22/09/2011

Tournai : L'hôtel Peeters

Dans le dernier article consacré à l'origine des noms de rues, nous avons parlé du "Créa-Théatre" établi dans l'Hôtel Peeters.

L'histoire de ce bâtiment débute au XVIIe siècle. A cette époque, la Belgique était gouvernée par les archiducs Albert et Isabelle, cette période fut marquée par une renouveau catholique et de nombreux couvents s'ouvrirent à Tournai comme ailleurs. Parmi les sept nouveaux créés en ville, l'ordre qui nous préoccupe est celui des augustine de Sion. 

L'histoire débute donc à la rue del Ghaine (actuelle rue des Filles-Dieu) où un refuge est fondé pour six filles dont trois vont prendre le voile un an plus tard. La nouvelle communauté religieuse prend de l'importance et obtient l'autorisation des Consaux d'établir un monastère dans une propriété appartenant aux enfants de Nicolas de Flines, située au Grand Réduit, derrière la Grand'Place, à proximité de l'actuel Réduit des Sion ainsi nommé pour rappeler l'existence de ce monastère. Celui-ci compta quarante religieuses à la fin du XVIIe siècle. 

Le monastère se présente sous la forme d'un vaste quadrilatère en style tournaisien dont la façade principale est située dans l'actuelle rue Massenet, en face du musée de Folklore. A l'angle Est du jardin intérieur se dresse la chapelle tandis qu'à l'angle Sud, là où s'élèvera plus tard l'Hôtel Peeters, un bâtiment abrite une cuisine, une buanderie et une infirmerie. Les religieuses de cet ordre portaient une robe et une cote de draps ou d'estamet (étoffe de laine blanche), serrée à la taille par une ceinture de cuir. Elle revêtaient au-dessus, un sarreau de toile blanche et sur la poitrine et le col, un linge qu'on appelait "barbette", la tête étant coiffée d'un bandeau et d'un voile d'estamine de sayette. Il leur arrivait parfois de porter un chapeau de paille lors de sorties en ville. 

La congrégation des religieuses de Notre-Dame de Sion fut dissoute, une première fois en 1783 par un édit de Joseph II qui visait un certain nombre de couvents considérés comme inutiles. Certaines religieuses y restèrent néanmoins mais en furent définitivement chassées, le 19 novembre 1796, par les révolutionnaires français. Le couvent existait depuis 173 ans. L'édifice resta abandonné et tomba rapidement en ruine. 

En 1803, un dénommé Jacques Duvivier acheta ce qui restait des bâtiments. Il serait, selon certaines sources, à l'origine de l'édification de l'hôtel dont la construction serait intervenue entre 1807 et 1823.  Qui en fut son architecte ? A ce sujet, les avis divergent, la famille Peeters l'attribue au même architecte qui a érigé l'hôtel Boucher à la rue Saint-Brice et Bossut (aujourd'hui disparu) mais Eugène Soil de Moriamé attribue l'Hôtel Boucher tantôt à Bruno Renard, tantôt à Alexandre Decraene. En ce qui concerne cette seconde option, Louis Donat Casterman,  dans son étude sur l'Hôtel Peeters reste sceptique quant à l'attribution à Decraene qui fut surtout actif qu'à partir de 1830, une période largement en dehors de la fourchette admise pour la construction du bâtiment. 

En 1823, l'hôtel fut la propriété du banquier Leman, en 1827, il fut acquis par le banquier Delecourt qui agrandit le jardin et en 1835, il fut cédé au baron de Loen. C'est en 1852 qu'il faut acheté par Charles Peeters dont il porte le nom de famille depuis lors. 

Charles Peeters, fabricant de sucre, archéologue et passionné d'histoire de la ville est né à Cambrai en avril 1804 et est décédé à Tournai en août 1868. Epoux de Marie Wilbaux, il s'occupa tout d'abord des intérêts de la maison de denrées coloniales de ses parents, à la rue des Carliers. Il fondera ensuite la Sucrerie de Warcoing. Passionné d'Histoire, il est un des membres fondateurs de la Société Historique et littéraire de Tournai. Attaché à sa ville, il publie deux ouvrages intitulés : "Promenade iconographique dans les rues de Tournai" et "Notes sur un carrelage historié". Son fils, Jules, né en 1841 et mort en 1913, fut docteur en droit et attaché au barreau de Tournai. Il fut un des membres fondateurs de l'Ecole Saint-Luc en 1879.

A la fin de la seconde guerre mondiale, le palais épiscopal ayant été détruit par les bombardements de mai 1940, Melle Peeters permit à Mgr Carton de Wiart d'emménager dans l'édifice, le seul pratiquement qui avait échappé aux bombardments de la rue Saint-Martin. Après la mort de l'évêque, son successeur, Charles-Marie Himmer, y résidera jusqu'à son retour au palais épiscopal dont la reconstructions a été terminée en 1956.

Actuellement, l'Hôtel Peeters, devenu propriété de la Ville au début des années 80, abrite, le Créa-Théâtre et le Centre de la Marionnette de la Communauté française, il peut être rejoint en franchissant un porche muni d'une grille sur le trottoir de droite dela rue Saint-Martin. Le bâtiment à un étage s'élève au bout d'une cour pavée, au milieu d'un espace arboré. Légèrement en surplomb par rapports aux maisons qui l'entourent, il permet une vue bien dégagée sur la cathédrale et le beffroi. Lors des dernières journées des Euro-Médiévales, un camp de cette époque a été reconstitué dans les jardins, aux abords de la Tour Saint-Georges, on y accède par un escalier de bois au fond d'un garage de la rue Massenet. Le jardin étant étagé, à poximité de la Tour Saint-Georges on peut y découvrir une sorte de labyrinthe végétal.

Chaque année, à l'approche des fêtes de Noël, l'Hôtel prend un aspect féérique lors de l'organisation des "Scènes à Noël" par le Créa-Théâtre.

(sources : étude de Louis Donat Casterman parue dans le N°77 et 79 de la revue de l'asbl Pasquier Grenier, "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, "Biographies des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre et recherches personnelles).