune homme.

Il rentra chez lui, remonta le thermostat, alluma la télévision par habitude mais ne prêta aucune attention aux programmes présentés. Il s'endormit.

Il fut soudainement réveillé par la sonnerie du téléphone. Les aiguilles de la vieille pendule se superposaient pour n'en former qu'une tout en haut du cadran.

Au bout du fil, il reconnut la voix de l'infirmière.

- "Pouvez-vous venir nous rejoindre rapidement" lui dit-elle avec énormément d'émotion.

En raccrochant, Frédéric tremblait. Ce coup de téléphone tant redouté depuis des semaines venait de lui parvenir. Il monta dans la chambre et prit la petite valise avec les habits de Paul qu'il avait préparée pour faire face à toute éventualité. Il avait choisi son plus beau costume, celui des jours heureux.

Quand il arriva dans le couloir de l'hôpital, il constata une grande animation, le personnel entrait et sortait de la chambre en courant. Son cœur battit très fort au moment de franchir la porte.

Là, sur ce lit qu'il occupait depuis près de trois mois, il vit son fils allongé et s'approcha, le regard brouillé par les larmes.

- "Pourquoi pleures-tu ?" entendit-il murmurer.

Cette voix, il l'aurait reconnue entre mille, bien qu'elle se fut tue depuis trop longtemps. Paul le regardait avec un faible sourire et tendait vers lui une main un peu tremblante.

Frédéric prit son fils dans ses bras et resta un bon moment sans bouger, les larmes de tristesse se muèrent en larmes de joie.

La porte s'ouvrit et une infirmière prononça :

"Joyeux Noël !".

Pour le père et le fils, c'était sans nul doute le plus joyeux des Noëls.

Au fond de lui-même, il aurait souhaité que son épouse soit là, qu'ils puissent, à trois, redémarrer une nouvelle vie, mais il se dit qu'il venait d'obtenir un cadeau extraordinaire, un présent rare qu'on obtient parfois durant cette nuit magique et il ne pouvait réclamer tout l'or du monde !

S.T. 24 décembre 2014

09:29 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, conte, noël, beffroi |

05/03/2014

Tournai : des chantiers évoluent, d'autres débutent !

Le visage d'une cité n'est jamais figé, il évolue avec le temps. De liftings en liftings, les chantiers, plus ou moins importants, perturbent les habitudes des habitants. Depuis le début du XXIe siècle, le Tournaisien est confronté avec des travaux qui bouleversent le paysage urbain. "Il faut souffrir pour être beau", une phrase maintes fois entendue mais qui ne fait jamais le bonheur des victimes ! 

Voici donc maintenant près de quatorze ans, que Tournai vit à l'heure de chantiers imposants !

A tout seigneur, tout honneur, commençons par évoquer un de ses phares qui l'a fait connaître dans le monde entier : la cathédrale Notre-Dame et ses cinq clochers. Le chantier, ayant débuté au tout début des années 2000, est entré, depuis le mois de septembre, dans une nouvelle phase, celle-ci est chronologiquement la troisième après la stabilisation de la tour Brunin et la rénovation de la nef romane. Cette fois, l'entreprise s'attaque à un plat de résistance, les cinq clochers. Des semaines ont été nécessaires pour les ceindre d'échafaudages montant jusqu'au sommet des croix les couronnant, pour confectionner un vaste plancher au-dessus de la tour lanterne qui servira de base pour les ouvriers qui travailleront à une altitude dépassant les quatre-vingts mètres, afin d'installer des voiles qui dissimuleront pudiquement au regard des passants la prochaine mise à nu de ses murs où les pierres les plus malades seront remplacées et l'ensemble rejointoyé. La vieille dame veut se faire belle pour ses admirateurs mais ne souhaite pas offrir aux passants la souffrance qui sera sienne durant cette délicate intervention chirurgicale. Dans trois ou quatre années, si la météo le permet, les clochers devraient réapparaître dans toute leur splendeur d'origine recouverts comme la nef de tables de plomb. Le joyau d'architecture romano-gothique rivalisera alors avec son voisin, le beffroi, son cadet de quelques années, restauré voici deux décennies.

