13/03/2012

Tournai : 1909, la Semaine de l'Aviation (2)

la semaine de l'Aviation (2)

Les derniers préparatifs.

le 28 août, les hangars destinés à abriter les appareils des participants sont terminés, on commence à clôturer la plaine des Manoeuvres.

Le dimanche 29 août, à l'occasion de la présentation de cette manifestation, le journaliste du "Courrier de l'Escaut" publie un article emprunt de lyrisme duquel ont été extraites ces quelques phrases :

" La conquête de l'air est un grand mot. Bien que d'aucuns proclament le contraire, ce n'est pas encore un fait accompli (...). Le vent est un facteur indépendant de la volonté (de l'aviateur) qui impose ses capacités et fait sentir sa puissance aux aviateurs qui sillonnent les routes de l'espace (...) mais s'envoler n'est pas tout, il faut encore se maintenir en l'air, y manoeuvrer, y avancer (...). Reims, à l'arrivée de ces héros a vu doubler sa population".

Paulhan, le héros de l'époque.

Parmi les tous premiers inscrits, on retrouve le nom de Paulhan. Louis Paulhan est né, au sein d'une famille de notaires, le 19 juillet 1883 à Pezenas dans L'Hérault. Il est sorti de l'école professionnelle Rouvier à Toulon. Entre 16 et 18 ans, il a navigué comme pilotin sur les Messageries maritimes. Ensuite, il sera engagé volontaire au 1er Génie dans le bataillon des Sapeurs aérostiers. Libéré du devoir militaire, il a été engagé par les ateliers aérostatiques Surcouf et a fait la campagne du dirigeable "Ville de Paris", en qualité de mécanicien. Par la suite, il a créé une maison de jouets d'aviation. Il sera acquéreur d'un planeur "Voisin" et montera une petite société qui lui permet d'acquérir les engins de propulsion pour transformer ses planeurs en avions. Entre le 7 juin et le 28 août 1909, il vole à Bar-sur-Aube, Issy  les Moulineaux, Brayelles, effectue le voyage Douai-Arras, il vole également à Vichy, Dunkerque et à la "Semaine de l'aviation" de Reims Bethény. Paulhan et son équipe descendent à l'Hôtel de l'Impératrice.

Le 3 septembre, la presse annonce que de nombreux visiteurs sont attendus, venant de toutes les villes du pays et du Nord de la France. La ville de Tournai va connaître une affluence extraordinaire. Les Chemins de Fer de l'Etat organisent des trains spéciaux au départ de Bruxelles, Gand, Courtrai, Charleroi et Mons. 

Les trois coups sont frappés.

Nous voici enfin arrivés à cette journée du 5 septembre. Dès une heure de l'après-midi, des spectateurs se rendent en rangs serrés vers la plaine des Manoeuvres. On permet au public de se masser le long du boulevard Bara et des chaussées de Lille et de Douai. Dans l'enceinte, la pelouse est rapidement envahie par les spectateurs munis du précieux billet d'entrée. Les tribunes se garnissent plus lentement. Problème d'importance, le vent s'est levé et souffle à 7 mètres par seconde. A 4h très précisément, la musique du 1er Régiment de Chasseurs à Cheval entame son concert et... Eole faiblit. A 4h15, on décide de voler et pour l'annoncer une flamme rouge est hissée au sémaphore. A 5h00, Paulhan décolle et parcourt environ 400 mètres à une hauteur de 5 à 6 mètres. Il volera ainsi à une basse altitude jusqu'à 5h50 à la grande joie des 40 à 50.000 spectateur présents selon la presse. 

