08/04/2015

Tournai : les maisons de commerce disparues !

Lors d'un article récent, j'ai abordé la crainte affichée par l'Association des commerçants tournaisiens face à l'extension du complexe commercial des Bastions situé le long du boulevard Walter de Marvis. Le doublement des surfaces commerciales et l'arrivée de nouvelles enseignes auront-ils un effet néfaste sur un commerce local, peu florissant en ce moment en raison de la crise et des chantiers du centre-ville qui s'éternisent ?

Le nombre de cellules commerciales vides semble, hélas, leur donner raison. Ainsi rien que dans la rue Gallait, trois magasins voisins ont déjà fermé ou vont fermer prochainement leurs portes (MS-Mode, Phildar et Eros) tandis que plus loin, la vitrine du "Love me Tender" affiche encore les décors de Noël peints par un artiste pour rendre la rue moins triste en cette période de fêtes. Le phénomène est le même dans les rues du Curé Notre-Dame (où Gérard Depardieu semble avoir renoncé à ouvrir sa vinothèque), de l'Yser ou des Chapeliers, rues commerçantes par excellence.

Le blog "Visite Virtuelle de Tournai" a pour vocation de raconter la cité des cinq clochers au travers de l'Histoire, des grands et petits événements qui ont marqué les différentes époques de cette ville comptant parmi les plus anciennes de Belgique avec Arlon et Tongres. Il dresse le portrait de citoyens connus contemporains ou disparus, il fait vivre son patois et évoque l'actualité.

La disparition des magasins est-elle un phénomène récent ?

La nature humaine semble ne retenir que les faits du présent et il est vrai qu'actuellement, lors de chaque promenade à Tournai, force nous est de constater la disparition rapide d'enseignes commerciales. Toutefois, il y a aussi la création de quelques nouveaux commerces sans pour autant que ce soient ces éternels magasins de nuit ne proposant qu'alcool, cigarettes, tabac et cartes de téléphone.

L'étude à laquelle je me suis adonné va probablement paraître intimiste et ne rappeler des souvenirs qu'aux plus vieux Tournaisiens, c'est cela aussi le but de ce blog, remémorer des lieux disparus.

Si on veut dresser un bilan des disparitions de magasins ou de maisons bien connues à Tournai, il ne nous faut pas remonter jusqu'à Mathusalem, mais s'arrêter aux cinquante dernières années. On serait surpris du résultat !

Magasins disparus (depuis 1965).

Dans le secteur vestimentaire :

Adria (rue de l'Hôpital Notre-Dame), A la Bonne Fermière (rue des Puits l'Eau), A la Bourse (Grand-Place), A la Diva (rue Royale), A Paris-Mode (rue de la Cordonnerie), Au Canadien Nylon (rue Tête d'Argent)? Au Coin de Paris, Maison Vitos (rue de Courtrai), Aux Milvêtements (rue du Curé Notre-Dame), Au Renard Bleu (angle de la rue Saint-Martin et de la rue du Parc), Auteuil Couture (rue de Courtrai), Au Soldeur (rue des Puits l'Eau), Babyshop (rue du Curé Notre-Dame), Baprix (rue du Curé Notre-Dame), De Meire (rue de l'Yser), Dhondt-Van Peteghem (rue du Cygne), Exclusif (Grand-Place), Favril (rue des Chapeliers), Haute Couture Sélection (rue Royale), Ganterie Chemiserie Bruxelloise (rue de l'Yser), Hit Boutique (Grand-Place) Impersport (rue des Chapeliers), Inedit Couture (Grand-Place), La Chemiserie Eton (rue de l'Yser), La Corsetière Madame Glorieux (rue Gallait), La Maison Amelinck-Lenoir (Grand-Place), La Maison du Bas (place de l'Evêché), Le Palais de l'Enfant (rue de Courtrai), Le Palais des Enfants Mme Picq (Vieux Marché aux Poteries), la Maison Courtois (rue Gallait), La Maison Decocq (rue de la Cordonnerie), la Maison Defontaine (rue de l'Hôpital Notre-Dame), La Maison Jules (rue des Chapeliers), La Maison Muyle (rue des Puits l'Eau), La Maison Vilain-Durieux (rue des Puits l'Eau), la Maison Waterproof-Scheefhals (Quatre Coins Saint-Jacques), le Magasin Français (rue des Puits l'Eau), le tailleur Meurant (angle de la rue Soil de Moriamé et de la place Paul Emile Janson), les Magasins Réunis (rue Royale), Madame Herman (rue de Pont), Les Tissus Ryckaert (rue de l'Yser), Les Tissus Vervietois (rue Royale), Lindor (rue de Courtrai), Lintex (rue Royale), Luxeuil (Grand-Place), Marvan (rue de Pont et ensuite rue de la Wallonie), Pacherchic (rue Royale), Printania (rue de Courtrai), Pour Elle (rue Saint-Martin) Toufait (rue des Chapeliers)...