Autour du prestigieux édifice, les travaux de rénovation du quartier cathédral se poursuivent. La pose des dalles dans la rue des Chapeliers est terminée, celle de la place Paul Emile Janson est en cours. La presse nous a annoncé que tout prochainement, le chantier allait se déplacer dans la rue de Courtrai. Dans un premier temps, c'est la partie comprise entre la rue du Four Chapitre et la rue des Choraux qui sera concernée, ensuite celle entre la rue des Choraux et les Quatre coins Saint-Jacques. Période délicate entre toutes car ce lieu est la véritable épine dorsale de la traversée de la ville d'Ouest en Est. L'adage "savoir souffrir pour être beau" ne sera probablement pas du goût des commerçants de cette rue qui risquent de voir, comme ce fut le cas ailleurs, diminuer leur chiffre d'affaires en raison de l'inaccessibilité pour les voitures. On sait combien l'automobile est devenue incontournable pour effectuer les commissions et combien la marche à pied est désormais honnie par nos contemporains.

Profitant du congé de carnaval (voilà une attitude extrêmement positive qui mérite d'être signalée), de nombreuses entreprises vont procéder cette semaine à l'ouverture de voiries pour la pose d'impétrants. C'est le cas à la rue de l'Athénée pour la traversée d'un câble électrique, c'est le cas également sur le quai Saint-Brice pour la pose d'un câble haute-tension.

D'importants travaux concernant la pose de nouvelles conduites d'eau par la SWDE et de câbles par Ores vont concerner la rue Royale dès la mi-mars. La première phase concernera la section comprise entre la place Crombez et la rue Beyaert, elle sera terminée pour le marché aux fleurs du Vendredi Saint. La seconde phase débutera après Pâques, elle concernera alors la section comprise entre la rue Beyaert et le pont Notre-Dame.

D'autres chantiers débutent, ils provoqueront plus d'embarras de circulation. Ainsi le renouvellement de l'égouttage sera réalisé dans le quartier Saint-Jean, entre la place Gabrielle Petit et la rue Galterie Saint-Jean. Ces travaux sont attendus par les riverains, victimes d'inondations à répétition lors d'averses importantes, ils dureront jusqu'au 14 juillet.

Des travaux d'égouttage sont également nécessaires au boulevard Lalaing face à l'Hôpital Civil. La circulation en provenance de la porte Saint-Martin sera basculée, pendant la durée du chantier, sur la voie opposée mise à double sens.

Des travaux de pose d'impétrants sont en cours dans la rue Bonne Maison et à la rue du Vert Bocage, il s'agit de la pose de câbles.

Les arbres bordant l'avenue des Peupliers ont été abattus par les services techniques de la Ville, ceci dans le cadre de la prochaine ouverture des trottoirs pour la pose d'impétrants. Les trottoirs de l'avenue Beau Séjour et ceux de l'avenue Vert-Bois vont être prochainement refaits par le remplacement des dalles par des pavés autobloquants.

L'avenue des Erables est toujours en chantier, on a fait sauter les dalles de béton qui dataient des années cinquante lors de la construction de ce nouveau quartier et qui étaient fissurées.

Un autre chantier important a débuté ce lundi 3 mars, il va durer deux ans. Les ouvriers ont placé le matériel qui servira à la restauration du conservatoire de Tournai, un bâtiment que les habitants de la ville nomment la "salle des Concerts" et les plus anciens, le "tambour à pattes". Une partie des emplacements de stationnement a été sacrifiée pour assurer la sécurité des passants.

Les travaux de la place de Willemeau sont toujours en cours. Un coup d'accélérateur devrait être donné dans les prochaines semaines !

