27/02/2009

Tournai : l'année 1991 sous la loupe (2)

Au cours de cette année 1991, la presse locale parlera régulièrement des édifices religieux tournaisiens, ceux-ci seront au coeur de l'actualité. Le 21 janvier tout d'abord, une tradition, respectée depuis 1843 à la cathédrale Notre-Dame, est la messe en hommage à Louis XVI. Celle-ci est dite chaque année à cette date, jour anniversaire de la mort de ce souverain français décapité lors de la Révolution, en vertu du testament d'un certain Jean Baptiste Fauquez, orginaire de Saint Amand les Eaux, réfugié en Belgique durant cette période trouble de l'Histoire de France. A cette manifestation s'associe depuis 1988, l'Association Louis XVI Belgique. L'office religieux fut suivi d'un déjeuner-débat pendant lequel fut évoquée l'intelligence du héros du jour ainsi que le rôle controversé de son épouse la reine Marie-Antoinette. L'association compte en cette année 1991 plus de 600 membres en France et une cinquantaine en Belgique, dont certains dans le Tournaisis. 

Le 17 avril, le Courrier de l'Escaut annonce que l'église Sainte-Marguerite qui se dresse sur la Place de Lille pourrait être prochainement vendue à des promoteurs afin d'y installer des logements sociaux. Différents projets avaient vu le jour concernant ce bâtiment religieux désaffecté depuis plus de vingt ans, une salle pour l'organisation de concerts, l'acoustique y étant excellente, un lieu d'exposition complémentaire pour la Maison de la Culture, certains avaient même envisagé de la transformer en Maison de Quartier. Pour la fabrique d'église, il est temps de sortir de l'impasse, le bâtiment commence sérieusement à se dégrader, cette information n'est-elle pas finalement dévoilée dans la presse afin de faire évoluer un dossier qui sommeille (et qui sombrera hélas par la suite dans une profonde léthargie) ? Autre église à être sous les "feux" des projecteurs mais bien malgré elle, l'église Notre-Dame Auxiliatrice, victime, le lundi 22 avril, d'un violent orage qui s'abat sur la région. Son clocher est foudroyé et bien que les pompiers arrivent sur place rapidement, ils ne peuvent empêcher sa totale destruction. Deux jours plus tard, il faudra le démolir pour d'évidentes raisons de sécurité, mais le mercredi 4 septembre, moins de 5 mois après le sinistre, le nouveau clocher était terminé et prenait la place de l'ancien, hissé au moyen de puissants engins de levage. Le lundi 13 mai, en la cathédrale, on procède à une séance académique marquant le retour, après restauration par l'IRPA, du monumental Saint-Michel de Lecreux, une oeuvre datant de 1763. Il prendra désormais place à proximité de l'ambon de l'artiste anversois Corneillie de Vriendt sur lequel il se trouvait jadis.

Comme nous l'avons vu, un violent orage s'est abattu sur le Tournaisis le 22 avril, celui du mardi 2 juillet sera, lui, accompagné de millions de m3 d'eau qui épargneront la ville mais noieront les campagnes. L'économie est aussi victime de turbulences, le climat social se dégrade soudainement le mardi 1er octobre aux Ateliers Wilms, rue Lefevre Cater. Suite à un licenciement collectif de 9 ouvriers et 1 employé, décidé par la direction de l'entreprise sans concertation préalable des partenaires sociaux, le personnel part en grève. La S.A. Wilms a été rachetée, dix ans auparavant, par la S.A. J. Schlumpf et fils d'Hollain. La presque totalité du personnel de l'acheteur a été rapatriée vers Tournai et, en cette fin 1991, les ateliers comptent une soixantaine d'ouvriers et 18 employés. On y produit de la chaudronnerie (cuves de teintureries et de brasseries) ainsi que du matériel destiné au secteur nucléaire et chimique. L'usine travaille à plus de 80% pour l'exportation. Pour les syndicats, la décision de licencier a été prise par un collaborateur zélé de la direction, celle-ci étant absente au moment des faits, partie présenter ses produits dans une foire en Allemagne. La crise économique continue à produire ses effets à Tournai comme ailleurs. Dans le prochain article, nous évoquerons la page culturelle.