Des incidents le deuxième jour

Le journée du lundi 6 septembre sera marquée par d'épouvantables conditions météorologiques, un vent violent souffle et une fine pluie fait son apparition durant l'après-midi. La décision est prise, il n'y aura pas de vols. Ce n'est pas du goût d'une partie du public et certains poussent des huées, sifflent et réclament : "notre argent ou on vole, sortez l'appareil". Les gendarmes présents sur la plaine sont vite débordés par ces énergumènes et des renforts sont appelés, la gendarmerie à cheval fait son apparition, sabre au clair et prend position près des hangars. Un Tournaisien se voit dresser un procès-verbal pour ne pas avoir rapidement obtempérer à un ordre d'un maréchal des logis, tandis qu'un citoyen français, sans doute plus vindicatif, est mis en état d'arrestation. La plaine est totalement évacuée vers 7h du soir. 

Le "Journal de Roubaix" (qui deviendra après la guerre le Nord-Eclair) rend compte de ces incidents survenus à Tournai et rapporte qu'à Baisieux, le passage à la douane des voyageurs du train à destination de Lille demanda près de trois quarts d'heure. Les occupants des wagons affichent leur mécontentement, sifflent les douaniers et veulent même enfoncer les portes de la petite salle où on les a stationnés. Le train arrivera finalement à Lille avec quarante minutes de retard. 

Le temps ne s'arrange pas le troisième jour.

En cette journée du mardi 7 septembre, c'est maintenant une véritable tempête qui souffle sur la cité des cinq clochers, elle est accompagnée de pluies diluviennes, cinq arbres qui séparent la plaine des champs s'abattent et le terrain est transformé en un marécage. 

Pendant ce temps, les propriétaires de "l'Estaminet de la Bonne Chère", situé au n°36 de la chaussée de Douai, annoncent qu'ils louent des fenêtres au prix de deux francs par personne. Voilà des cafetiers opportunistes. 

Le temps s'améliore le quatrième jour

Le mercredi 8 septembre, la foule est présente dès 3h de l'après-midi. Paulhan va voler ! Durant dix minutes, il effectue neuf fois le tour de la plaine des Manoeuvres à des hauteurs allant de 4 à 20 mètres. 

Les journalistes présents sont admiratifs et l'un d'eux écrit :

"Longtemps le public est resté sous l'impression que lui avait causée la vue du gigantesque oiseau montant, oscillant avec coquetterie, faisant des plongées puis remontant d'une courbe élégante comme la mouette en pleine course et opérant des virages audacieux avec une grâce véritable. (...) C'est un spectacle splendide et presque angoissant : on sentait que l'aviateur est complètement maître de son appareil, qu'il peut le soumettre à toutes ses volontés lorsque les éléments atmosphériques ne sont pas contraires". On retrouve là ce style suranné auquel la consultation des journaux de l'époque nous a habitués. 

La journée du jeudi 9 septembre.

Les visiteurs étrangers sont arrivés en foule durant la matinée. Depuis la gare, les rues de l'Hôpital Notre-Dame et Saint-Martin sont littéralement noires de monde.

A 2h30 de l'après-midi, la circulation est très difficile sur la chaussée de Douai.

Cette journée est marquée par la venue à Tournai de Mr. Hubert, ministre de l'Industrie et du Travail. Il visite en compagnie du bourgmestre Stiénon du Pré et du député Duquesne, la "linière tournaisienne" et ensuite l'exposition de tableaux de la Halle-aux-Draps. A l'invitation de Mr. Duquesne, il se rend ensuite au château de Vaulx. A trois heures, il arrive sur la plaine des Manoeuvres où il est reçu par Hidulphe Stiénon du Pré, Président du Comité et par Mr Coquelz, consul de Perse. Après la visite des hangars, le Ministre s'entretient avec les aviateurs Paulhan et Bulot et le pilote de planeur Scrive.

Pendant le concert, après deux vols de planeurs, le biplan de Paulhan décolle et s'élève à 3 ou 4 mètres avant d'attérir, victime du bris d'une nervure de la petite cellule. Après réparations, vers 5h45, Paulhan redécolle et parcourt quatorze fois le champ d'aviation, à une hauteur de 2 à 8 mètres. 

Mr Bulot exhibe son monoplan vers 6 h du soir et annonce son premier vol pour le lendemain. (à suivre).


06/05/2011

Tournai : Jacques De Ceuninck ou la recherche de l'avion perdu !

