19/04/2016

Tournai : Quand des élèves de l'Athénée Royal se font passeurs de mémoire.

2016.04.14 Athénée Royal Jeunes en Guerre (9).jpg2016.04.14 Athénée Royal Jeunes en guerre (7).jpgUn travail d'une haute portée pédagogique.

Ce jeudi 14 avril, la chapelle de l'Athénée Jules Bara de Tournai a attiré un grand nombre de spectateurs venus découvrir le travail de mémoire réalisé par les élèves de 6e "Option de Base Histoire", un spectacle intitulé "Jeunes en guerre", écrit et interprété par eux-mêmes et par leurs condisciples de 5e dans la même option, sous la direction de leur professeur Sabrina Decuyper.

Dans le cadre de la commémoration du 100e anniversaire du premier conflit mondial, les élèves de la promo 2015 s'étaient investis dans un long travail de recherches afin de mieux appréhender cette période sombre de notre Histoire, afin de mieux cerner une guerre qui a coûté la vie à des millions de personnes parmi lesquelles des jeunes de leur âge, également anciens élèves de l'Athénée Royal.

A long cheminement, un travail minutieux !

2016.04.14 Athénée Royal Jeunes en Guerre (5).jpgAu sein de l'établissement scolaire de la rue Duquesnoy se trouve une stèle en hommage aux élèves et anciens élèves, morts pour la patrie. Parmi les noms qui y figurent, trois ont particulièrement retenu leur attention, ceux d'Oscar Godart, de Georges Demets et d'Arthur Sénéchal. Le premier nommé, né en 1890, demeurait au n° 2bis du boulevard Bara, il était le frère d'Edmond Godart (1893-1973), un homme bien connu dans la cité des cinq clochers, journaliste au quotidien "L'Avenir du Tournaisis" et membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien (voir l'article qui lui a été consacré sur le présent blog). Le second, né en 1895, habitait au n° 17 de la chaussée de Willemeau, il s'était engagé comme volontaire pour la durée de la guerre au service actif au Centre d'Instruction. Quant au troisième, né en 1892, fils unique d'un employé et d'une ménagère, il vivait au n° 22 de la rue des Croisiers et appartenait à la levée de milice de 1912. Au cours de leurs différentes recherches vont également apparaître les noms de Jean Agache, âgé de 22 ans lorsqu'éclate la guerre, originaire de Templeuve et élève en théologie au Séminaire de Tournai, de William Mitschké, lui aussi séminariste et des cousines de Jean Agache, Clotilde, Marie-Thérèse et Simone Desprets, à peine sorties de l'enfance à cette époque.  

Les carnets laissés par Jean Agache ont permis, dans un premier temps, à nos historiens en herbe de monter une exposition didactique appréciée des connaisseurs qui se tint en novembre 2015 au Centre de Tourisme sur la place Paul Emile Janson.

En cette année 2016 dont le thème est "la Résistance", ils ne pouvaient omettre d'évoquer également le visage de cette héroïne tournaisienne que fut Gabrielle Petit, espionne sous le nom de Mademoiselle Legrand, née en 1893 au Luchet d'Antoing et fusillée à Bruxelles en 1916. (voir l'article qui lui a été consacré précédemment dans ce blog)

De l'exposition au théâtre.

2016.04.14 Athénée Royal Jeunes en Guerre (6).jpgAinsi, après l'exposition, les élèves ont tenu a donner vie à ces personnages en les faisant évoluer sur la scène d'une salle de théâtre improvisée au sein de la chapelle de l'établissement scolaire. Afin de sensibiliser les jeunes générations à cette tourmente connue par leurs aïeux, le spectacle a été présenté aux classes primaires des écoles de Tournai ainsi qu'aux élèves de 3e et 4e de l'Athénée Royal Jules Bara. Le 14 avril, en soirée, le public était invité à venir découvrir le fruit de leur travail.2016.04.14 Athénée Royal Jeunes en Guerre (4).jpg

Disons le, de suite, personnellement j'ai été été surpris, subjugué et... déçu. Surpris par la richesse de la documentation retrouvée qui a permis de mettre sur pied pareille représentation historique, subjugué par la mise en scène et le jeu de ces acteurs, non professionnels, qui ont mis tout leur cœur et tout leur talent afin de nous faire passer un message tellement important à une époque où l'Homme n'a pas encore acquis la sagesse qui lui permettrait d'enfin vivre en paix. La déception ne leur est pas imputable, loin de là, elle provient de l'absence de personnalités de divers horizons qui auraient pu, par leur présence, montrer que le soutien aux jeunes d'aujourd'hui est plus qu'un discours électoraliste, plus que des belles paroles, que le devoir de mémoire est important aux yeux de tous et en premier lieu dans le chef même de ceux qui sont appelés à œuvrer pour éviter de commettre à nouveau pareilles erreurs. J'ai remarqué beaucoup plus les quelques chaises vides que toutes celles qui étaient occupées. Ne venons pas nous plaindre de ne plus voir les jeunes assister en masse, comme jadis, aux différentes cérémonies du souvenir.

