29/01/2014

Tournai : Philippe Delaby, un grand de la BD n'est plus.

La nouvelle nous est parvenue ce midi, Philippe Delaby nous a quittés ce mercredi 29 janvier 2014 à l'aube, il venait de fêter son 53e anniversaire. 

Cet auteur, très connu des amateurs de l'art qu'est devenue la bande dessinée, est né à Tournai, le 21 janvier 1961. Dès l'âge de huit ans, en lisant "Tintin au Congo", il a été attiré par ce nouveau mode d'expression alors en plein essor. Il y avait eu les pionniers comme Hergé ou Franquin, il y avait Edgar P. Jacobs, Jacques Martin, Goscinny et Uderzo ou Jean Graton et, bientôt, la bande dessinée occuperait des rayons entiers des librairies et tiendrait "salon" à Angoulême et même à Tournai grâce à l'institut Don Bosco. Des éditeurs comme Casterman, Dargaud, Dupuis... allaient lui donner ses lettres de noblesse.

A quatorze ans, Philippe Delaby est inscrit à l'Ecole des Beaux-Arts dans la section de dessin académique, un peu plus tard, il va même s'essayer à la peinture à l'huile. Il suivra encore des cours d'imprimerie et de typographie.

Embrassant la carrière professionnelle, après avoir remporté un concours à Mons, il va faire ses début au sein des éditions du Lombard et publiera ses premières planches dans le Journal de Tintin, en 1987.

S'étant aguerri, il va commencer à voler de ses propres ailes en publiant, en 1991, "Arthur, au royaume de l'impossible" et "Richard Cœur de Lion, l'Epée et la Croix". Pour cette parution, avec son scénariste Yves Duval, il sera récompensé du prix "Clio" décerné par le Salon de l'Histoire de Paris en 1994. Cette édition va le faire connaître au grand public. Il faut dire que son domaine de prédilection restera toujours l'Histoire.

Beaucoup d'autres livres vont suivre : "Bran, Légende née des tourbillons des vents du Nord" en 1993 et une trilogie intitulée "L'Etoile polaire", sur un scénario de Luc Delisse, composée de "Le Milieu du ciel" paru en 1994, "la Nuit comme un cheval arabe" en 1995 et "Les Faux Jumeaux" en 1996.

Mais c'est avec la série historique "Murena" que Philippe Delaby va s'attirer la sympathie des amateurs de BD et l'attention des critiques. Avec la collaboration du scénariste Jean Dufaux, entre 1997 et 2013, il dessinera : "La Pourpre et l'Or" (1997), "De Sable et de Sang" (1999), "La Meilleure des mères" (2001), "Ceux qui vont mourir" (2002), "La déesse noire" (2006), "Le Sang des bêtes (2007), "Vie des feux" (2009), "Revanche des cendres" (2010) et "Les Epines" en 2013.

Entretemps, en 2006, il avait publié "Highlanders".

En 2004, il se lance dans un nouveau projet avec "Complainte des landes perdues" qui sera composée de trois premiers albums : "Morigane" (2004), "Le Guinea lord" (en 2008), "La Fée Sanctus" en 2012. Il y a quelques semaines, il nous annonçait, sur son blog, la prochaine parution du quatrième opus de la série : "Sill-Valt".

Philippe Delaby sera honoré de nombreux prix : le prix de la BD de Boulogne-sur-Mer (F) remis en 1997 ou le Grand Prix Saint-Michel remis pour l'ensemble de son œuvre en 2011. Ce prix prestigieux décerné par la ville de Bruxelles compte à son tableau d'honneur des artistes tels Edgar P. Jacob (Blake et Mortimer), Morris (Lucky Luke), Hergé, à titre posthume (Tintin), Jacques Martin (Alix), Jean Graton (Michel Vaillant), le dessinateur originaire d'Antoing, Raoul Cauvin (Boule et Bill, Les femmes en blanc, Natacha ou Pierre Tombal) ou encore le dernier nominé, Philippe Geluck (Le Chat). En 2012, le prix Cognito kui sera décerné. En 2013, lors du festival de la BD de Middelkerke, il lui fut décerné un "Gouden Potlood" (crayon d'or).

Le 19 avril 2012, le dessinateur exposait à la galerie Napoléon à Paris, à l'occasion de la sortie de l'opus 3 de "la Complainte des landes perdues". 

Les habitants de Mouscron et plus particulièrement les supporters de l'Excelsior se souviendront des planches qu'il dessinait chaque semaine pour le journal du club de football de division I.

Le 30 novembre dernier, Philippe Delaby participait au Festival de la Bande dessinée de Rumes. Lui qui a connu les rendez-vous de Montreuil-Beslay, de Blois, de Nismes, de Taipei aimait aussi retrouver ses racines régionales. Les dernières images de lui ont été enregistrées à cette occasion par No Télé.

Philippe Delaby n'a pas eu le temps de mener à bien tous les projets qu'il évoquait encore à cette occasion, dans ses cartons, il y avait probablement encore l'ébauche de plusieurs aventures de la série Murena. La mort a ravi un réel talent ! 

(recherches personnelles à partir des œuvres de Philippe Delaby, d'articles de la presse locale)

S.T. janvier 2014

 

 

14:04 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, bd, philippe delaby, murena, casterman, dargaud |

24/01/2011

Tournai : Marcel Marlier, le rêve mis en images !