Si l'auteur français Marcel Proust était à "la recherche du temps perdu", on peut dire que le tournaisien Jacques De Ceuninck, lui, passe son temps à la recherche des avions qui ont été abattus en survolant notre région ou à dénicher la moindre information concernant les pilotes qui ont perdu la vie dans le ciel de Wallonie Picarde.

Cet ancien de la police tournaisienne, membre du cercle des médaillés et décorés de Belgique, a déjà publié cinq livres, fruits de son travail opiniâtre, à la découverte du moindre indice, aux recoupements de témoignages, à la récolte de souvenirs de témoins de moins en moins nombreux.

Après "Morts au combat dans le ciel de 14-18", l'histoire des 25 aviateurs de la R.A.F et de l'A.F.C enterrés au cimetière du Sud à Tournai et dans les cimetières environnants, "Squadrons et jastas dans le ciel de Wallonie Picarde, octobre et novembre 1918", "La semaine de l'aviation de Tournai du 5 au 14 septembre 1909", "Ils sont là" ou l'avance des 5 armés britanniques à travers le Nord-Est de la France et la Wallonie Picarde du 1er octobre au 11 novembre 1918, jour de l'Armistice, "Bob, Chuck et les autres, Warren, Heber, Leonard, Lyle, George, Jack et Donald" qui narre la tragédie du quadrimoteur américain B17G tombé à Kain (Tournai) le 28 janvier 1945, voici que l'auteur vient de sortir de presse : "Le mémorial Robert Mercer", de sa création jusqu'après les cérémonies de l'inauguration. Un sixième tome consacré à un travail de mémoire qu'il a entrepris pour que demeure le souvenir de ces jeunes gens venus de la lointaine Amérique pour nous libérer de l'envahisseur allemand.

Grâce à ce passionné d'histoire, l'Optimiste a eu l'occasion de rappeler le sacrifice de ce pilote américain dans deux articles parus les 22 et 23 octobre 2008. Je vous invite à remonter dans le temps et à les lire ou à les relire.

Tous les renseignements utiles pour vous procurer cet ouvrage de 60 pages abondamment illustré peuvent être obtenus auprès de l'auteur j_de_ceuninck@hotmail.com .

l'Optimiste vous invite également à visiter son blog consacré plus spécifiquement à l'histoire du village de Warchin sur http://warchin-varcinium.skynetblogs.be

17:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, histoire, aviation, b17-g, jacques de ceuninck, warchin |

14/04/2011

Tournai : l'année 1928 sous la loupe (2)

Au 31 décembre 1927, la ville de Tournai (intra-muros et faubourgs) comptait 35.879 habitants, soit 16.662 hommes et 19.217 femmes (l'importante différence entre personnes du sexe masculin et féminin s'expliquent, en partie, par les conséquences du premier conflit mondial). Avant que ce dernier n'éclate, les Tournaisiens étaient 37.386. Durant l'année 1927, on a enregistré : 513 naissances, 736 décès, 312 mariages et 20 divorces. Le flux migratoire se décomposait en 1.647 nouveaux habitants venant d'une autre commune et 216 venant de l'étranger contre 1.569 personnes qui avaient quitté la cité pour un autre lieu en Belgique et 179 vers un pays étranger.