2016.04.14 Athénée Royal Jeunes en Guerre (10).jpgBasée sur un fil rouge, les recherches effectuées par trois étudiants afin de connaître ceux qui donnèrent leur vie pour la patrie, la pièce permit de suivre les héros de l'Histoire, tout d'abord durant les années qui précédèrent la guerre, de les entendre dans leur classe au sein de l'Athénée évoquer des sentiments patriotiques mais aussi des réactions parfois antimilitaristes, de partager leurs inquiétudes face aux alliances qui se mettaient en place, de les accompagner lors de la mobilisation, de leur départ en gare de Tournai, d'être à leurs côtés sur le front de l'Yser ou à l'hôpital de La Panne, de partager la douleur des familles après l'armistice lorsque celles-ci apprirent qu'ils ne reviendraient pas. On assista au procès de Gabrielle Petit, un féroce combat oral qu'elle mena avec l'occupant refusant de donner les noms de ses collaborateurs, une lutte héroïque qui eut pour conséquence sa condamnation à mort et son exécution le 1er avril 1916.

A l'un ou l'autre moment, certains eurent un léger "trou de mémoire", qu'ils sachent cependant que ceci arrive également aux comédiens confirmés, aux acteurs de métier.2016.04.14 Athénée Royal Jeunes en Guerre (1).jpg

Tous méritent nos applaudissements.

Dans des décors et sous un éclairage créés par eux, soutenus par les remarquables musiciens que sont les élèves Fanny Clinquart et Pierre Van Lancker, encouragés par leur professeur Mme Decuyper qui a mis tout le dynamisme qu'on lui connait au service de ses élèves, les vingt-six comédiens (parmi lesquels Mr. Bonvarlet) donnèrent le meilleur d'eux-mêmes. Nous attribuerons cependant une mention toute spéciale à Océane qui avait repris le rôle de Gabrielle Petit, deux semaines seulement avant les représentations et qui fit preuve d'un charisme extraordinaire. Elle qui fêtait, le jour même, son anniversaire connut un grand moment d'émotion lorsque le gâteau arriva, à la fin du spectacle, sur l'air de circonstance repris en chœur par ses condisciples et le public.

2016.04.14 Athénée Royal Jeunes en Guerre (12).jpgUne soirée comme celle que nous avons eu l'occasion de partager est nécessaire, car entretenir la mémoire, rappeler les périodes troubles 2016.04.14 Athénée Royal Jeunes en Guerre (11).jpgde l'Histoire, montrer le sacrifice de ceux qui ont combattu jusqu'à la mort contre l'envahisseur pour notre liberté, c'est amener ceux qui participent au travail tout comme ceux qui les regardent à penser :

"Plus jamais cela" et pourtant...

(photos transmises par Mme S. Decuyper que je remercie)

 

S.T. avril 2016.

Avis aux nouveaux et anciens lecteurs.

Créé à la mi-avril 2008, le blog a enregistré près de 825.000 visites et reçu près de 1.300 commentaires sans compter les nombreux mails qui m'ont été adressés pour des demandes de renseignements.

Si vous souhaitez découvrir ou relire un des 1.756 articles parus, à ce jour, sur le blog, il vous suffit d'aller dans la colonne de droite au niveau de la case : "rechercher" et d'y taper un nom, une date, un mot en rapport avec votre recherche, d'envoyer la demande en cliquant sur OK et vous découvrirez tous les articles dans lesquels ce sujet apparaît.

Le blog reprend l'actualité des années 1849 à 1869 et 1900 à 2010 à partir de la lecture des journaux de l'époque, les portraits de personnes connues à Tournai, contemporaines ou décédées, les carnets du Général Antoine de Villaret décrivant presque minute par minute la journée du 24 août 1914, le récit du Major-Médecin Léon De Bongnie allant de la mobilisation d'août 1914 jusqu'à son décès sur le front de l'Yser en octobre de la même année, deux visions inédites de la guerre. "Visite Virtuelle de Tournai" traite également de sujets d'actualité : les chantiers en cours, l'élargissement de l'Escaut, la venue d'artistes dans la cité des cinq clochers, les faits divers marquants, le compte-rendu de spectacles. Il présente les différents monuments et musées. Des articles sont consacrés à la lente évolution des rues de la cité et, chaque samedi, un article est consacré à "l'expression tournaisienne", une façon amusante de se familiariser avec le patois tournaisien. Bonne lecture aux nouveaux venus !

