20/10/2010

Tournai : rue et couvent des Augustins.

Dans le quartier Saint-Jacques, reliant le Floc à Brebis au boulevard Léopold, la rue des Augustins tire son nom des "ermites de Saint-Augustin" qui y vécurent jadis. Avant d'être ainsi dénommée, elle était connue sous le nom de la rue Daudenarde (que certains transcrivent en rue d'Audenaerde) en raison, probablement de l'existence de la Halle d'Audenaerde mentionnée dans un acte de vente de 1254 ou de celle d'une famille Daudenarde qui y vécut. Les archives de l'échevinage de Saint-Brice renseignaient l'existence d'un dénommé Jehan Daudernarde en 1279.

 

Au XIIIe siècle, on note la présence, en ce lieu, de moines, appelés les Sacquistes, Frères de la Pénitence, Frères du Sac ou même tout simplement Sachets en raison de la forme de leurs vêtements, un sac. On a de suite compris que leur idéal était le plus grand dénuement, la plus grande pauvreté. Installée en 1264, cette communauté allait disparaître dix ans plus tard, lors de la suppression de nombreux ordres décidée par le Concile de Lyon en 1274.

 

Il faudra attendre près de vingt ans pour que cette maison retrouve une vocation écclesiastique, lorsque l'évêque de Tournai, Guy de Boulogne la confia aux ermites de Saint-Augustin, un ordre de prédicateurs. En 1293, le père Gillis, prit possession du couvent des sacquistes. Les "Augustins", comme on les appela rapidement, firent construire une église qui fut consacrée le 10 août 1365 par l'évêque Philippe d'Arbois. La maquette de celle-ci dressée par les ingénieurs de Louis XIV en 1701 se trouve depuis la fin du XXe siècle au Musée des Beaux-Arts de Lille après avoir été conservée durant près de trois cents ans à l'Hôtel des Invalides à Paris.

 

Les Augustins , nous dit Bozière, étaient vêtus d'une robe blanche pour le choeur, noir pour la ville, retenue à la taille par une ceinture de cuir et portaient un long manteau à capuchon par-dessus. Ils se rendaient journellement chez les habitants pour demander l'aumône, prêchaient dans les églises, les couvents et enseignaient dans les écoles, ils assistaient également les personnes malades.

 

Le couvent se dressait dans le bas de la rue, à l'angle de la rue des Augustins et de la rue Frinoise (ancienne rue Froyennoise qui menait à la porte du même nom). Il s'agissat d'un quadrilatère dont l'église formait le côté à front de rue, cette dernière se présentait sous la forme d'une seule nef éclairée par douze fenêtres latérales, couverte d'un toit à deux versants. Du côté intérieur, vers le couvent, l'église était flanquée d'une grande chapelle et de cinq petites chapelles le long de la nef. Au centre du toit de l'église se dressait un campanile. Les trois autres bâtiments qui complètaient l'ensemble donnaient sur une cour intérieure et un cloître.

 

La vie du couvent fut marquée par des dissensions et des crises. Au XVIe siècle, tout d'abord, lorsque le couvent adopta la doctrine de Martin Luther, issu de l'ordre des Augustins, ensuite lors du passage dans notre ville des iconoclastes en août 1566 qui saccagèrent l'église et le mobilier, enfin au moment de la Révolution française, lorsque deux religieux de l'ordre acquis à la cause des Lumières, doctrine non partagées par les supérieurs du couvent, dénoncèrent, par vengeance, deux frères qui furent arrêtés le 30 octobre 1794, condamnés à mort à Bruxelles, le 9 novembre, et exécutés le même jour. Cet évènement a été relaté dans une série précédente "Tournai à la fin du XVIIIe siècle" à retrouver dans les archives du présent blog. Le couvent fut supprimé avec bien d'autres lors de la période révolutionnaire. Les bâtiments furent pillés le 28 janvier 1797, les biens du couvent furent vendus et le le monastère fut détruit.

 

Il ne reste aujourd'hui du couvent des Augustins que quelques vestiges et le portail qui a été rénové sous l'égide de l'asbl Pasquier Grenier dans le courant de l'année 2000. 

 

Dans la rue des Augustins s'était également établie une communauté de Carmélites. A l'emplacement de leur maison (ancien hôtel de Beauffort) s'éleva ensuite une institution tenue, dès 1803, par les Frères Barbets de la congrégation de Saint-Omer. Bien plus tard, les Jésuites y ouvrirent un établissement scolaire qui subsiste aujourd'hui sous le nom de Collège Notre-Dame. Pour être complet, notons également que c'est dans cette rue que s'élevaient des bâtiments de l'imprimerie Casterman qui accueillent depuis deux ans maintenant le service des Archives de l'Etat.

 

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A-F-J Bozière et article paru dans le" Bulletin mensuel de l'asbl Pasquier Grenier"  de J. Dumoulin et J. Pycke en décembre 2000)

19:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, augustins, couvent, histoire, martin luther, iconoclastes |