11/06/2013

Tournai : Jours de fête et cortèges

Une météo inespérée

Une froidure tenace ne voulait pas nous quitter, elle semblait même définitivement installée, on avait perdu le souvenir d'un ciel bleu, pluies, vent en avaient rendu plus d'un cafardeux. Le thermomètre ne parvenait pas à décoller, il allait bientôt geler en plein mois de juillet, mais on ne devait pas se plaindre dans notre région quand on voyait ailleurs les terribles inondations. 

Tel Zorro combattant le désespoir et la morosité, les Amis de Tournai... sont arrivés et le soleil a brillé pour les traditionnelles fêtes de Tournai. Est-ce là de la chance ou l'effet du hasard ou bien nos Amis ont-il plu à Saint-Médard ? Pour parvenir à vaincre le général Hiver ont-ils rassasié d'oeufs la brave sainte Claire ? Le fait d'avoir mis à l'honneur la place de l'Evêché juste après sa rénovation leur a-t-il fait bénéficier, en haut lieu, d'une protection ? Peu importe, "l'Beon Dieu" était tournaisien, n'en déplaise à nos amis Montois qui se l'approprient généreusement quand leur ducasse bénéficie d'un temps engageant !

Un long héritage

Depuis son origine, au début des années cinquante, on l'appelait la "Journée des Quatre Cortèges" car la cavalcade qui parcourait alors, un dimanche de juin, les rues de la cité se composait d'un cortège folklorique avec ses géants, ses sociétés de musique, ses chars fleuris et sa caravane publicitaire. 

Depuis soixante ans, les Amis de Tournai ont sans cesse innové, ajoutant rapidement une soirée de concerts, le samedi. Ceux-ci trouvaient, chaque année, un nouvel écrin pour les accueillir : la place Crombez, les quais, la place Reine Astrid, le séminaire de Choiseul...

Il y eut ensuite les grands évènements comme les parades de musiques militaires belges et étrangères, le dimanche matin, sur la Grand-Place, la venue des "Comédians de Barcelone", démons et dragons envahissant les rues de Tournai durant une mémorable retraite aux flambeaux, il y eut l'Histoire avec la présentation des bannières des corporations, il y eut la reconstitution historique sur la place de Lille, il y eut, il y eut tant de choses et également de somptueux spectacles pyrotechniques et musicaux.

Cette année, sans totalement rompre avec la tradition, les amis de Tournai ont quelque peu bouleversé l'habituel programme. L'affiche le proclamait, désormais les journées de juin allaient s'appeler "Tournai en Fête et ses cortèges". 

Une soirée musicale et estivale

Samedi soir, la place de l'Evêché rénovée servait de cadre somptueux à deux grands concerts. Tout d'abord celui donné par "l'Orchestre à vent du conservatoire de Tournai" sous la direction de Daniel Buron, professeur de trompette, un ensemble d'une septantaine de musiciens, étudiants et anciens unis par l'amour de la musique, abordant tant le répertoire classique que le moderne, touchant aussi bien le coeur des mélomanes avertis que celui des jeunes assoiffés de rythme. Ensuite, il y eut l'ensemble professionnel de la "Musique Royale de la Marine" sous la direction de Norbert Nosy, trente musiciens exceptionnels spécialisés dans la musique de jazz. Trois heures de pur bonheur !

Les spectateurs rejoignirent ensuite la Grand-Place pour le spectacle pyrotechnique et musical.

Une grasse matinée

Il n'était pas loin de minuit quand se termina cette soirée de festivités et la nuit fut courte pour les Tournaisiens et leurs invités car le programme du lendemain était si chargé qu'il débuta dès 9 h 30 par la remise des clés de la Ville aux Amis de Tournai des mains du bourgmestre Rudy Demotte, vieille tradition remise au goût du jour, il y a quelques années. Par ce geste symbolique, le premier magistrat de la Ville donne aux organisateurs tous les pouvoirs pour animer la cité des cinq clochers. La "Royale Harmonie des Volontaires Pompiers Tournaisiens" faisait son entrée sur le forum tournaisien juste avant que les porteurs de géants prêtent le serment de l'Bancloque. Avant le départ des Chevaliers de la Tour, de rouge et de blanc vêtus, pour la tenue en l'Hôtel de Ville de leur 60e concile, un ensemble écossais (venu d'Anvers) "The Borderline Pipes and Drums" tenta de réveiller une Grand'Place où malheureusement les chaises vides étaient plus nombreuses que celles occupées. Beaucoup avaient probablement prolongé la soirée de la veille et faisaient encore une grasse matinée.  

