24/02/2012

Tournai : Jean Luc Dubart, écrivain, poète...

Il m'arrive régulièrement d'accrocher aux cimaises de ma galerie virtuelle, les portraits de Tournaisiens dont la réputation a largement dépassé les frontières de notre région. Ecrivains ou artistes, poètes ou essayistes, comédiens ou humoristes, musiciens ou étymologistes, personnages du folklore ou patrons d'entreprises, on parle d'eux un peu partout en ignorant souvent qu'ils sont de véritables "Infants d'Tournai".

Celui qui, aujourd'hui, va y prendre place, il y a longtemps déjà que je rêvais de l'y mettre. Sa particularité est d'être un touche-à-tout de génie : écrivain, poète, chroniqueur de radio, journaliste, essayiste et étymologiste picard, Jean Luc Dubart est tout cela à la fois.

Il est né, à l'ombre des cinq clochers, le 29 décembre 1958 et on peut le suspecter d'avoir, probablement, un peu traîné en route pour ne pas voir le jour à la date où on fête les Saints Innocents, car tous ces saints du calendrier, il nous en parlera bien plus tard avec énormément de talent mais aussi beaucoup d'humour. Ce cadet d'une famille de trois enfants va effectuer ses études primaires et secondaires à l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes avant de les poursuivre à l'Université catholique de Louvain. Licencié et agrégé en philosophie, en sciences religieuses, bachelier en sciences familiales et sexologiques, il embrassera tout naturellement la carrière de professeur de philosophie et de religion dans l'enseignement supérieur. De 2009 à 2011, il sera même directeur de la communication au sein de l'Helha (Haute Ecole de Louvain en Hainaut). Le département "communication" dont il est désormais responsable prépare les étudiants au journalisme, à la carrière d'animateurs socio-culturels ou de responsables de communication. 

Ses nombreuses passions, Jean Luc Dubart aime les partager. Ecrivain et poète, il publiera en 1989, "Métaphysique de la Moisson" suivi de "La terre va, le ciel demeure" et de "l'Aube crépusculaire". Un an plus tard, "La Haute Note Jaune" sera ensuite amendée et prendra le titre "Vincent Van Gogh et son double", ouvrage récompensé par le Prix Charles Plisnier. Suivront "Minuit approche, il demeure toujours une mesure", "Fors de Bout", oeuvre récompensée par le Prix du Conseil du Nord et du Pas de Calais, ou encore "Chemins de Croix". En collaboration avec Nicolas Verplancken, dans le recueil photographique "Sur la terre comme au ciel", par le texte, il commente les magnifiques vitraux de l'église Saint-Aybert de Bléharies photographiés au moyen d'un mini-dirigeable télécommandé, évoluant sous la voûte. Il publiera encore "Jean et Julie" et "Le solitaire d'Heilingstadt", un texte poétique qu'il interprètera en présence de la princesse Astrid en 1997. 

Ecrivain et poète, Jean Luc Dubart n'oublie pas ses racines picardes, dans ce domaine, il va aussi donner sa pleine mesure en publiant : "T'as ti ein neom picard" en collaboration avec le regretté auteur patoisant Paul Mahieu (SCRIbande 1990); "Gins d'ichi", une étymologie de 7.000 patronymes picards rassemblés à partir d'un ensemble d'articles qu'il a publié dans le journal le Nord-Eclair de 1991 à 1993, "Osieaux d'ichi", deux guides ornithologiques picards, recueils d'expressions françaises et picardes liées aux oiseaux (1994). Suivront encore : "Raveluques et Brimbérieons", homonymies et faux-amis français, picards, belgicismes et picardismes. Quatre publications consacrées aux "Sobriquets" de Bléharies, Lesdain, Péronnes et Rongy, "M'n'ichi à mi", portraits d'auteurs picards contemporains à partir d'articles publiés dans le Nord-Eclair, "Les rues d'ichi", une plaisante présentation des rues tournaisiennes, "Les charges du Cabaret Wallon Tournaisien", un recueil de caricatures de chaque chansonnier dans un décor le personnifiant au mieux, "Balochard, ou le Hadock picard", injures et insultes en patois picard, "Ein baudet qui fait à s'mote...", expressions picardes liées à l'âne et "A votre bonne...chantez", un livre et un CD sur les chants populaires régionaux.