L'impressionnant chantier de construction du complexe qui abritera bientôt le siège d'Ideta, des crèches et des appartements de standing sur la place du Becquerelle avance rapidement. En ce début du mois de mars, la grue et les échafaudages ont été démontés, le gros œuvre est pratiquement terminé, l'agencement intérieur a débuté.

Sur la place de Lille, le chantier de transformation de l'église Sainte-Marguerite en appartements de haut standing et une salle culturelle se poursuit. La dalle de béton coulée, on consolide les ouvertures faites dans les murs.

A l'avenue de Troyes, les travaux de gros œuvre se poursuivent pour la résidence à vocation commerciale au rez-de-chaussée et à appartements de standing à l'étage.

La rue Frinoise est momentanément mise en sens unique (on peut circuler dans le sens boulevard Léopold vers le Floc à Brebis) en raison de la construction de deux immeubles qui se font face à hauteur de l'ancien cinéma Eden.

Les travaux de pose d'impétrants se terminent dans la rue des Augustins, seule la partie comprise entre la rue Blandinoise et le boulevard Léopold est encore concerné par le chantier.

En ce qui concerne le parking souterrain de la rue Perdue, son ouverture pour Pâques semblait compromise, les travaux de finitions et de sécurisation se poursuivant, ce sont les différents accès au parking pour les piétons qui font l'objet de travaux cette semaine. L'inauguration aura néanmoins lieu le 25 mars et dès le lendemain le parking sera accessible !   

(S.T. mars 2014) 

20/12/2010

Tournai : la cité vue par Victor Hugo !

Victor Hugo (1802-1885) est sans doute, avec Jules Verne, un des romanciers les plus connus. L'auteur de Notre-Dame de Paris, d'Hernani, des Misérables ou de Travailleurs de la Mer a beaucoup voyagé et un de ces nombreux périples l'a amené dans la cité des cinq clochers. C'était au mois d'août 1837.

En 1921, le Courrier de l'Escaut a publié l'intégralité de deux lettres adressées à son épouse Adèle (Foucher). Voici ses impressions sur la cité d'alors.

Tournai, le 26 août 1837,

En venant de la route d'Audenarde qui est une prairie sans fin coupée de verdures et de petites rivières, on voit à gauche, la charmante colline qui masque le cours de l'Escaut (le Mont Saint Aubert ?). Tournai doit tenir son nom des tours dont elle est couverte. La cathédrale seule a cinq clochers, c'est une des plus rares églises romanes que j'ai vues. Il y a dans l'église un admirable "Jugement dernier" de Rubens (la libération des âmes du purgatoire ?) et un magnifique reliquaire d'argent doré, énorme, massif et travaillé en bijou. Les deux portails latéraux de l'église sont du byzantin le plus beau. Toute cette ville est d'un immense intérêt. Hier soir, jour de la Saint Louis, le beffroi, superbe tour presque romane, était illuminé de lanternes de couleurs, bariolage charmant et lumineux que commentait le carillon le plus bavard et le plus amusant du monde. Une symphonie de lanciers belges répondait de la place d'arme à ce vacarme aérien. Toutes les cloches étaient en mouvement et toutes les femmes aussi (!). Toute cette ville ainsi livrée à ce joyeux babil de fête était ravissante à entendre et à voir. Je me suis promené longtemps dans une rue sombre, regardant les cinq aiguilles géantes de la cathédrale, qu'éclairait vaguement le beffroi illuminé.

 