18/06/2008

Tournai : l'année 1964 sous la loupe (1)

L'année 1964 est beaucoup plus calme que la précédente sur le plan international, le 14 octobre voit la dispartition de la scène politique du petit bonhomme rondouillard qui présidait aux destinnées de l'URSS, Nikita Krouchtchev est destitué et remplacé par Léonid Brejnev, nommé premier secrétaire du parti communiste et Alexeï Kossiguine qui devient le chef du gouvernement. En France, le coureur Jacques Anquetil signe sa quatrième victoire au Tour de France tandis que le hollandais Jan Janssen revêt le maillot arc-en-ciel sur le circuit de Sallanches, le 6 septembre. En Octobre, Tokyo accueille les Jeux de la XVe olympiade.

Sur le plan national, la nouvelle proposition de loi sur l'assurance maladie invalidité n'est pas admise par les médecins qui partent en grève le1 avril. La réaction du Ministre de la santé est brutale, il réquisitionne les médécins en les mobilisant. la grève prendra fin le 18 avril. Le 21.11, la situation s'étant à nouveau dégradée au Congo, les paras belges sont envoyés à Stanleyville pour sauver les ressortissants étrangers menacés par les rebelles, ils libèrent un millier d'otages, la mission prend fin le 29, au total 2.100 personnes ont pu être sauvées de la violence qui devient endémique dans cette ancienne colonie belge.

Consulter la presse locale pour une rétrospective de l'année 1964 nous confronte, cette fois, à des choix difficiles tant cette année fut riche en évènements divers. Certains de ceux-ci seront passés sous silence et leurs témoins d'alors n'en comprendront peut-être pas la raison mais il est impossible au sein de cette rubrique de recopier la presque totalité des articles parus dans les journaux de l'époque. Dans cette première partie, nous allons traiter des nombreux travaux entrepris dans la cité des cinq clochers.

Au début du mois de janvier, les responsables des Ateliers Wilms font débuter la construction de nouveaux halls dans le quartier industriel situé entre l'avenue de Maire et l'Escaut. Un peu à l'étroit dans leurs locaux de la rue Duquesnoy, ils vont bientôt y disposer d'une surface plus vaste propice au développement des affaires. Dès le début de l'année, dans le choeur de la cathédrale Notre-Dame, des ouvriers s'affairent au montage de gigantesques échaffaudages tubulaires destinés à un contrôle approfondi de la structure de cette partie de l'édifice. On a, en effet, constaté que depuis sa construction qui remonte à la fin du XIIème siècle, les fines colonnes de pierre montant d'un seul jet soutiennent de plus en plus difficilement le poids de la voûte, certaines s'inclinent, d'autres s'incurvent, l'une ou l'autre se sont même affaissées avec le temps. On constate également une inclinaison du choeur vers le Nord. Cela peut même être vérifié sans instrument, simplement en observant le grand lustre situé au centre du choeur qui doit correspondre avec le centre d'une étoile déssinée sur le pavement. Le déport est important, il atteint presque 80 centimètres ! En cette année 1964, le prestigieux édifice a fêté ses 792 ans (bien que le choeur soit pratiquement un siècle plus jeune), il souffre de vieillesse, des ébranlements des bombardements de la dernière guerre, de la trop grande hardiesse de ses concepteurs mais aussi de la nature du terrain sur lequel il a été construit. Le bâtiment est, en partie, érigé sur une sorte d'éperon rocheux qu'on peut alors voir affleurer du côté de la rue Soil de Moriamé. On sait aussi qu'après la guerre, on a construit une énorme citerne sous la place Paul Emile Janson pour faire face à un éventuel incendie, les eaux contenues par celle-ci, peu étanche, ont probablement délavé le remblai situé à proximité de la cathédrale. Ce contrôle va durer tout au long de l'année et les quelques menus travaux effectués à l'époque ne feront que reporter le problème auquel nous sommes actuellement confrontés. Etait-ce un manque de volonté politique, une incompétence des services responsables, un manque de clairvoyance ? Toujours est-il qu'à l'époque d'autres villes ont défendu des dossiers pour la rénovation de leurs monuments et bâtiments remarquables, alors qu'à Tournai, aucun responsable politique ne semble avoir bougé un petit doigt !

