31/03/2011

Tournai : le rieu de Barges.

Avant son entrée à Tournai, à la limite du village de Chercq et de la cité des cinq clochers débouche le rieu de Barges qui vient se perdre dans l'Escaut pratiquement à la hauteur des Ateliers Louis Carton.

Ce ruisseau prend sa source sur le territoire de Bachy, village frontalier français, il entre rapidement en Belgique et, à Esplechin, reçoit celui de Maraîche. C'est là qu'il prend le nom de rieu de Barges. Quittant Esplechin, il rejoint Froidmont, Willemeau, Ere, Saint Maur et Chercq où il longe la rue Carlos Gallaitavant de passer sous la chaussée d'Antoing. Il sépare géographiquement le village de Chercq de la ville de Tournai. 

Caractérisé par sa quiétude, coulant lentement au sein d'une campagne verdoyante dépourvue d'industries, il peut parfois être pris de fureurs aux jours d'orages ou quand les pluies le gonflent soudainement, il se transforme alors en un torrent tumultueux, quittant son lit, débordant sur les voiries et envahissant les maisons riveraines.

La consultation des articles de presse de différentes époques nous renseigne que ces inondations ont toujours existé à Ere mais que depuis quelques années elles sont plus fréquentes et nettement plus importantes. Il y a différentes raisons à ce phénomène auquel doivent faire face les responsables communaux pour adapter des solutions : des pluies plus abondantes que certains attribuent au réchauffement climatique, une urbanisation qui s'est lentement développée, un curage parfois défaillant, un changement des habitudes de labourage par les agriculteurs, une canalisation du site trop étroite à la place de Willemeau qui était souvent bouchée et, surtout, la modification importante qu'a subi le bassin hydrologique lors de la construction, il y a une dizaine d'années de la ligne TGV. Conscients de ce problème de modification de l'écoulement des eaux, ceux qui pensèrent la ligne de chemin de fer émirent l'idée de la création d'un bassin d'orage, projet qui resta, malheureusement, dans les cartons, probablement pour ne pas grever un budget déjà colossal.

Les graves inondations du mois d'août 2005 ont révélé ces problèmes, de la place de Willemeau au Pont à Rieu à la limite de Saint Maur et de Tournai, nombreuses furent les habitations envahies par les eaux. A la suite de cette situation catastrophique pour les habitants, des mesures ont été prises : nettoyage du passage sous la place de Willemeau, stabilisation des berges par la pose de moellons retenus par des grillages, curage du site. A cette occasion, on retira de ce petit ruisseau un frigo, une baignoire, des déchets ménagers et de jardins et même une tête de mouton, preuve d'un manque évident de civisme des gens (comme cela avait été constaté le long du rieu d'Amour).

La province y développa le système SAPHIR (Système d'Alerte et Prévention du Hainaut des Inondations par des Ruisseaux). Des capteurs constatent l'élévation du niveau des eaux, transmettent l'information et les riverains qui le désirent son avertis par SMS, ils peuvent ainsi prendre toutes les mesures qui s'imposent : la pose de sacs de sable et la mise en hauteur du mobilier. Ces mesures ont permis de réduire de façon importante les risques lors de la crue de novembre 2010.

Pour mieux connaître ce charmant coin du Tournaisis, l'ASBL "Cercle d'Histoire de la Vallée du rieu de Barges" a vu le jour. Elle organise des conférences, expositions, promenades découvertes, circuits de marches et même une ducasse annuelle. C'est qu'il y a des lieux à visiter et une histoire à apprendre le long des berges du ruisseau.

L'église Saint-Amand à Ere, mérite le détours, elle date du XIe siècle, de style roman, elle aurait été édifiée à l'emplacement d'un temple gallo-romain dédié à Minerve, la déesse de la Sagesse et des Arts. Le château des Seigneurs d'Ere a accueilli le Maréchal de Saxe en 1745, quelques jours avant sa victoire à la bataille de Fontenoy. Le couvent des Pères passionistes, venus au XIXesiècle d'Italie, érigé en 1843 avec sa chapelle en plus pure style italien aux murs et plafonds peints a accueilli ceux qui voulaient être guéris de la coqueluche. Il a été racheté, il y a une quinzaine d'années, par un institut d'enseignement spécialisé pour personnes handicapées. Un manège et une ferme thérapeutique y ont été créés par l'ASBL "Au Détour du Possible". Le bois d'Ere, où tout jeunes nous allions cueillir, au printemps, les gringottes (jonquilles) ce qui est désormais interdit est le point culminant du village à 75 mètres. Le hameau de Barges qui a donné son nom au rieu possédait jusqu'après la seconde guerre mondiale un moulin à eau. Dans les champs, vers Tournai, les bâtiments à l'abandon de l'ancienne Briqueterie Mécanique d'Ere, déjà en activité au XIXe siècle et qui a cessé ses activités en 1972 se dressent, témoin de la seule activvité industrielle dans ce milieu rural. Au Pont-à-Rieu, une carrière inondée est devenue le lieu privilégié des adeptes français et belges de la plongée. On pourrait encore citer d'autres lieux à découvrir !

Le rieu de Barges, un ruisseau bien tranquille qui, à l'image du grand fleuve de Don Camillo, nous raconte des histoires sur la vie locale.