Tournai, le 27 août 1837,

Avant de quitter Tournai, j'ai été revoir la cathédrale qui est vraiment d'une rare beauté. C'est une église romane presque comparable à celle de Noyon et qui a, de plus que Noyon, un ravissant jubé de la Renaissance tout en marbre de diverses couleurs avec deux étages de reliefs, l'un de l'Ancien testament, l'autre du Nouveau testament, lesquels s'expliquent fort curieusement, ceux d'en bas par ceux d'en haut (...). C'est une antique ville que Tournai. Presque toutes les églises sont du onzième au treizième siècle. J'y ai vu des maisons romanes. Te rappelles-tu, mon Adèle, celles que nous vîmes ensemble à Tournus dans ce beau voyage de 1825 qui est le plus doux souvenir de ma vie... Mais je reprends mon journal, au portail Nord de la cathédrale de Tournai qui est romane, il y a une singularité que je n'ai vue que là. Ce sont deux fenêtres à plein cintre fermées que le sculpteur a figurées dans la pierre. les volets avec leurs ferrures et leurs verrous sont fort soigneusement travaillés. Du reste, ce portail est dans un état de délabrement déplorable, le gros clocher qui monte à gauche (la tour Brunin) se lézarde (déjà ?) du haut en bas. Je ne te parle que de l'architecture, Chère Adèle...

Ce texte apporte la vision d'un célèbre écrivain et nous offre sa perception de la cathédrale, il est la neuf centième note consacrée à la ville aux cinq clochers postée sur ce blog depuis sa création en avril 2007.

Fille de Pierre Foucher, un ami de Léopold Hugo, le père de Victor, Adèle est née à Paris en 1803. Elle épousa le célèbre écirvain le 12 octobre 1822. Le mariage fut célébré en l'église Saint-Sulpice. De cette union naîtront cinq enfants, dont Adèle H. que le cinéma a immortalisée, née le 28 juillet 1830. Adèle Hugo-Foucher est décédée à Bruxelles le 27 août 1868.

(sources : Courrier de l'Escaut avril 1921. S.T. décembre 2010) 

18:45 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, cathédrale, victor hugo, beffroi |

11/03/2009

Tournai : l'année 1993 sous la loupe (2)

Au-delà des faits divers relatés dans l'article précédent, l'année 1993 a aussi apporté un lot d'informations diverses. En ce début du mois de janvier, une nouvelle fois, un écrivain de chez nous est primé, Jean Luc Dubart obtient le prix "Soisson du poème" décerné par la ville française de Créteil pour une oeuvre inédite traduisant la permanence du poème à travers la fuite du temps. Il s'agit du second prix décroché par cet auteur, après celui décerné par le Conseil régional du Nord-Pas de Calais pour "Fors de bout". On regrettera, au passage, la disparition des interventions de cet auteur sur les ondes de Vivacité, ces petits mots réguliers traitant du folklore et des coutumes de chez nous étaient fort appréciés des auditeurs et apportaient un brin de fraîcheur dans une actualité souvent teintée de violence. Le vendredi 29 janvier, on inaugure dans un immeuble du XVIIIe siècle, (1714), le nouveau musée des Arts Décoratifs. Autrefois conservées dans des vitrines du musée d'Histoire et d'Archéologie de la rue des Carmes, les porcelaines, orfèvreries, monnaies et céramiques vont enfin trouver un digne écrin pour leur présentation aux visiteurs.

En février, le Ministre Robert Collignon donne son feu vert à la poursuite du chantier de la résidence Cathédrale, des travaux qui ont fait couler beaucoup d'encre ces dernières années. Cela fait suite, selon les déclarations du ministre, à un accord intervenu avec la Fondation Pasquier Grenier, ce groupe défenseur du patrimoine tournaisien aurait finalement accepté un compromis. La CCAT (Commission Consultative de l'Aménagement du Territoire) ne décolère pas, celle-ci déclare n'avoir jamais marqué son accord. Avec le recul, ils semblent que les autorités communales qui avaient toujours soutenus le projet mais qui se trouvaient un peu génées par le nombre de réactions négatives formulées par diverses associations et par des particuliers, aient fait preuve d'énormément d'autoritarisme dans ce dossier. Les Tournaisiens sont surpris de constater que deux associations sensées défendre leur patrimoine ne sont plus sur la même longueur d'onde.