Au début de l'année, les travaux d'élargissement de l'Escaut nécessitent la démolition, sur une vingtaine de mètres, d'un ouvrage des fortifications appelé "Mur Vauban". On apprend que celui-ci serait toujours la propriété de la Maréchaussée Néerlandaise. Le 16 mars 1964, le nouveau complexe comprenant la maternité et la pédiatrie Notre-Dame est ouvert. Au total, 80 lits s'ajoutent à l'offre existante. Le centre permet également la consultation de 26 médecins spécialistes dans le domaine de la gynécologie, pneumologie, cardiologie, dentisterie, ophtalmologie, O.R.L....Pour la petite histoire, retenons que les deux premiers bébés qui y naquirent s'appelaient Bruno et Christelle !

Le dimanche 26 avril, on pose la première pierre d'une nouvelle église de conception résolument moderne, la nouvelle paroisse Saint Paul aura bientôt son lieu de culte. Il faut dire que le quartier du Vert Bocage a pris de l'extension et que des projets prévoient la construction de deux nouvelles résidences dans le périmètre compris entre la rue Saint Eleuthère, le chemin de la Ramée, celui de Willems et des Peupliers. Bien que n'étant encore qu'en gestation, ce projet dévoilé par l'Administration Communale soulève des protestations de la part de propriétaires de la rue Saint Eleuthère. "Pas dans mon jardin", le phénomène qui a pris de l'ampleur ces dernières années n'est donc pas récent ! Un autre projet défraie la chronique et est à l'origine d'une levée (justifiée) de boucliers, la création d'une porcherie dans le quartier de la rue du Crampon. il n'y a pas à dire : cette année là "pour chaud", il fit chaud ! Le lundi 8 juin, on procède à la pose du tarmac sur le quai Vifquin, à cet endroit les travaux d'élargissement de l'Escaut sont terminés au grand soulagement des riverains qui ont vécu l'enfer durant près de deux ans. Quelques jours plus tard, 32 homme du 11e Génie casernés à Burcht (Anvers) procèdent au démontage de la passerelle provisoire jetée sur l'Escaut afin de relier le quai Taille-Pierres à celui du Luchet d'Antoing. La nouvelle passerelle du Pont de l'Arche est désormais opérationnelle et sera inaugurée, quelques mois plus tard, lors de la visite à Tournai du Ministre des Travaux Publics. Profitant du chantier, des voix s'élèvent dans le quartier pour demander la démolition d'une imposante cabine électrique située à l'entrée de la place Gabrielle Petit, cette construction risque de faire anachronique à la fin du chantier de rénovation, de ce lifting imposé au quartier Saint Jean. Dans le prochain article, nous baignerons dans l'ambiance "sixties"...

08/02/2008

Tournai : les entreprises Wilms

Jusqu'à présent nous avons découvert des maisons faisant la renommée de Tournai au niveau national et international. A partir d'aujourd'hui, nous allons faire la connaissance d'usines ou d'entreprises familiales ayant eu leurs heures de gloire mais qui sont malheureusement disparues. Commençons par la Maison Wilms.

