14/01/2009

Tournai : l'année 1986 sous la loupe (2)

Le climat social est plus que morose en cette année 1986. le lundi 6 janvier, une information redoutée par beaucoup est à la une des journaux locaux, on annonce la faillite d'un des fleurons de l'économie régionale qui assurait de l'emploi à des centaines de personnes, les Usines Meura. L'entreprise qui comptait encore à la fin des années septante 487 ouvriers et 107 employés était connue dans le monde entier pour la qualité de sa production de cuves brassicoles. La Région Wallonne qui injectait depuis quelques temps des fonds pour y maintenir l'activité cesse, au 1er janvier 1986, d'aider la firme de Warchin. On recherche les causes de cette faillite dans les rudes conditions de l'hiver 84-85 qui avait obligé un chômage technique de 10 semaines consécutives car le travail de chaudronnerie et de soudures est impossible lorsque les températures sont trop basses. Il y eut donc des factures à honorer sans pouvoir escompter des rentrées d'argent durant cette longue période et comme Meura était déjà "sur le fil" depuis deux ou trois ans, cette situation aurait précipité la catastrophe. L'origine de la faillite doit surtout être recherchée dans la gestion naïve des pouvoirs publics qui engloutissaient d'importants subsides en pure perte, sans avoir un plan social à long terme, et dans une gestion archaïque de l'outil. Les syndicats espèrent une reprise, des curateurs sont nommés, en attendant la nouvelle plonge des centaines de familles dans l'inquiétude.

Nouveau coup dur, le mardi 13 mai 1986, cette fois c'est la S.A. Balamo à Kain, entreprise spécialisée dans la création de tapis-tuff qui est aussi déclarée en faillite. Déjà en février machines et mobiliers avaient été vendues et il ne restait plus que quelques dizaines de membres du personnel. A l'Onem et au Forem, les files de nouveaux chômeurs s'allongent. Malaise également dans l'enseignement et plus précisément dans le réseau libre, le lundi 26 mai, les enseignants protestent contre la suppression du rénové et les coupes sombres faites dans le personnel. Un long cortège de voitures quitte le Pont des Trous, vers 16h45, et sillonnent les rues de la ville provoquant, à cette heure de pointe, de gigantesques embouteillages. Se déplacer n'est pas facile car au même moment les cheminots du secteur d'Ath arrêtent le travail, les navetteurs qui se rendent à Bruxelles sont contraints de faire le détour par Courtrai. Dans les jours qui suivent, il y aura d'autres manifestations du secteur de l'enseignement. Et voilà maintenant que les instances de la F.G.T.B. (syndicat socialiste) se réunissent afin d'examiner les actions à mener dans les prochains mois au niveau du Hainaut Occidental (comme chantait Eric Charden : l'été s'ra chaud, l'été s'ra chaud et pas uniquement dans les T-shirts et les maillots !).

Au sein de la presse locale, on assiste à la disparition d'un titre bien connu des Tournaisiens, celui de "l'Avenir du Tournaisis", le journal local d'obédience libérale fondé en 1894, repris en 1982 par la Dernière Heure. Les responsables du groupe de presse souhaitent abandonner leurs journaux locaux aux profit de trois éditions nationales (Hainaut, Wallonie et Bruxelles-Brabant), désormais les informations relatives au Tournaisis apparaîtront dans des pages régionales qui auront tendance, au fil du temps, à s'amenuiser. En novembre, on commence à parler de restructuration à la société Colmant. L'année sociale 1986 se termine comme elle a commencé. Cette fois c'est de l'Administration Communale même qu'arrivent de mauvaises nouvelles. La Ville de Tournai, le plus gros employeur local, annonce le licenciement de 118 membres du personnel, il est nécessaire et urgent d'assainir le budget communal afin de pouvoir continuer à rendre à la population les services qu'elle est en droit de recevoir, les ouvriers et employés à contrat à durée déterminée seront touchés par cette mesure. Même No Télé vit des moments difficiles, le subside promis par le Ministre Hansenne tarde à se concrétiser et les finances de la jeune télévision locale et communataire en ont pourtant besoin. Dans le prochain, nous parlerons de l'année culturelle riche en évènements variés.

09:50 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, greve, faillite, no tele, meura, balamo, avenir du tournaisis |