Au début du mois de juillet, la Ville de Tournai met en vigueur un nouveau plan de stationnement. Elle est, en effet, déjà bien loin la période des années cinquante qui voyait de rares véhicules circuler par les rues de la ville, il faut désormais faire face à un problème aigu, l'importance de la circulation en zone urbaine et le stationnement des véhicules. Travailleurs, navetteurs, clients de grandes surfaces, promeneurs se rendent quotidiennement en ville avec leur véhicule. Le nouveau plan a pour objet de réduire sensiblement le nombre des "voitures-ventouses" dans l'intra-muros en rejetant celles-ci vers l'extérieur, ce plan est basé sur le bon sens, seulement... les grands parkings de délestage situés à l'entrée de la ville, sensés accueillir ces véhicules, n'existent qu'à l'état de projets. Les Tournaisiens se disent qu'on a encore mis la charrue avant les boeufs. Pendant ce temps, le stationnement payant commence à se généraliser. Sous le couvert de rotation des véhicules ne serait-ce finalement qu'une affaire de "gros sous", on le pense et l'on dit !

Instant émouvant, au soir de la journée des Quatre Cortèges, le dimanche 13 juin 1993. Des milliers de spectateurs, tournaisiens ou visiteurs, sont massés sur la Grand'Place pour assister à la pose du dragon au sommet du beffroi rénové. Hissé par une grue de 220 tonnes à 70 mètres, la pose de celui-ci est retransmise en direct sur les antennes de No-Télé, le caméraman et le reporter n'hésitant pas à jouer les équilibristes au sommet du symbole des libertés communales. Au mois de juillet, une mauvaise nouvelle attend les tournaisiens inconditionnels de leur Maison de la Culture. Alors que celle-ci vient de fêter avec faste ses 25 années d'existence, son exercice comptable se clôture par un déficit de 400.000 Fb (env. 10.000 Euros) qui viennent, malheureusement, s'ajouter aux malis antérieurs. Le déficit général frôle le million de francs (env. 25.000 euros). Les gestionnaires sont obligés de réaliser des économies et décident de supprimer un poste à temps plein réparti sur deux animateurs ! Le Président Norbert Gadenne dont on connait l'attachement à la Maison de la Culture et le souci de la voir se développer laisse tomber, laconiquement : "c'est çà ou... la culbute".

L'information est ainsi faite d'une succession de bonnes et de mauvaises nouvelles, elle met en évidence des points de vue diamétralement opposés, elle est témoin de l'éternel combat entre le pot de fer et le pot de terre, on râle ou on se réjouit, on admire une innovation ou on la déteste, on s'insurge ou on applaudit mais finalement on assiste, sans en avoir toujours conscience, à l'écriture de l'histoire locale d'une petite ville de province. Vérité d'hier n'est peut-être plus celle d'aujourd'hui et inversément. Dans le prochain article, on parlera culture et sport, des sujets moins enclins à la polémique... et encore !

14:02 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : beffroi, tournai, maison de la culture |

21/08/2007

Tournai : des origines à nos jours (6)

Abbayes, églises et arts

Le XIIIème siècle qui vient de débuter marquera le développement de la ville de Tournai. Elle va s'étendre au-delà de son enceinte d'alors mais elle connaîtra également un essor économique notamment par l'apparition de l'industrie drapière et une poussée religieuse impressionnante.

L'abbaye de Saint-Martin n'est plus le petit couvent en bois érigé à la fin du XIème siècle par Odon, son fondateur, mais est désormais constituée de vastes bâtiments comptant un ou deux étages, bâtis autour de cours intérieures, ceinturés par un parc, des vergers et une enceinte. Vers la fin du XIIIème siècle, lors de l'édification des remparts du sud de la cité, elle sera intégrée à celle-ci.

Les travaux de la cathédrale, entrepris à partir de 1141, se sont terminés 31 ans plus tard , l'édifice est du plus pure style roman scaldéen. A ses côtés, le palais épiscopal probablement érigé après la séparation des évêchés de Tournai et de Noyon en 1146 est relié à la cathédrale par la chapelle Saint Vincent, surplombant la voirie, créant un passage encore appelé de nos jours, la "fausse porte", permettant à l'évêque de se rendre de ses appartements à son église sans devoir emprunter la voirie communale. Souhait de ne pas se salir (les rues étant alors de véritables cloaques) ou témoignage de tensions existant entre le pouvoir religieux et l'autorité communale qui lui grignotait peu à peu ses privilèges, il existe différentes versions quant à l'origine de cette magnifique chapelle désormais privée.