Etymologiste picard, il n'oublie pas ses racines chrétiennes, avec cette Foi qui l'anime, il publie : "Sur les pas de Dieu, de la Vierge et des Saints, chapelles en Brunehaut", "Le culte marial en Hainaut et dans le Nord de la France", "Saints montois", "les Saints Guérisseurs de Picardie", cinq tomes qui seront également traduits en néerlandais par le Père Raimond en 2004 sous le titre "De Heilige Genezers", "les Saints qu'on boit", recueil d'articles parues dans le Nord-Eclair de 1998 à 1999... 

"Saints, Traditions et Bons Baisers" regroupe les soixante-deux séquences diffusées dans l'émission de Guy Lemaire "Bons Baisers de chez nous", car, beaucoup d'entre-vous se rappelleront certainement les interventions de Jean Luc Dubart sur les antennes de Vivacité que ce soit en compagnie de Jean Pierre de Boeck (dans l'émission "L'Almanach de la Semaine") ou en compagnie de Carine Bresse et Guy Lemaire. Ces billets remplis d'humour, très écoutés, ont malheureusement disparu de nos antennes régionales. dans toutes ses interventions l'humour est omni-présent, qu'on en juge par ces quelques réflecions prises au hasard : "un faux saint, c'est celui qui dit à Dieu, et du tac au tac, et en toute prétentieux : "L'auréole, Seigneur, parce que je le vaux bien " ou "Dimanche des Rameaux, Jesus entre en triomphe à Jérusalem et pas en Porsche, na !", mais celle que je préfère pourtant est la suivante : "Les ivrognes sont mes plus fidèles auditeurs, ils admirent mes vers" !

On pourrait encore citer de nombreux ouvrages, tant la production littéraire de notre écrivain est importante, il y en a suffisamment pour remplir une bibliothèque mais je voudrais encore m'arrêter sur deux d'entre-eux : "Perles de sagesse", soixante contes philosophiques invitant à la réflexion, à l'intériorité, au recueillement et "Contes et légendes en Pays Hennuyer", un ouvrage publié en 2005 et qui fut mon livre de chevet durant quelques agréables soirées.

Personnellement, je me rappelle une soirée de décembre, il y a un peu plus d'une dizaine d'années, en l'église de Bléharies, durant laquelle nous avions assisté à un spectacle dont il était l'auteur et le metteur en scène, monté avec la collaboration de bénévoles du village et de chorales, il nous avait présenté, en chansons, ces saints qu'on fête à la fin de l'année de Saint-Hubert à Saint-Sylvestre. 

Depuis plus de dix ans, Jean Luc Dubart rédige et corrige des billets pour l'éphéméride "Le Petit Sablier", une édition gérée par Luc Strobbe dont l'imprimerie se trouve à Izegem.

Durant dix années, il a également corrigé les livres destinés à la jeunesse portugaise soucieuse d'apprendre la langue française. Chaque édition comprenait le livre du maître, celui de l'élève, un lexique, une grammaire et une cassette (remplacée ensuite par un CD). Par souci de rigueur, Jean Luc Dubart a travaillé en collaboration avec des professeurs du Conservatoire Royal de Bruxelles. Ces ouvrages sont édités par les Porto Editora.

Malgré ses nombreux livres, poèmes, essais, recueils, ses études sur la langue picarde, ses huit cents billets dans le journal Nord-Eclair, ses interventions régulières sur les antennes de la RTBf, ses CD (sur l'un d'eux, il est accompagné au synthétiseur par sa fille Sarah), ses spectacles, ses conférences, ses participations fidèles au salon "Tournai la Page", Jean Luc Dubart est resté un homme d'un grande simplicité et d'une extrême gentillesse. Pourvu que sa modestie ne soit pas mise à mal par le portrait que j'ai tenté de dresser de lui ! 

S.T. février 2011