Alors que la ville de Tournai lui rendait un vibrant hommage pour ses quatre-vingts ans et la parution de son soixantième album de Martine en novembre dernier, Marcel Marlier fut une première fois hospitalisé. Ses dernières apparitions en public furent au salon "Tournai, la Page", le 14 novembre et à l'exposition organisée par le centre commercial des Bastions, le 17, veille de son anniversaire. Ce lui qui avait donné vie à Martine, cette petite fille modèle dont les soixante aventures ont bercé probablement les soirées de millions d'enfants de par le monde depuis 1954, l'année de sa naissance, venait d'entamer le combat contre la maladie qui allait l'emporter.

Marcel Marlier est né à Herseaux, le 18 novembre 1930. En 1946, il s'inscrit au cours d'arts décoratifs à l'école Saint-Luc à Ramegnies-Chin, il en sortira en 1951 avec la plus grande distinction. Durant ses études, les éditions de la Procure à Namur organise un concours de dessin dont il sera le lauréat et il sera engagé par cette maison d'éditions pour illustrer les ouvrages destinés aux écoliers. La collaboration avec cette maison durera plus de vingt-cinq ans et il illustra notamment des livres comme "Je lis avec Michel et Nicole" ou "Je calcule avec Michel et Nicole"...

En 1951, Pierre Servais, un des responsables du département éditions de la maison Casterman à Tournai, séduit par ce jeune talent, lui propose d'illustrer des livres destinés à la jeunesse. Celui qui était, depuis 1953, professeur de dessin à Saint-Luc va alors participer à la création de la collection "Farandole" et rencontrera, en 1954, le poète et écrivain tournaisien, Gilbert Delahaye. De leur collaboration naîtra Martine, cette petite fille de cinq ou six ans qu'on appellera Tiny dans la traduction néerlandaise, Debbie aux Etats-Unis, Malika au Portugal... et qui va emmener à sa suite toutes les petites filles de Belgique et du monde entier.

De "Martine à la ferme" à "Martine et le prince mystérieux", le dessin de Marcel Marlier et les écrits de Gilbert Delahaye (jusqu'à sa disparition en 1997) et de Jean Louis Marlier ensuite vont transporter les lecteurs dans un monde de tendresse, de douceur, de gentillesse, un monde ou la vulgarité et la violence étaient bannies, une atmosphère trop aspetisée peut-être aux yeux de certains pour qui la bande dessinée était devenue porteuse de monstres, de robots transformeurs, d'extra-terrestres, de batailles inter galactiques ou de lutte entre le Bien et le Mal.

Pour ses décors, Marcel Marlier qui habitait dans la campagne proche de Tournai trouvait l'inspiration dans son environnement et, en cherchant bien, le lecteur tournaisien reconnaîtra des lieux qui lui sont ou lui furent familiers comme le Grand Bazar de la rue de la Tête d'Or où Martine fait ses courses et beaucoup d'autres endroits de la région.

Si Martine a évolué (sa coupe de cheveux et son habillement ont suivi la mode de l'époque de parution), elle n'a que très peu grandi puisque Marcel Marlier disait lui-même dans une interview donnée à No Télé qu'elle est passée de l'âge de cinq ou six ans à celui de huit ou neuf ans.

On peut dire que Martine était pour les petites filles, l'égale de Tintin pour les garçons et comme ces deux personnages étaient édités par la Maison Casterman, on comprend que celle-ci soit devenue une locomotive dans le domaine de la bande dessinée, les nombreux prix récoltés au cours des éditions du Festival de la Bande Dessinée à Angoulème en témoignent. 

Martine a été éditée à 65 millions d'exemplaires en langue française et à plusieurs dizaines de millions en différentes langues étrangères. Les comédiens Benoit Poelvoorde et Laurence Bibot ont croisé plusieurs fois la route du dessinateur tournaisien mais la rencontre la plus insolite qui lui a été donnée de vivre est celle avec Michaël Jackson. C'était en 1997, alors qu'elle se trouve en tournée en Allemagne, l'idole découvre un puzzle de Martine et est frappé par la douceur qui s'échappe du dessin. Il veut absolument rencontrer le dessinateur et c'est ainsi que rendez-vous est pris dans un hôtel parisien. Marcel Marlier accompagné de son éposue a emporté quelques planches originales pour satisfaire sa curiosité mais a toujours refusé de s'en séparer même au profit du chanteur le plus adulé de l'époque.

Le ciel est uniformément gris sur Tournai en ce mois de janvier, il semble avoir oublié les tendres couleurs qui garnissaient la palette de Marcel Marlier et la pluie qui tombe de temps en temps évoquent probablement les larmes de Martine qui pleure son papa. Elle restera présente dans la ville des cinq clochers grâce à la statue qui lui est dédiée en compagnie de son chien Patapouf, hommage du club Richelieu à celui qui avait illustré les rêves d'enfants (visible dans la série de photos de la colonne de droite en n°11). Comme Hergé l'avait souhaité en ce qui concerne Tintin, la petite héroïne ne survivra pas à son créateur mais on est convaincu que de nombreuses mamies vont continuer à acheter, dans les années futures, les aventures de Martine pour leurs petits-enfants.

(S.T. Janvier 2011 - sources : le Courrier de l'Escaut édition spéciale ainsi que la brochure éditée lors des festivités de Tournai et l'interview donné par Marcel Marlier sur NoTélé) 

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, casterman, marcel marlier, martine, bd, michaël jackson |