14/09/2014

Tournai : les journées du patrimoine 2014

La caserne Baron Ruquoy et le souvenir du premier conflit mondial.

Cette journée du samedi 13 septembre a débuté un peu avant dix heures du matin. Comme le thème de ces "Journées du patrimoine" était, cette année, consacré au centenaire de la guerre 1914-1918, nous avions convenu de nous retrouver à la rue de la Citadelle, face à la caserne Ruquoy.

Des petits groupes emmenés par un guide militaire ou ancien militaire pénétrèrent dans l'enceinte ordinairement bien gardée et interdite au public après avoir entendu un exposé sur l'historique du lieu. D'abord citadelle française édifiée par Vauban sur ordre de Louis XIV, ensuite citadelle hollandaise sur une étendue un peu plus restreinte et enfin caserne depuis l'indépendance de la Belgique, ces bâtiments abritèrent le célèbre "Troisième Chasseur à pied", mieux connu des Tournaisiens sous le nom de "3 Chass". La caserne porte le nom du Général Louis Hubert Ruquoy, né à Frasnes-les-Buissenal, le 3 novembre 1861, affecté au Troisième Chasseur à pied, le 26 mars 1913, commandant du régiment, le 26 juin 1914, décédé à Braine l'Alleud, le 24 janvier 1937.

La première visite est consacrée à la reconstitution, grandeur nature, d'une tranchée allemande du front de l'Yser qui débouche sur un no man's land garni de barbelés et miné. Ce travail minutieux de reconstitution a pris trois mois à celui qui l'a réalisé. Les visiteurs découvrent ensuite la cour d'honneur où des générations de soldats ont appris le drill. Trois des quatre coins du quadrilatère central sont occupés par des monuments. Le premier rappelle le souvenir de l'officier Rademaekers, mort sur le front de l'Yser. Le second est élevé en mémoire des 1026 morts des compagnies de troupes de transmission et par extension à celle de tous les morts de ce qu'on appelait anciennement l'Ordonnance et qu'on nomme désormais la Logistique. Le troisième est une statue du "Petit Chasseur", si cher au cœur des Tournaisiens. Le militaire qui a posé pour le sculpteur était, tout comme lui, natif de Gaurain. On dit qu'il n'était pas mécontent de participer à ces longues séances de pose qui lui permettaient d'échapper aux corvées traditionnelle de la vie militaire.  

La visite nous amène ensuite dans les cachots. L'un d'entre eux a été transformé pour l'occasion en mémorial aux sept victimes civiles fusillées lors de la guerre 1914-1918 pour détention de pigeons. Sur les murs blancs d'un autre cachot, on peut découvrir une fresque dessinée par un prisonnier, dessins représentant quatre femmes dont l'une d'elle peut aisément être identifiée comme étant la comédienne Arletty. Ces cachots aux murs chaulés étaient  totalement dépourvus de confort car uniquement composés d'une simple planche inclinée servant de lit et d'une seau hygiénique. Ils étaient privés de lumière naturelle. Ils ont été utilisés jusqu'au début des années septante.

Tout aussi émouvante sera la visite au "Mur des Fusillés", situé le long de l'enceinte du côté de la rue Despars. A cet endroit, sept élèves de terminale de l'Athénée Jules Bara présentent un petit spectacle mis en scène avec la collaboration de leur professeur d'Histoire, Mme Decuyper. Brève évocation de la disparition d'un de ces hommes dont le nom figure sur le mémorial élevé juste après la première guerre, un patriote qui renseignait les alliés sur les mouvements des troupes dans la région par l'envoi de pigeons voyageurs.

Dans la cours principale, des collectionneurs de matériel militaire venant de Belgique et de France présentaient, dans des containers, de nombreux objets de leurs collections, tandis que des véhicules utilisés durant la seconde guerre mondiale étaient également exposés. Dans le bâtiment du B.M. 29, de nombreuses vitrines permettent de se replonger, une fois encore, dans les souvenirs du premier conflit mondial.

Les visiteurs avaient ensuite la possibilité de découvrir les remparts de la citadelle ainsi que les souterrains grâce aux "Amis de la Citadelle" qui œuvrent depuis quelques années pour la conservation et la découverte de ces témoignages du passé militaire de la ville des cinq clochers.

Il était près de midi, lorsque la visite se termina.

L'athénée Royal Jules Bara.

