07/06/2007

Tournai : le quartier du Chateau (5)

Nous arrivons au terme de notre balade dans ce vaste quartier de Tournai. Notre intérêt se porte aujourd'hui sur l'église qui le domine : Saint-Nicolas dont le nom d'origine était celui de "Saint Nicolas du Bruille" mais parfois aussi populairement appelée église du Château.

Selon Hoverlant, sa construction daterait de 1281 mais Bozière nous fait remarquer qu'elle devait être antérieure à cette date et cite pour preuves quelques parties romanes enclavées dans l'abside du choeur actuel, de style ogival primaire, comme tout le reste, sauf les chapelles du Saint Sacrement ou des fonts baptismaux. Pour autre preuve, il cite également le testament, datant de l'an 1200, d'une dénommée Agnès li Ferrière qui donna cinq sous "au povres de Saint Nicholai el Bruille". L'église est composée de trois nefs et d'un choeur sans caroles augmentés par la suite de diverses chapelles. Il suffit de regarder le jardinet qui la jouxte pour se rendre compte de l'exhaussement de la rue pratiqué au XIXème siècle afin d'éviter les inondations répétitives du quartier durant la période hivernale. Vu de la place Verte, le clocher prend des allures de tour de Pise, effet d'optique ou inclinaison réelle, si cela était le cas, ce fait ne semble pas avoir attiré l'attention des auteurs qui la décrive.

Fermée depuis très longtemps au culte, elle a été réouverte à plusieurs occasions notamment dans le cadre de la triennale de la tapisserie ou pour des expositions temporaires. Depuis quelques années, le doyenné de Tournai l'a mise à disposition de l'église orthodoxe pour la célébration de son culte. Icones et nombreuses décorations propres à ce culte sont ainsi venues l'enrichir. Régulièrement occupée, l'église a retrouvé une seconde vie et la fondation Pasquier Grenier, soucieuse de défendre le patrimoine tournaisien, y a trouvé accueil en 2006 pour son exposition relative à sa vision de Tournai partagée par plus en plus de tournaisiens.

Quittons le quartier par le quai Dumon, le plus large des quais de la ville, tellement large qu'il a permis la création d'un parking en son centre. Cette vaste étendue provient du fait que le traité conclu entre Louis XIV et les magistrats de la ville, en 1669, stipulait que cette partie de quai devait être réservée pour la construction d'un port "pour chargement et déchargement de munitions de guerre ou de produits de bouche destinés à l'Arsenal tout proche et pour l'embellissement de cette partie de la ville". Il tient son nom d'un dénommé Augustin Aimable Dumon, né à Lille en 1791, ayant obtenu la naturalisation en 1830 et qui devint président du sénat, gouverneur du Hainaut et bourgmestre de Tournai, fonctions qu'il occupa jusqu'à sa mort en janvier 1852. Il défendit de nombreux projets pour la ville et laissa un excellent souvenir parmi la population.

Le vendredi Saint, le quai se pare de milliers de fleurs multicolores dans le cadre de l'annuel Marché aux Fleurs. Il en est de même le jour de la fête des Mères qui voit de nombreux automobilistes s'arrêter pour acheter le bouquet qui ravira l'épouse et mère. A l'angle du quai et du Becquerel se dresse encore un immeuble ancien : le Grand Saint Georges, auberge, estaminet. Au début des années quatre-vingt, il devint la propriété de l'organisme financier voisin mais fut revendu à un particulier en 2006. Cet immeuble est en cours de restauration pour lui conserver son caractère authentique.

Le Becquerel est une placette triangulaire qui donne accès vers la rue Royale, son nom d'origine flamande (beck) rappelle qu'il est situé sur un ancien canal. Malfamé, il était le quartier des foulons, tisserands et même laboureurs, il est maintenant devenu un lieu de résidence et de bureaux. Sur celui-ci se dressait jusqu'au début de l'année 2012, l'ancienne clinique Saint Georges devenue maison d'accueil pour personnes âgées, celle-ci a été démolie pour faire place au siège social de l'Intercommunale IDETA, à des appartements et à une crèche. 

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne" et recherches personnelles).