Les chaussures :

A la Mule du Pape (rue du Cygne), Alki (Grand-Place), Alva (rue de la Cordonnerie), Coisne (rue du Cygne), les Aubaines Coisne (rue de Courtrai), Les Chaussures Pavot (rue de la Tête d'Or), Chauss-Beau (rue Royale), les chaussures Delmée, Des-Bo (place Saint-Pierre), Daniel Bouchery chausseur (place Verte), Izegem Shoe Maison Driesens (rue de la Wallonie), La Maison Delvalle (rue du Chambge), Le cordonnier Louis Ducoulombier (place de Lille), la Maison Degobert (place de Lille), La Maison Dumoulin-Gillart (place Saint-Pierre), Nef (rue de Courtrai), Tivoli Boutique (rue des Chapeliers), Tivoli Galerie (rue de l'Yser), Tournai-Smel (quai du Marché aux Poissons), les chaussures Henry (rue des Chapeliers)....

Ces deux longues listes, non exhaustives, un peu fastidieuses à lire pour un lecteur étranger à la ville ne sont qu'un pâle reflet de ce que fut la disparition de commerces depuis 1965. Il en est de même pour les magasins de proximité : les boulangeries (trois dans la seule rue Saint-Martin), boucheries (plus d'une douzaine dans l'intra-muros), les poissonneries, (il n'y en a plus qu'une le long du quai du Marché aux Poissons), les crèmeries.

Des commerces plus spécifiques ont connu la même tendance : les magasins de jouets (Monnier à la rue Saint-Martin, Ménart à la rue des Chapeliers, Christiansen à la rue Royale), les drogueries (Waroquier à la rue de Pont, le Crocodile à la rue des Maux, Raverdy à la place Saint-Pierre, Mercier, A la ruche d'Or à la rue Royale...), les maroquineries (Delobbe à la rue des Chapeliers, Bagatelle à la rue de Pont, Favot à la rue de l'Yser), les chapelleries (Lecat à la Grand-Place, Lucas à la rue de Pont, Au Chapeau de Paris à la rue de la Madeleine...), les lustreries, les "poëleries" (Delcourt à la rue des Fossés, Holvoet à la rue Morel, Bayet à la rue de l'Yser, Wilfart rue du Curé Notre-Dame...), les merceries (Lefebvre-Leroy à la rue de Pont, Delwarde à la Grand-Place), les papeteries (Masse Fourez à la rue des Chapeliers, Lienard-Pottiez à la rue de Pont, Bouret à la rue de la Cordonnerie, Lesage au quai Saint-Brice, Michenaud à la rue Joseph Hoyois), les magasins meubles (Au Bon Marché à la rue Saint-Piat, Scholaert au pont Morel, les Meubles Ronse, les Meubles Lefebvre et Imexcotra à la rue Saint-Martin, Meuble-Centre à la rue du Curé Notre-Dame, EM Décor et Meurop à la rue de Pont, la Maison de Zutter à la rue de la Tête d'Or, Toubois à la rue du Cygne, la Galerie Saint-Jacques, rue des Maux, ...), d'électro-ménagers, téléviseurs (Le Coin Becquerelle, Delannay à la rue de Pont,  Blondez à la rue du Cygne, Futura Grundig à la rue de la Cordonnerie, Clinic-Radio à la rue de Courtrai, La Maison Duhaubois à la Grand-Place, les Ets Merchez à la rue Royale, Modern-Radio Snoeck à la rue Tête d'Argent, Electrolux à la rue de Courtrai, Ets Omer Fontaine à la rue des Jardins, les Ets Ch. Vandeputte à la place Crombez, les Ets Ervin-Olivier à la rue Saint-Piat), de cadeaux (Lecrénier à la rue des Chapeliers, la Maison Belin à la rue Royale, la Galerie Coquereau à la rue des Puits Wagnon,), d'instruments de musique (Smets à la rue Royale, J. Kerkhofs à la rue du Cygne) les teintureries (Nett-Eclair à la rue Royale et Godet rue du Bourdon Saint Jacques) et tant d'autres...