Dans le Tournai du XIIIème siècle, un tour d'horizon permet de voir de très nombreux clochers : ceux des églises Saint-Jacques (1167), Saint-Piat (1150), Saint-Pierrre, Saint-Quentin (1200), Saint-Jean et bien plus loin, rejetée hors les murs de la cité, ceux de la chapelle Saint-Lazare de la maladrerie du Val d'Orcq (1153). Durant ce siècle, au fur et à mesure de l'extension de la ville, on construira encore Sainte Marie-Madeleine (1252) et Sainte-Marguerite (1288).

La renommée de Tournai va attirer de nombreux artistes, elle accueille ainsi Nicolas de Verdun, spécialiste de la tradition de l'orfévrerie mosane, qui réalise, en 1205, une véritable merveille "la châsse de Notre-Dame de Tournai". Il y représente des scènes de la vie du Christ et de la Vierge sous des arcades trilobées ceinturant le coffret. Plus tard, en 1247, il réalisera une seconde oeuvre tout aussi précieuse, "la châsse de Saint Eleuthère" dans laquelle, l'évêque Gautier de Marvis déposera les reliques du saint évêque de Tournai.

Parlons-en de ce Gautier de Marvis, sa cathédrale romane à peine terminée, il souhaite tout simplement la raser pour reconstruire une cathédrale en style gothique, probablement influencé par la découverte de ces bâtiments lors de voyages en France. On commence donc par démolir le petit choeur roman et on construit un immense choeur ogival fait de pierres et de grandes baies vitrées, véritables puits de lumière qui éclairent cette partie de l'édifice. Faute de moyens, le chantier s'arrêtera. Peut-être n'en eut-il pas conscience, mais les travaux ainsi réalisés par Gautier de Marvis allaient se transformer en héritage important pour Tournai. Les générations futures pourront désormais contempler un bâtiment, véritable symbiose des deux grands styles architecturaux : le roman pour la nef et le transept, le gothique pour le choeur. De plus, avec ses 133 mètres de longueur et ses 66m50 de largeur au niveau du transept, la cathédrale est devenue un des plus grands sinon le plus grand édifice religieux du royaume. Enfin, ses cinq clochers lui donneront une particularité à l'origine du surnom de Tournai, "la ville aux cinq clochers" (et quatre sans cloches comme ajouteront les tournaisiens !).

Nous arrivons tout doucement à la fin du siècle, la ville continue à croître. En 1289, la Magistrature communale décide d'acquérir l'ilôt du Bruille ainsi que le quartier des Chaufours, tous les deux situés sur la rive droite de l'Escaut. On construira de nouveaux remparts pour protéger une cité qui, désormais, s'étend largement de deux côtés du fleuve. Notre beffroi, avec ses trente mètres de haut, ne peut plus remplir son rôle de tour de guet, l'horizon a largement reculé, le choeur gothique de la cathédrale, sa voisine, barre toute vision sur les quartiers situés au nord. On décide donc de le réhausser en 1294. Il aura désormais deux étages, une septantaine de mètres de haut, conservera sa fonction de tour de guet, mais on y construira des nouveaux cachots pour la prison communale. Aux angles de la galerie du premier étage, on placera des statues et il sera surplombé d'un dragon, animal mythique censé protéger la ville. ... Finalement le XIIIème siècle a été bénéfique pour la ville, au diable les superstitieux !

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis, étude de Mme M. Dujacquier et Mr. A. Mauchard "au plus ancien beffroi de Belgique" édition 2002, et recherches personnelles).

20/08/2007

Tournai : des origines à nos jours (5).

Tournai, au temps des cathédrales. 

