02/01/2008

Tournai : les jeux populaires (4)

Un jeu encore en vogue dans le Tournaisis est le "jeu de balle" ou "balle pelote". Ce sport est un lointain cousin du jeu de paume auquel il a succédé, il y a plus d'une centaine d'année. L'histoire nous dit qu'un jeu de paume était installée en la rue Perdue à Tournai et que lors du siège de Lille, au début du XVIIIe siècle, les ducs de Berry et de Bourgogne, logés à l'abbaye du Saulchoir, s'adonnaient à celui-ci en se rendant souvent en cette rue. A la différence du jeu de paume qui était pratiqué, en des espaces ouverts ou clos, par des joueurs munis d'une raquette, le jeu de balle se joue avec un gant, la balle étant récupérée et relancée avec la main. Maurice des Ombiaux, écrivain belge, lui a d'ailleurs trouvé un nom poétique, "la petite reine blanche". Les luttes (c'est ainsi qu'on appelle les parties de balle pelote) se déroulent sur un sol en terre battue, en briques pilées, sur l'asphalte ou le béton des places de villages. Tournai possède deux ballodromes permanents le premier, sur la place Verte et l'autre, sur la place du Cabaret Wallon, au sein du quartier du Maroc où ce sport a été longtemps vivace grâce à la société, "la pelote marocaine". Le terrain se compose d'un grand rectangle de 72 mètres de long sur 7 mètres de large, cette partie est appelée, le "petit jeu", elle se termine par un trapèze aux dimensions suivantes : une longueur de 30 m et deux bases de 19 et 7 mètres, appelé "le grand jeu". Celui-ci est prolongé par un petit rectangle de 5 mètres sur 3 qui sert à la livrée (mise en jeu de la balle). Les deux équipes qui s'affrontent se composent de cinq joueurs qu'on nomme cordiers, petit milieu, grand milieu et foncier suivant la position qu'ils occupent sur le terrain. Les luttes se déroulent en 15 jeux (ou armures) de quatre fois quinze, comme au tennis, soit 15, 30, 40 et jeu. Vu que la lutte se dispute en 15 jeux, il n'y a pas possibilité d'égalité, mais rares sont celles qui se terminent sur le score de 15 jeux à rien, on appelle cela "une espagnole". Dès qu'une équipe atteint huit jeux, on marque une pause, plus ou moins longue, et...tout le monde se retrouve au "café du coin" ou à la buvette, car le jeu de balle est aussi un moment de plaisir pour joueurs et spectateurs. Suivons une partie : un joueur s'élance dans la zone définie pour la livrée, après une course d'élan, il frappe la balle et tente de l'envoyer le plus loin possible, une balle qui atteint la limite des 72 m est déclarée "out" est le point est attribué à l'équipe qui vient de livrer. Les adversaires vont tenter de renvoyer la balle en la frappant de volée, soit après un seul rebond, on appelle cette action "chasser". L'objectif est bien entendu de chasser la balle le plus loin possible dans le camp de celui qui vient de livrer afin d'empêcher son équipe de s'introduire dans le camp et de pouvoir aisément placer une balle hors des limites. Les adversaires vont quant à eux contre-chasser !Le jeu de balle est spectaculaire, on y rencontre des "frappeux" qui expédie les balles bien loin, c'est pour cette raison qu'autour des surfaces de jeux, les fenêtres des habitations sont parfois munies d'un grillage le temps de la lutte.Chaque été, Tournai organise son annuel tournoi de balle pelote, hélas, alors qu'après la guerre, le "tournoi de la kermesse", aujourd'hui disparu, amenait plusieurs milliers de personnes sur la place Verte, ils sont encore quelques centaines de connaisseurs à applaudir les équipes qui se produisent au cours du tournoi. Certains villages du Tournaisis organisent durant la période hivernale des luttes de "balle au fronton" (contre un mur) qui permettent aux joueurs de garder la forme.