Les portraitistes Sam (rue des Maux), Jean-Pierre (rue de la Wallonie), Jules Messiaen (rue Royale), Séverin Messiaen (rue Saint-Martin)... ont rangé leur matériel de photographie ? Le numérique ayant eu raison de leur savoir-faire et de leur art !

De grandes maisons, véritables institutions tournaisiennes, ont fermé leurs portes : la Coopérative l'Avenir, les Tapis Leveugle, les magasins Sarma et Unic, les sièges régionaux des grandes banques (suite aux différentes fusions intervenues à la Banque de Bruxelles, à la Société Générale de Banque et à la banque Nationale), la Moutarderie Vilain, les Pronostics Prior, la Brasserie du Lion, l'Union des Coopérateurs du Tournaisis en abrégé U.C.T...

Lorsqu'on se promène par les rues de la ville, on découvre désormais beaucoup plus de restaurants qu'il y a cinquante ans. A cette époque, la Maison Prandini (rue des Corriers), le Charles-Quint (Grand-Place), l'Ecu de France (Grand-Place), le Trou Normand (Grand-Place), les Neuf Provinces (place Crombez) ou le Grand Hôtel de la Cathédrale (place Paul Emile Janson), tous disparus, étaient les adresses les plus régulièrement fréquentées par la bourgeoisie tournaisienne. Aujourd'hui, outre la gastronomie française, on trouve le choix entre des restaurants italiens, espagnols, turcs, asiatiques, maghrébins, japonais, des pizzerias, des kebab ou des lieux de restauration rapide, ces "fast-food" qui se sont multipliés au cours de ces dernières décennies, autres temps, autres goûts ! 

On peut très certainement attribuer la disparition des commerces du secteur de l'alimentation à la multiplication des grandes surfaces en périphérie parce que tout se trouve dans le même magasin et il n'y a surtout aucun stress concernant la recherche d'un endroit de stationnement ou pour le temps passé au magasin. Dans l'intra-muros, l'horodateur ou les contrôleurs de City-Parking sont devenus de véritables générateurs de stress pour l'acheteur qui doit faire la file dans un magasin ! On peut aussi attribuer le succès des chaînes commerciales à la flexibilité des horaires dont elles font preuve et qui permet aux personnes qui travaillent d'encore pouvoir effectuer leurs commissions en soirée.

En ville, c'est à l'apparition de nouveaux magasins à laquelle on assiste désormais depuis quelques années, mentalité de notre époque oblige, celle des agences de voyages, immobilières ou d'intérims.

Les cellules vides quant à elles se transforment, de plus en plus souvent, en éphémères "magasins de nuit" tenus parfois par des personnes en situation irrégulière, lieu parfois de rassemblement d'individus désœuvrés, inconsciemment responsables d'un sentiment d'insécurité parmi la population tournaisienne et notamment les personnes plus âgées. Parfois, elles mutent temporairement en simples vitrines de promotion pour un magasin du quartier .

Pour conclure, il eut été plus facile pour moi de rechercher les maisons qui existaient déjà en 1965 et qui ont encore pignon sur rue en cette année 2015 (il y a en encore) mais là, ce n'aurait plus été un article "historique" mais un article publicitaire non autorisé par la charte de la plate-forme qui héberge mon blog.

Le secteur "Horeca" sera-t-il uniquement l'avenir du centre-ville ?

S.T. avril 2015.