18/11/2010

Tournai : le couvent des Soeurs Noires (1)

Au beau milieu de la rue de l'Hôpital Notre-Dame, à l'angle de la rue de l'Arbalète se dresse l'ancien couvent des Soeurs Noires, bâtiments aujourd'hui occupé par l'Académie des Beaux Arts, située juste en face, pour ses cours du soir de promotion sociale.

 

La façade à rue en pierre avec son pignon gothique datant de la fin du XIIIe et du début du XIVe siècle, le clocheton octogonal, le jardin situé derrière la double porte témoignent de l'existence de l'ancien couvent occupé jusqu'en 1986 par cet ordre religieux. L'origine de celui-ci, dans la cité des cinq clochers, repose sur deux thèses.

 

Selon certaines sources, c'est dès 1240, sous l'action de l'évêque Walter de Marvis et d'un bourgeois de la cité nommé Jacques Letondeur que s'établissent à Tournai les Soeurs Noires d'Arte Vie signifiant "vie étroite", "vie bien remplie". D'autres sources situent la fondation de la communauté en 1361 lorsqu'un bourgeois de la paroisse Sainte-Catherine, Jean de Haulte Vie, fait don de sa demeure à des filles dévotes vivant en communauté comme des béguines. Les béguines qu'on trouve principalement en Belgique et aux Pays-Bas sont des femmes qui vivent en communauté religieuse chrétienne sans prononcer de voeux perpétuels. Celles-ci adopteront par la suite la règle de Saint-Augustin et le 17 août 1501, trente-trois d'entre-elles prononceront solennellement leurs trois voeux de religion, reconnaissant l'autorité spirituelle et temporelle du chapitre. En 1782, elles passèrent sous l'autorité exclusive de l'Evêque. Si, vêtues d'une robe noire, d'un scapulaire de même teinte (capuchon composé de deux pans d'étoffe rectangulaires couvrant les épaules et retombant sur le dos et la poitrine jusqu'au pieds) et d'un voile blanc, elles prirent tout naturellement le nom de Soeurs Noires, on les connaissait également sous le vocable de "Soeurs de Haute Vie". Menant une vie de pénitence, les Soeurs Noires, dites collectines, parcouraient les rues de la ville pour collecter de porte à porte et prodiguaient des soins aux pauvres et aux malades, même ceux atteints de la peste.

 

Lorsque Tournai fut envahi par les troupes de Louis XIV, le roi fit réaliser de nombreux travaux parmi lesquels l'édification de la citadelle. Afin de créer l'esplanade et le glacis de celle-ci, tout un quartier, celui de la paroisse Sainte-Catherine, fut rasé. En 1672, obligées de quitter leur couvent, elles occupèrent alors le refuge de l'abbaye de Cysoing situé au bas de la rue Claquedent qui avait été acquis par le roi et donné aux religieuses en dédommagement de l'expulsion dont elles avaient été victimes. Le couvent sera agrandi par l'achat de quelques maisons voisines et, en 1676, couvent et chapelle seront consacrés par l'évêque Gilbert de Choiseul du Plessis-Praslin.

 

La Révolution va amener les troupes républicaines à Tournai (comme nous l'avons vu dans les articles consacrés à la vie quotidienne à Tournai à la fin du XVIIIe siècle) et l'ordre comme beaucoup d'autres sera aboli. Les Soeurs Noires abandonnèrent leur couvent de Saint-Jacques en 1798. Les bâtiments seront vendus en 1799 pour divers usages et acquis en 1865, par Henri Casterman pour y créer son imprimerie. De la présence des Soeurs Noires en cet endroit subsiste le nom de l'actuelle rue. (à suivre).

 

(sources : " Tournai, Ancien et Moderne", d'A.F.J. Bozière et article de Béatrice Pennant paru dans le n° 85 de la revue éditée par l'asbl Pasquier Grenier - S.T. novembre 2010).