19/08/2007

Tournai : des origines à nos jours (4)

Tournai, au temps de Baudouin, de la peste et des croisades.

Le second millénaire vient de débuter, la grande peur provoquée par son arrivée s'estompe, le monde existe toujours ! Il est probable que l'édifice religieux de cette époque, dont on a retrouvé le pavement lors des fouilles sous la nef romane débutées en 2002, connut pendant quelques années une affluence de fidèles. Sans doute assista-t-on également à un regain de foi ?

Le 28 avril 1068, un fait historique, longtemps méconnu, va se dérouler à Tournai. Baudouin, 36ème évêque de Noyon-Tournai, originaire de cette région de France, dont le règne débuta soit en 1044 ou 1045, un fidèle du roi de France, décède alors qu'il se trouve dans notre ville. Il sera enterré sous l'édifice religieux de l'époque. Le 13 décembre 2006, lors de fouilles sous la nef romane, une tombe qu'on croit être celle de l'évêque Radbod, est ouverte par les chercheurs qui l'ont mise à jour quelques semaines auparavant. Il s'agit bien de celle d'un évêque, ses vêtements, sa crosse et une bague l'attestent, mais les éléments qu'on y découvre nous renseignent qu'il contient le corps de Baudouin. Selon la tradition, celui-ci était mort et reposait à Noyon ou dans la région parisienne ! La découverte met fin à une de ces légendes souvent entretenues par ceux qui transmettent l'histoire.

La fin du XIème siècle sera plus inquiétante que celle du précédent. Vers 1089, une terrible maladie va ravager une grande partie de nos régions : la peste. Certains y voient plus précisément l'ergotisme, cet empoisonnement provoqué par l'ergot de seigle. Des habitants meurent par milliers, on imagine les rues jonchées de cadavres, brûlés à la hâte sur des bûchers, comme le représente Louis Gallait, le peintre tournaisien, dans son monumental tableau exposé au Musée des Beaux-Arts de la ville. Le 14 septembre 1090, après avoir ordonné un jeûne, l'évêque Radbod invite les fidèles à une grande procession de pénitence qui sillonnera les rues de la ville. Le fléau cesse subitement, les tournaisiens y voient l'intercession de Notre-Dame vénérée dans la cité. Depuis lors, sans interruption, en action de grâce, une procession va parcourir les rues de Tournai, le deuxième dimanche de septembre.

Autre mauvaise nouvelle en cette fin de siècle, elle nous vient de Palestine et est transmise par des moines qui traversent nos régions pour annoncer que le tombeau du Christ est tombé aux mains des infidèles. Les croisades débutent. En 1099, deux croisés tournaisiens, Letalde et Engelbert entreront les premiers dans Jérusalem assiégée. Le souvenir de ce fait d'armes de nos deux concitoyens sera perpétué lorsqu'en 1933, Edouard Tréhoux, le père des géants tournaisiens, réalisent deux "postures" les représentant. Depuis, lors du cortège de juin, organisé par les Amis de Tournai, les deux vaillants guerriers accompagnés de leurs troupes traversent les rues de la cité comme pour fêter un éternel retour victorieux.

Nous voilà désormais aux portes du XIIème siècle, que va-t-il encore nous réserver !

(sources : "Quid de Baudouin ?" article du professeur Jacques Pycke paru dans le bulletin 88 de la Fondation Pasquier Grenier et recherches personnelles).