01/10/2007

Tournai : vie quotidienne d'antan (15)

La kermesse de septembre.

Le premier week-end de la kermesse s'achevait. Au moment de s'endormir, Victor pensait à ce flot ininterrompu d'amusements qu'il avait vécu depuis samedi. François, son père, lui avait raconté que lorsqu'il était jeune, après le concert au parc, la foule défilait en ville au son des clairons des "petits chasseurs" (le troisième chasseur était le régiment caserné à Tournai) en une joyeuse retraite aux flambeaux aujourd'hui disparue.

Le premier lundi de la kermesse, il s'agissait d'avoir bien récupéré des fatigues de la veille car les distractions étaient encore fort nombreuses. Dès le matin, les hommes se retrouvaient sur les "bourloires" (pistes de jeu de boules) dont nous parlerons dans une rubrique consacrée aux "Jeux Populaires Tournaisiens". Ce n'était pas un hasard que ces pistes étaient aménagées, pour la circonstance, à proximité d'un café. "Ein beon bourleu deot toudis ête ein beon pinteu" (cette phrase se passe de traduction).

L'après-midi, le ballodrome de la place Verte attirait la toute grande foule pour le tournoi annuel de balle pelote qui se déroulait sur deux lundis. Gilly, Chapelle, Wangenies et bien d'autres équipes ont donné les lettres de noblesse à ce sport si populaire dans nos régions. Entre chaque lutte, joueurs et spectateurs se donnaient rendez-vous à la "Fontaine d'Or" qui faisait, sans doute, à cette occasion, ses meilleures recettes. La buvette ou l'estaminet sont des éléments indissociables des luttes de jeu de balle.

François, Zandrine et Victor ont préféré se rendre sur la place Crombez, face à la gare, où est organisé, comme chaque année depuis l'époque glorieuse de l'aéronaute...Glorieux, le rallye ballon du Royal Auto Moto club du Tournaisis. Quelle patience fallait-il pour regarder lentement se gonfler le ballon au gaz ! La toile soudain se boursouflait, s'affaissait, reprenait de l'ampleur, s'arrondissait peu à peu jusqu'à prendre cette forme sphérique, signal que la ballon allait bientôt décoller. Sur la place, les cyclistes, motocyclistes et automobilistes attendaient de voir s'élever au son de la Brabançonne, le ballon emportant, dans sa nacelle, quelques édilités locales saluant la foule d'un geste impérial. C'était alors la ruée dans la bonne direction pour arriver le premier au point de chute du ballon et ainsi remporter le premier prix. Imagine-t-on encore pareille organisation, un lundi après-midi, à l'heure de pointe ? L'aérostier aurait depuis bien longtemps replié son ballon quand le premier participant, ayant vaincu les bouchons, arriverait auprès de lui.

Au retour de ces différentes activités, les tournaisiens se retrouvaient, une nouvelle fois, sur le champ de foire de la Grand'Place, beaucoup plus convivial que l'actuel emplacement de la Plaine des Manoeuvres pour, dans les salons de la baraque appelée la "Friture Bruxelloise", déguster un complet, sorte d'assiette anglaise qui remportait un réel succès à l'époque. Les activités de ce premier lundi de kermesse attireraient-elles encore la foule à une époque où nous sommes plus ou moins blasés ? Certainement pas, elles ne sont plus organisées par manque de soutien populaire, parce que les écoles n'ont plus congé, parce que les préoccupations des dirigeants d'entreprises sont bien lointaines de la liesse populaire. Demain Victor reprendra le chemin de l'école, François celui de l'atelier, mais toute le famille attendra le prochain week-end pour à nouveau "bin fieter l'kermesse". "Cachez bin d'dins vo'tiète, et dites si ch'n'est pos vrai, qui n'est pos d'pus belle fiète, que l'karmess' d'Tournai" (chanson d'Auguste Mestdag, chansonnier tournaisien, membre du Cabaret Wallon).