L'heure des ambassadeurs

En présence des confréries amies, "l'Ordre de Marie de Hongrie" de Binche et la "Confrérie des Chevaliers de la Tour de Saint-Amand-les Eaux" (F), dans le salon de la Reine de l'Hôtel de Ville, treize nouveaux chevaliers furent intronisés en cette année 2013 parmi lesquels Sylvain Berger, consul général de France en Belgique, Alfred Gadenne, bourgmestre de Mouscron, Louis Donat Casterman, administrateur de l'asbl Pasquier Grenier et Marjorie Bonnet, "Madame Carnaval". Lors de l'intronisation dans la confrérie des Chevaliers de la Tour, à chacun d'eux charge est donnée de continuer à servir Tournai, de porter le renom de la ville bien au-delà de ses frontières et d'être présent lors des prochains conciles. 

Sur un pas de porte ou sur la Grand'Place.

Alors que la Brass Band d'Hérinnes, ensemble musical régional dont la réputation n'est plus à faire, sous la direction d'Edouard Elekan, Tournaisien d'adoption, enchantait les nombreux spectateurs ayant pris possession des chaises ceinturant la Grand-Place, de très nombreux badauds se sont massés dans les rues, aux terrasses des cafés, sur le pas de leur porte afin d'assister au passage du cortège dans sa longue remontée vers le forum. Les géants tournaisiens et leurs suites, les bandas, la fanfare de Huissignies et ses majorettes et les chars fleuris défilèront ainsi une heure durant à la grande joie des enfants, peut-être un peu déçus de ne pouvoir faire l'habituelle chasse aux gadgets de la caravane publicitaire, celle-ci étant absente désormais. Pour beaucoup ce fut néanmoins une mesure admirable, l'air de nos rues désertées par les véhicules, devenant plus respirable. 

Personnellement, je préfère aller à la rencontre des géants alignés dans la rue de la Justice. Se réveillant d'un long sommeil, immobiles, hautains, regardant au loin, ils attendent religieusement le signal du départ. Dans quelques instants, épris de liberté, il partiront, danseront, tourneront aux sons des bandas, ivres de bonheur, profitant dans une longue année, de ces quelques heures. Pour mieux les inspecter, comme dirait Alain Souchon, je me suis laissé aller à un jeu de dupes, de Christine de Lallaing regarder sous la jupe, pour découvrir cet espace, relativement petit, réservé aux porteurs qui lui donne vie. "Cela vous arrive régulièrement ce genre de comportement" m'a dit un porteur en souriant. 

Une chute spectaculaire.  

L'édition 2013 restera dans les annales, à cause d'un incident peu banal, notre brave Jean Noté, a, comme nous tous, souffert des mauvais pavés de Tournai, une roue s'est coincée pas loin d'une bordure et le géant s'est rapidement retrouvé en mauvaise "posture", déséquilibré, de toute sa hauteur, sur la chaussée, il s'est fracassé. Le diagnostic fut vite posé, fracture ouverte de la face et pommettes enfoncées. Sur la pointe des pieds, il s'est retiré et s'il veut encore sortir dans les prochaines années, il devra être opéré. Souhaitons à ce populaire géant du quartier Sainte-Magritte un prompt et complet rétablissement. J'ai appris que pour un lifting pareil, le géant n'avait pas de mutuelle, dans ces circonstances, si vous voulez l'aider, n'hésitez pas à prendre contact avec les Amis de Tournai (voir leur blog en référence dans la colonne de droite)

Une dernière fois, sur la place, en début de soirée, les chars sont revenus pour être dépouillés. Annuellement, pour ces centaines de mains tendues, ces quelques fleurs deviennent un porte-bonheur, un bref souvenir qui fanera en quelques heures, eh oui, à Tournai aussi "ch'est fiête et ch'est ein peu comme au Doudou d'Mons où on arrache les poils de l'queue de l'bîete" !

La journée pouvait se terminer, en musique et en beauté, car avec la douceur et le soleil retrouvé, aux sons des bandas, on se serait vraiment cru au Pays Basque.

(S.T. juin 2013)