Depuis sa mort survenue en 1922, il n'est pas un trimestre durant lequel on n'a pas évoqué le nom de Jean Noté. En cause, le monument qui doit être érigé pour commémorer son souvenir. L'emplacement définitif où il s'élèvera a été décidé à la fin de l'année 1927, on abandonne la place Rogier de la Pasture, ce sera dans un jardinet, situé "extra-muros" à proximité de la Porte de Lille. Dans la presse des voix de lecteurs s'élèvent et, comme d'habitude, elles sont discordantes. Une personne écrit : "Noté possède une rue à son nom (la rue Prévost a été débaptisée à cet effet) alors que Joseph Hoyois n'en a pas (encore), Noté a une stèle magnifique au cimetière du Sud et un buste exposé à l'Hôtel de Ville. Est-il nécessaire de multiplier les hommages" ? Un autre lecteur préfère voir modifier l'emplacement du monument et souhaite qu'il soit érigé dans le parc communal juste à côté de ce kiosque à musique sur lequel Noté, de sa voix puissante, charmait les foules lors de ses visites dans sa ville natale. Durant l'été 1928, l'artiste-sculpteur, Mr. Deroubaix, qui avait prévu de représenter "Noté chantant", n'est pas satisfait de son oeuvre, il préfère le représenter en buste et non en pied. Le comité créé pour accompagner ce projet décide, en novembre, que l'inauguration aura lieu le 13 mai 1929 et que d'importantes festivités seraient organisées à cette occasion.

De nombreux flamands habitent la cité des cinq clochers et il existe, en cette année 1928, un cercle qui leur est destiné, le "Vlaamsche Bond" (suivant l'ortographe de l'époque). Son siège se situe au n° 61 de la rue Royale, il organise des soirées au cours desquelles on présente des conférences sur la littérature ou la pensée flamande ou on organise des concerts dans lesquels se produisent des musiciens, premiers prix de conservatoire à Courtrai ou Anvers.

Le dimanche 26 août, un grand meeting d'aviation est organisé sur les terrains de la ferme Lagache entre la chaussée de Lille et la rue Saint-Eleuthère. Six appareils pilotés par des as de la Grande Guerre évoluent dans le ciel entre Tournai, Orcq et Froyennes. On peut y admirer le Caudron à moteur Clerget triplace piloté par le français Leclercq ou les prouesses de la liégeoise Olga Thioux. On assiste à du parachutage, des acrobaties sur trapèze accroché sous un avion ou à la destruction de ballonnets en vol. Le prix des places est de 5 et 10 francs. Un baptème de l'air est proposé moyennant un droit de 60 francs. Ce meeting attire une foule nombreuse venue de toute la région et du Nord de la France.

Le 8 septembre, pour une durée de trois semaines, le grand cirque français Palisse dresse son somptueux chapiteau sur la Grand'Place. Il faut deux semaines pour le monter et dix jours pour le démonter. Les numéros sont accompagnés d'un orchestre symphonique sous la direction du compositeur Closset de Charleroi. Sous la toile, l'éclairage électrique (rare à cette époque) et les jeux de lumière donnent un aspect féérique aux numéros de trapèze, des funambules ou de jonglerie. Pendant son séjour dans la ville, le directeur du cirque emmène ses artistes se produire gracieusement à l'Hôpital Civil à la grande joie des malades hospitalisés.

Dans la rubrique des faits divers, on note une augmentation de la violence. Si, jusqu'alors, cette rubrique concernait principalement des vols fréquents durant les années qui succédèrent à la guerre, on assiste maintenant à la multiplication de meurtres ou de tentatives. Un homme séparé de son épouse tire sur celle-ci et sa mère en pleine rue, à l'angle de la rue du Curé Notre-Dame et des Fours Chapitres, en pleine heure de midi, il sera désarmé par un passant courageux qui évitera ainsi une mort certaine aux deux dames. Celles-ci resteront hospitalisées très longtemps, une balle dans la gorge. Des militaires seront désarmés dans un café de la rue As-Poids avant d'avoir pu faire usage de leurs armes lors d'une dispute entre consommateurs ivres, un des participants aura néanmoins un oeil crevé, le coupable, en fuite, sera retrouvé et arrêté à la rue des maux, le lendemain matin. Un habitant de Froyennes rentrant tardivement et encourant les reproches de son épouse la battra avec un tisonnier la blessant gravement sur tout le corps et nécessitant son transfert en clinique, en fuite, lui aussi, il sera retrouvé, par la gendarmerie, dans les champs entre Froyennes et Templeuve... rien de bien réjouissant tout cela ! 

Dix ans après la fin de la guerre, le quotidien est rentré dans la "normalité" !

09:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, jean noté, cirque palisse, aviation |