Nous l'avons vu à la fin de l'article précédent, certains tournaisiens ont accompagné Godefroid de Bouillon dans sa croisade en "terre sainte". Pendant ce temps, à Tournai, Odon, membre du chapitre, demande à l'évêque Radbod, l'autorisation de construire un petit oratoire sur les lieux où Saint Martin de Tours était venu prêcher à la fin du IVème siècle. Entouré d'une poignée de disciples, il fonde ainsi ce qui allait devenir la puissante abbaye de Saint Martin de Tournai dont les terrains sont situés sur l'emplacement de l'actuel hôtel de ville, le parc communal et l'Enclos Saint Martin. En 1093, dix-huit religieux y vivent dans le plus grand dénuement, se satisfaisant de l'aumône qui leur était accordée. Douze ans plus tard (1105), l'abbaye compte plus de quatre-vingt moines suivant la règle de Saint Benoit. A cette époque, cette abbaye naissante était située hors les murs de la cité.

En 1141 débutent les travaux de la cathédrale Notre-Dame de Tournai, elle est érigée sur les fondations de l'église dans laquelle a été inhumé Baudouin, au siècle précédent, mais aussi sur l'emplacement de l'édifice religieux carolingien et de l'oratoire gallo-romain. La première phase des travaux concerne la construction de la nef romane inspirée des modèles anglo-saxons et rhénans. On superpose quatre étages de baies en plein-cintre, séparées par des cordons ininterrompus. On y construit également un plafond en bois, aujourd'hui disparu, richement décoré de motifs polychrome. Les travaux se terminent en 1171 et la nef, selon la tradition, est consacrée le 9 mai 1171, sous le règne de Gauthier 1er qui décèdera un an plus tard. On poursuit les travaux de construction du transept et du choeur roman. Ceux-ci prendront encore quelques années, car dans cette phase se situe notamment l'édification de la tour Lanterne.

En décembre 1187, le roi de France Philippe-Auguste visite Tournai et accorde aux habitants de la ville une charte de franchise. Si jusqu'alors le pouvoir était détenu par les chanoines, un seigneur et un avoué, celui-ci est, à cette occasion, officiellement rendu au roi de France (cet évènement est daté de 1188 par certains historiens). Tournai dépendra désormais directement du souverain, le ville pourra s'administrer elle-même au mieux de ses intérêts, sans devoir en réferer à un gouverneur ou à une représentant du roi. Ce statut particulier amènera un développement important, nulle autre ville dans nos régions ne bénéficiait d'un tel statut. Les Tournaisiens ayant par ailleurs obtenu le droit de cloche, on décide d'abriter celle-ci dans un bâtiment particulier. Les travaux de construction d'un beffroi, symbole des libertés communales, débutent donc. On n'en connaît pas la date avec précision. Ce sera néanmoins le premier beffroi de Belgique. Il s'agit une tour carrée, d'une trentaine de mètres de haut, surmontée d'une échauguette, permettant au veilleur, l'homme de guet, de scruter la ville et ses environs afin d'alerter la population en cas de mouvements de troupes signifiant une invasion ou la naissance d'un incendie. Le feu était redouté, car les maisons souvent composées de bois et de torchis, situées dans des ruelles étroites, étaient d'excellents combustibles et il n'était pas rare qu'un incendie se déclarant dans une habitation détruise tout un quartier. La cloche appelait aussi les habitants à se réunir lors d'occasions particulières.

La richesse de Tournai attire les convoitises, ainsi en 1197, le comte de Flandre, Baudouin IX, allié au roi d'Angleterre met le siège devant la ville, celle-ci échappera au pillage et à la destruction moyennant le versement d'une lourde contribution. Le XIIème siècle s'achève, le XIIIème qui s'annonce portera-t-il bonheur aux Tournaisiens ?

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis, étude de Mme Mireille Dujacquier et Mr. A. Mauchard sur "le plus ancien beffroi de Belgique" et recherches personnelles).