Quelle émotion de retrouver, l'après-midi, un bâtiment quitté il y a près de quarante-cinq ans. Guidé par des professeurs d'Histoire, on eut l'occasion de redécouvrir une chapelle magnifiquement restaurée, il y a une vingtaine d'années. On oublie parfois que ce sont les Jésuites qui créèrent cet établissement bien avant d'en être chassés par la Révolution française. Devenu par la suite "collège Saint-Paul", il fut transformé en Athénée sous le régime hollandais. Il est le plus vieil Athénée de Belgique. Les bâtiments, entièrement rénovés ces dernières années, accueillaient environ 450 élèves durant les années soixante et septante avant de voir ce nombre porté à près de 1.000 durant les années nonante. Actuellement, il compte environ 590 élèves. 

On arpenta les locaux fonctionnels du sous-sol au grenier. Dans les caves subsistent les catacombes, septante niches avaient été créées pour recevoir les corps des Jésuites, une trentaine étaient occupées lors de la remise en état du lieu. A proximité, une grande cave, fermant par une porte étanche, servait d'abri lors des bombardements de 1940 et 1944, il y avait là une de pièce de décontamination avec douches (car on redoutait le gaz utilisé en 1914) et le PC de la Défense passive.

La visite se terminait par une évocation des journées du 24 août élaborée par des élèves de la classe d'Histoire de Mme Decuyper, décidément fort sollicitée en ce début d'année scolaire. Sur le sol de la chapelle, un jeu de l'oie intitulé "le mystère du tertre" permettait de rappeler le sacrifice des soldats territoriaux de Vendée commandés par le Général Antoine de Villaret et le commandant Delahaye, héros des combats de la journée du 24 août 1914 à Tournai.

Quand nous sortîmes, deux heures venaient de s'écouler, deux tours d'horloge durant lesquels, Histoire locale et nostalgie, intimement mêlées, furent au rendez-vous.

La grande procession historique

Le samedi soir, à l'issue d'un office en la cathédrale célébré par l'évêque de Tournai, Mgr Guy Harpigny et rehaussé par l'accompagnement musical de la Maîtrise et des grandes orgues, le bourgmestre Rudy Demotte venu avec les représentants des corporations et leurs bannières remit au responsable du diocèse la clé de la Ville, perpétuant ainsi un geste datant du Moyen-Age. Par cette action symbolique, autorisation était officiellement donnée à la procession de parcourir les rues de la cité, le dimanche matin.

Instituée par l'évêque Radbod en 1092, la procession a toujours parcouru les rues de la ville durant la matinée. C'est lors du huitième centenaire de sa sortie, en 1972, que le comité prit l'initiative de la déplacer durant l'après-midi. Depuis l'année dernière, la décision a été prise de revenir à la tradition et c'est, à nouveau, à dix heures que le cortège quitte la place de l'Evêché. Si ce changement d'horaire a permis de sérieusement étoffer les groupes aux costumes chatoyants, il a également révélé que les spectateurs, habituellement massés le long du parcours, font sans doute la grasse matinée. Il en est même qui vinrent l'après-midi ignorant probablement le changement intervenu l'année dernière. A notre avis, la procession souffre d'un déficit de publicité hors les murs de la cité et de nombreuses paroisses du diocèse la boudent pour Dieu seul sait quelle raison ! Les responsables doivent penser que le matin, le Tournaisien est retenu au lit et que l'après-midi, il a bien du mal de... sortir de table ou d'écourter sa sieste ! Paresse et gourmandise semblent faire bon ménage à l'ombre des cinq clochers.

La braderie de l'association des commerçants.

Ce lundi 15 septembre, il faudra encore se lever de bonne heure si on veut participer à la Braderie qui débute à huit heures pour se terminer à dix-huit heures. Commerçants locaux et ambulants vont occuper le pavé. Il faudra se munir d'une excellente paire de chaussures de marche car cette année, le "chineur" devra affronter des tronçons en chantier mais cela ne va certainement pas altérer l'enthousiasme des "bradeux" et nous pensons particulièrement aux joyeux drilles de la "Guilde du Mutiau et de la Mutiau" installés à la rue de l'Hôpital Notre-Dame et aux dévoués membres de la "Fondation Follereau", section locale des Amis du Père Damien, qui, eux, nous donnent rendez-vous à la rue de Courtrai et à la rue de la Wallonie. Au-delà des bonnes affaires, la braderie est aussi l'occasion de régaler le palais.

Je me souviens que les anciens disaient que la braderie de Tournai était la dernière occasion de se distraire à l'ombre des cinq clochers avant que n'arrive l'hiver. Déjà qu'on n'a pas eu d'été !

(S.T. septembre 2014)