24/05/2008

Tournai : l'année 1960 sous la loupe (3)

Comme nous l'avons dit en présentant cette rubrique consacrée à l'année 1960 à Tournai, celle-ci débute dans la douceur. Cette dernière est d'ailleurs symbolisée par le tour de chant, le samedi 6 février, d'un artiste qui commence à être connu du grand public, Henri Salvador. Depuis la veille, le chanteur loge au Grand Hôtel de la Cathédrale et découvre le marché de la place Saint Pierre avouant aux journalistes avoir été réveillé par les cris des marchands ambulants (qui n'ont probablement rien à envier à ceux des marchés de Provence décrits par Gilbert Bécaud). C'était l'époque de ses chansons douces, peu de temps avant l'arrivée de "Zorro", de "Juanita Banana" ou de "Minie petite souris".

Au printemps, la police communale réalise un nouveau coup de filet. Deux individus ont perpétré un vol au boulevard Delwart leur ayant rapporté un butin estimé à 280.000 Fb de l'époque ou pratiquement 7.000 euros (en argent et bijoux). Ils sont repérés à Charleroi alors qu'ils dépensent sans compter. On arrête ainsi deux hommes bien connus des services de police bien que l'un possède plusieurs identités, ce russe résident à Lille se fait appeler Skakanoff, Skakinoff, Popoff ou Bespiloff. Son complice est né à Douai mais réside également à Lille.

Dès le mois de juillet, le calme qui a prévalu lors du premier semestre cède soudainement la place à l'inquiétude pour de nombreuses familles tournaisiennes ayant un proche au Congo. L'ancienne colonie belge est devenue indépendante le 30 juin et, dès le lendemain, des incidents éclatent en de nombreux endroits. Le 9 juillet la presse titre à la une : "Panique à Léopoldville, terreur à Thysville". On signale que des réfugiés ont fui vers Brazzaville, les évènements du Congo débutent, ils seront à l'origine du rapatriement de nombreux expatriés.

A la fin du mois d'octobre, l'inquiétude fait place à l'horreur dans la cité des cinq clochers lorsque, le 21 précisément, un interné occupé à de menus travaux dans la maison du directeur de l'établissement de défense sociale, pris d'une pulsion soudaine, étrangle la femme et la belle-mère de celui-ci et prend la fuite. Il sera arrêté à Bruxelles et ramené à Tournai. La presse s'interroge (déjà) sur les chances réelles de guérison et le problème posé par le reclassement d'individus internés pour faits graves.

Le 15 décembre, administrations et écoles sont fermées à Tournai, les quelques cafés qui possèdent déjà la télévision sont pris d'assaut par des clients venus assister, en direct, (mais encore en noir et blanc) au mariage royal. Dès le lendemain, un projet de loi va plonger le pays dans le cahos. La "loi unique " de Gaston Eyskens (que certains traduiront par "loi inique") va être à l'origine des plus grandes grèves connues par le pays depuis la "question royale" dix ans auparavant. A partir du 20 décembre, la grève est déclenchée et s'étend rapidement à tous les secteurs, des incidents éclatent. La ville de Tournai n'échappe pas à cette situation insurectionnelle. A la vieille de la Noël, des piquets de grève, souvent musclés, font leur apparition à l'entrée des établissements publics et privés. Le 28 décembre, la gare est déserte, plus aucun train ne circule, la gendarmerie est mobilisée pour assurer le droit au travail des non-grévistes. Une manifestation rassemblant plus d'un millier de personnes va parcourir les rues de Tournai (le nombre de participants, comme à chaque fois, sera différent si la communication vient des organisateurs ou de la police). Les accès à la ville sont barrés, certaines voiries sont dépavées, il y a des coupures d'électricité, un automobiliste est frappé par un individu aussitôt emprisonné, un médecin se fait attaquer lors de ses visites aux domiciles des patients, des clous sont semés sur les routes pour rendre la circulation impossible. Bref, 1960 va mourir sur les barricades.