C'est le 8 octobre 1809 que naît à Meerhout, le dénommé Donat Willems dont l'identité se transformera, probablement par une erreur de transcription, en Donat Wilms. Celui-ci débute comme ouvrier chaudronnier à Bruxelles et en 1833 quitte la capitale pour entamer le "Tour de France" des Compagnons. Il durera quatre ans et se terminera chez un patron lillois. Donat fut probablement très apprécié par ce patron du Nord de la France puisque celui-ci lui donnera sa fille, Isabelle Fontaine en mariage. Le jeune couple décide de venir s'installer à Tournai (même si le phénomène s'est amplifié ces dernières décennies, on constate qu'il y a longtemps que les habitants de l'hexagone ont pris l'habitude de venir demeurer en Belgique).

Donat Wilms obtient de la Commune l'autorisation d'installer une forge à usage de chaudronnerie dans les dépendances de sa maison sise au 54 de la rue Saint Piat. Lors de son apprentissage de Compagnon, il avait acquis le titre de "Maître Chaudronnier". Il décide de construire du matériel en cuivre et en fer et de développer des appareils destinés à l'industrie alimentaire (notamment les sucreries et distilleries, nombreuses dans la région). En 1865, les activités seront transférées dans des bâtiments de la rue Saint Brice où il fait l'acquisition d'une machine à vapeur. En 1879, âgé de 64 ans, il souhaite prendre un repos bien mérité et transmet l'entreprise à son fils Michel. Celui-ci était né en 1838, un an après le mariage de ses parents. Il va adjoindre un département de construction de matériel pour les brasseries et les tanneries. Modernisant l'entreprise, il installe une machine à vapeur de 4CV et en 1883, la maison devient officiellement la "Maison Wilms-Fontaine, successeur Michel Wilms".

A cette époque, la famille Cossée de Maulde était notamment propriétaire d'un immeuble au n° 19 de la rue Duquesnoy, ancien hôtel du comte Marnix de Sainte Aldegonde. Michel Wilms va racheter cet immeuble et y installer dans les dépendances ses ateliers. Il décèdera en 1910, sans enfant. C'est donc son neveu Robert Delneste qui assurera désormais la direction de l'entreprise. En 1912, l'affaire familiale devient la "Société Anonyme Ateliers Wilms". Robert Delneste, à la recherche de nouveaux débouchés, décide de se lancer également dans la production de matériel de chauffage et de ventilation.

Après la première guerre mondiale, il installe une fonderie de bronze afin pour la fabrication d'installations de distillation. De nouveaux ateliers sont donc érigés à la rue Duquesnoy. Robert Delneste est membre fondateur de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Tournaisis en 1912, Président de sa section Transport en 1921, fondateur et premier secrétaire de l'Association des Constructeurs du Tournaisis, juge-consulaire, Vice-Président du Tribunal de Commerce et co fondateur des Amitiés Françaises (sa grand'mère Isabelle étant, rappelons le, native de ce pays), au niveau des loisirs, on le trouve Président de la Confrérie de Saint Eloi et membre de la Maîtrise de la Cathédrale. Cet homme d'affaires avisé, grand défenseur de sa ville, décèdera en 1946 à l'âge de 73 ans. Son fils Michel, né en 1915, travaillant déjà dans l'entreprise, devient tout naturellement Administrateur-Délégué. Sous sa direction, les Ateliers Wilms vont connaître des années de prospérité. Ils procureront de l'emploi à plus d'une centaine de travailleurs. En 1963, de nouveaux ateliers, plus vastes sont construits sur des terrains proches de l'avenue de Maire où les activités sont alors transférées. Hélas, en 1967, les Ateliers Wilms connaissent d'importantes difficultés financières, probablement en raison des investissements consentis pour la nouvelle implantation mais également à cause de la concurrence féroce du secteur. L'entreprise est reprise par la S.A. Schlumpf et fils d'Hollain et les ateliers tournaisiens sont peu à peu démantelés.

(sources :"Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècles de Gaston Lefebvre)