22/08/2007

Tournai : des origines à nos jours (7)

Tournai durant le XIVe siècle.

Comme nous allons maintenant le découvrir, le XIVème siècle sera pour Tournai beaucoup moins calme que le précédent, bouleversements et conflits sont au menu de celui-ci. En 1302, les villes flamandes se rebellent contre le roi de France. Lors de son invasion de la Flandre, Philippe le Bel s'était allié avec les patriciens mais s'était surtout attiré l'inimitié des couches populaires, celles qu'on appelait les "Clauwaerts". Le 11 juillet 1302, dans les plaines de Courtrai, se déroule la "bataille des Eperons d'Or" dont les Flamands sortent victorieux. Cette bataille a eu lieu à une vingtaine de kilomètres de Tournai.

Dans la foulée de leur succès, en 1303, les Flamands tentent, en vain, de s'emparer de Tournai, ville fidèle au roi de France. Tournai est un point stratégique sur l'Escaut, les Flamands y ont encore quelques vestiges de pouvoir, l'ilôt du Bruille leur ayant appartenu jusqu'à son rachat en 1289 par la Magistrature communale. En 1313, le roi de France, Philippe le Bel, envahit le Tournaisis, il meurt un an plus tard. Progressivement la ville abandonne ses droits, l'hommage (la relation entre vassal et suzerain) et le fief de la châtellenie. En 1329, l'avoué vend son office et ses droits à Charles le Bel. En 1332, le droit de commune est supprimé par le roi de France, Philippe VI de Valois, celui trouvant que les tournaisiens revendiquent un peu trop leur autonomie.

Débute alors un nouveau conflit, la Guerre de Cent Ans. Jacques Van Artevelde, riche marchand de draps gantois, s'allie au roi d'Angleterre, Edouard III. Il refuse en effet de sacrifier la Flandre au roi de France. En 1340, la ville de Tournai est assiégée par les troupes anglaises alliées aux milices flamandes. Le siège durera deux mois, une fois encore la victoire est locale, elle est attribuée à Notre-Dame, patronne de la cité, les envahisseurs se retirent. Un traité est signé entre le roi de France et celui d'Angleterre dans l'église du village d'Esplechin, le 25 septembre 1340. Cette brillante résistance permet à Tournai de récupérer le droit de Commune. Celui-ci lui sera à nouveau supprimé en 1367 mais restitué en 1370 avec une nouvelle Constitution qui donnera le pouvoir à l'aristocratie tournaisienne.

En 1352, meurt à Tournai celui qui est probablement considéré comme son premier historien, Gilles Li Muisis, moine de l'abbaye de Saint Martin, auteur de chroniques. Ce siècle marquera la renommée de la tapisserie tournaisienne qui dépasse largement nos frontières. En 1377 apparaissent les premiers règlements des métiers de tapissiers, ils imposent ainsi aux marchands de serge, de tapis et couvertures à ne vendre que sur le marché du samedi, à ne pas présenter ensemble des marchandises nouvelles ou usagées (on dirait aujourd'hui "des occasions). Le monde religieux est en crise, c'est l'époque du Grand Schisme. En 1378, l'évêque de Tournai, d'origine bourguignonne, Pierre d'Aussy marque sa fidélité à la France et au pape Clément VI contre l'autorité du pape de Rome Urbain VI. Les couches populaires ne le suivent pas, Tournai reconnaît le doyen Jan West à Gand.

L'abbaye de Saint Martin est devenue très puissante, ainsi, au milieu du XIVème siècle, estime-t-on son domaine à environ 5.000 hectares, le monastère est aussi propriétaire de plusieurs dizaines de maisons à Tournai, possède des dizaines de moulins situés dans les villages dont il a reçu l'autel au XIIème siècle (voir l'histoire des différents villages parue précédemment), l'abbaye exerçe également un droit de justice et perçoit loyers et rentes. A cette époque, elle est sans conteste l'abbaye la plus riche de nos régions.

En 1385, la "Paix" est signée à Tournai entre le roi de France, Philippe le Hardi, et les représentants de la ville de Gand. Par celle-ci les Flamands abandonnent l'alliance avec l'Angleterre, en contrepartie la ville rebelle est amnistiée. Notons encore pour être complet que, fondée en 1280, la "confrérie des Damoiseaux", a son siège à la cathédrale, elle recrute ses membres parmi l'aristocratie tournaisienne, association politico-religieuse, elle se réunit dans le cloître pour discuter des problèmes internes, dans la chapelle, chaque premier lundi du mois, pour assister à la messe et dans la Halle de la ville pour les banquets. Comme on le voit, le XIVème siècle a été marqué par de nombreux soubresauts dans notre vieille cité.  

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis et recherches personnelles).