13/10/2009

Tournai : Li Muisis, témoin de son époque (2)

A l'époque de Gilles Li Muisis, de nombreux évènements marquèrent la vie régionale et notamment la guerre que se livrèrent les français et le Comte de Flandre. A la fin du XIIIe siècle, le Comté de Flandre était devenu une entité politique et économique puissante. Guy de Dampierre entre en conflit avec le roi de France à partir de 1296 lorsqu'il décide de ne plus remplir ses devoirs de vassal envers son suzerain. C'est à ce moment que la Flandre se tourne vers l'Angleterre qui lui fournit la laine dont elle a un grand besoin pour son industrie. Gilles Li Muisis nous parle de l'arrivée des troupes françaises en 1297 à la frontière pour mettre le siège à Lille. Il nous apprend que 300 sergents tournaisiens, vêtus d'une tunique bleue et portant un couvre-chef blanc, participèrent à celui-ci. Après la capitulation de Lille, la Flandre est divisée en deux parties, l'une gouvernée par le roi de France, l'autre par Guy de Dampierre. Au lendemain de la capitulation, des négociations ont Tournai pour cadre, plus précisément l'abbaye de Saint-Martin où Le Muisis est à cette époque jeune moine. Elles mettent en présence les Français et les Flamands et se terminent, le 28 janvier 1298, par une prolongation de la trêve jusqu'au 6 janvier 1300. Dès la fin de celle-ci, les hostilités reprennent, la Flandre est totalement occupée. Le Comte de Flandre, Guy de Dampierre et son fils Robert de Béthune sont emmenés en captivité à Paris, leur chemin passe par Tournai. Jacques de Châtillon devient le gouverneur du Comté de Flandre.

Le 18 mai 1301, en compagnie de son épouse, le roi de France visite Tournai, Gilles Li Muisis dit qu'il est reçu par une population enthousiaste. Un an plus tard, la nuit du 17 au 18 mai 1302 éclatent les "Matines brugeoises". C'est l'épisode bien connu du fameux " 's Gilden vrient" que d'autres ont traduit par "Schild en Vriend" (bouclier et ami) qui permit aux rebelles de découvrir les français, incapables de prononcer cette phrase avec l'accent et de les assassiner. A cette époque, Gilles Lui Muisis écrit : "Les temps à venir sauront quelle grande et énorme trahison s'accomplit ce jour". A peine deux mois plus tard, dans la plaine de Groninghe, près de Courtrai, les milices flamandes, entraînées par Guy de Namur (un wallon !) battent les troupes françaises commandées par Robert d'Artois. La célèbre Bataille des Eperons d'Or met fin à l'occupation de la Flandre par les Français. 

Ville française, Tournai renforce ses fortifications signale Li Muisis. Le moine -chroniqueur nous rapporte également un fait étrange. Quelques années après la bataille des Eperons d'Or, Jean de Brabant, époux de Marie de Mortagne, mort à Courtrai mais dont le corps n'avait jamais été retrouvé (probablement enterré dans une des nombreuses fosses communes) réapparaît à Tournai. Un illuminé se fait passer pour lui et parvient même à se faire reconnaître par son épouse. La supercherie découverte, il sera enterré vif ! En 1313, Gilles Li Muisis nous apprend que la France se rend maître de la châtellenie de Tournai et des droits de justice qui en dépendent. Placée à l'extrême frontière avec la Flandre, Tournai se réjouit de la conclusion, le 20 août 1313, de ce qu'on appelle "la Paix de Saint Léger" (petit village des environs de Pecq). Les négociations avaient été entamées quelques jours auparavant lors de l'entrevue des délégués des villes flamandes et du Légat du roi de France en l'abbaye de Saint-Martin à Tournai.

La suppression de la Commune en 1332 allait fortement contrarier le chroniqueur tournaisien. Le Parlement de Paris avait, en effet, supprimé aux tournaisiens, le "droit de Commune" parce que ceux-ci avaient régulièrement abusé de privilèges obtenus. Ce n'est qu'en 1340 que Philippe VI va rendre ce droit aux Tournaisiens. A ce propos, Li Muisis note dans un de ces Traités que la Commune avait violé le droit royal, les libertés du commerce et, même, l'immunité du clergé.

Il y a encore beaucoup à découvrir sur les écrits de Li Muisis mais nous nous arrêterons là. L'abbé-chroniqueur et poète était originaire d'une famille bourgeoise de Tournai, il est parfois aussi considéré comme mysogine. A la lecture de ses Annales, on peut raisonnablement le penser lorsqu'on lit " Pleurer, Parler, Filer, femmes l'ont de nature" ou encore "Assez plus que les femmes, on doit hommes reprendre car ils doivent les femmes endoctriner et apprendre". Voici des propos qu'on attribue à notre époque à un "macho". A l'égal de Clovis ou de Rogier de la Pasture (Van der Weyden), il est un tournaisien qui a marqué son temps. L'Optimiste se permet, pour une fois, une suggestion (pour autant qu'elle soit lue par un de nos décideurs tournaisiens) : Pourquoi ne pas lui attribuer un espace qui rappelle son souvenir à Tournai ? Le rond point baptisé, sans imagination, "Imagix" en raison de la proximité d'un cinéma pourrait prendre son nom, surtout si on place, comme l'a déclaré Christian Massy, bourgmestre, une oeuvre rappelant la période médiévale ou, alors plus modestement, donner son nom au cloître de l'Hôtel de Ville, rappel de l'abbaye de Saint-Martin dont il fut l'abbé. Après tout les Courtraisiens ont bien choisi Gilles Li Muisis pour servir de guide aux visiteurs du Musée Courtrai 1302, consacré à la bataille des Eperons d'Or. "Nul n'est prophète en son pays", nous l'avons déjà dit !

07:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, histoire, li muisis, bataille des éperons d'or |