30/01/2012

Tournai : les Ecrivains Publics

Lors de la rétrospective de l'année 1903, on a constaté que l'illéttrisme était encore bien présent au sein de la population tournaisienne puisqu'un homme politique déclarait que pas moins de 21% des miliciens ne savaient ni lire, ni écrire. L'instauration, par la suite, de l'enseignement obligatoire devait palier à ces manquements et quelques décennies plus tard la situation s'était sensiblement améliorée. 

Malheureusement, à la fin du XXe siècle, l'apparition de la téléphonie mobile et la possibilité d'envoyer des SMS ont eu un effet pervers car désormais les jeunes "kiffent grave" ce nouveau moyen d'expression et un langage proche du phonétique a supplanté l'orthographe.

Un peu oubliés après la seconde guerre mondiale, bien que toujours discrètement présents, on assiste au nécessaire retour, au premier plan, des écrivains publics, traits d'union entre les individus connaissant des difficultés au niveau de la lecture et de l'écriture et les administrations ou les simples correspondants. Association née à l'aube du XXIe siècle, ils sont les descendants lointains des scribes anciens, des hommes d'église du moyen-âge, de Nicolas Flamel qui vécut à la fin du XIVe siècle, ces gens qui détenaient le savoir et le mettaient alors au service des illettrés. 

Les Ecrivains Publics de Wallonie Picarde, pour qui l'écriture est peut-être le relais de l'âme, ont pour mission d'offrir ce moyen d'expression à ceux qui en sont démunis, de les aider dans les démarches, de les encourager à l'apprendre, à le maîtriser afin de les mener à la compréhension des documents écrits qu'ils soient envoyés par un service officiel ou par une simple connaissance,  ils tentent modestement de simplifier la vie des personnes connaissant des difficultés. 

A Tournai, les Ecrivains Publics font preuve d'un dynamisme extraordinaire et depuis leur récente création, ils ont mis sur pied une foule d'activités centrées sur les mots et leur orthographe.

Depuis septembre 2008, ils animent un atelier "slam" au sein de la prison de Tournai. Le succès de celui-ci ne s'est pas fait attendre, au point qu'un des participants a été sélectionné avec neuf autres candidats pour la finale du concours organisé par TV5 Monde intitulé "Grand Corps Malade". Il s'agissait d'écrire un texte contenant obligatoirement dix mots précis. "Surréalslamisme" a favorablement impressionné le jury.

Le 23 septembre 2009, les Ecrivains Publics ont également participé au Salon de l'Emploi de l'Eurométropole en aidant des demandeurs d'emploi à rédiger un CV et, chaque année, ils sont présents au salon "Tournai la Page" organisé par les Amis de Tournai en la Halle-aux-Draps. 

Le 13 juin 2010, il ont participé, sur un char dédié à l'Ecriture, à la journée des Quatre Cortèges de Tournai.

Du 21 au 25 juin 2011, ils ont fêté l'Ecriture au Centre Commercial "Les Bastions" et du 25 au 30 juillet 2011, à l'Académie des Beaux-Arts, dans le cadre de l'Académie internationale d'Eté de Wallonie, deux écrivaines, Chantal Gremmens et Caroline Jesson, passionnées d'art et de littérature, ont ouvert des ateliers prétextes à la découverte des lieux connus ou insolites de la ville.

Dans le cadre de "Tournai les Bains", en août, l'atelier "Ecrire au bord de l'eau" est destiné tant aux adultes qu'aux enfants. 

Chaque année, dès le mois de septembre, deux ateliers d'écriture sont organisés. L'un destiné aux enfants, à partir de huit ans, intitulé "l'Ecrilibre" a lieu un lundi sur deux en l'école du Château, lieu qu'ils ont investi après avoir débuté à Marquain. L'autre fréquenté par les adultes a lieu les 1er et 3e mercredi du mois, au Conservatoire de Tournai sur la place Reine Astrid. Notons également qu'un atelier "slam" se tient également au Conservatoire, le 2e mercredi du mois.

Le mercredi 25 janvier 2011, les Ecrivains Publics nous convièrent à un spectacle de lecture intitulé "Plumes de femmes". Sept femmes, participantes habituelles de l'atelier d'écriture, ont lu leurs créations et pour les spectateurs que nous étions, très rapidement, la salle du Conservatoire se transforma en un boudoir indiscret à partir duquel on pouvait entendre une conversation de voisines semblant ignorer notre présence. Leurs espoirs, leurs inquiétudes, leurs joies, leurs peines, l'amour, la famille, les souvenirs, le quotidien, la maladie, sujets tant de fois abordés lors de bavardages entre amies nous amenèrent à penser qu'il suffit souvent d'une feuille de papier et d'un stylo pour refaire sa vie, revivre ses rêves, extérioriser ses angoisses ou réinventer tout un monde ! 

Deux réalisation collègiales ont trouvé place à leur calendrier. En 2008-2009, les Ecrivains Publics de Tournai ont réalisé un atelier en compagnie d'habitants du quartier Saint-Piat. Le fruit de ce travail collectif a été présenté au public en mai 2009, lors d'une exposition organisée au Cercle Artistique, le livre "Mémoires du quartier Saint-Piat" fait revivre ce vieux coin de Tournai, berceau de la cité. En 2011, fêtant son quarantième anniversaire, la Maison des jeunes, "Porte Ouverte" de l'avenue Minjean réalise une exposition de photographies anciennes du faubourg, les responsable les convient à réaliser un travail sur le "Faubourg de Lille". Depuis octobre, deux fois par mois, des habitants du Val d'Orcq, comme on appelait jadis le quartier, se réunissent dans les locaux de la maison des jeunes et font revivre son passé sous la conduite d'Annick, Caroline, Eliane.... nul doute que, bientôt, un second ouvrage consacré à Tournai verra le jour. 

S.T. janvier 2011