17/06/2015

Tournai : asphalte ou pavés ?

L'état des rues de la cité des cinq clochers.

Bien rares sont les rues de notre cité qui permettent de circuler avec le meilleur confort. Qu'elles soient asphaltées ou pavées, les emprunter fait souvent songer à des parcours sur de la tôle ondulée ! A ce sujet, la rue de la Citadelle, est probablement la meilleure approche pour ceux qui rêvent de disputer un jour un raid comme le Paris-Dakar ! 

Le plus ancien revêtement connu est le pavé, il est utilisé depuis l'époque romaine. Ces blocs cubiques en pierre, appelés grès dans nos régions, possèdent la particularité de laisser percoler les eaux de pluies tout en empêchant les véhicules de s'embourber. L'asphalte (pierrailles de calcaire enrobées de bitume) est surtout apparu après la guerre. Fraîchement posé, il transforme la voirie en un véritable billard mais son imperméabilité envoie les eaux dans les égouts avec risques d'inondations si ceux-ci sont sous-dimensionnés (ce fut le cas au quartier Saint-Jean durant des années) . 

Force est de constater, qu'à l'usage, pavés et asphalte vieillissent très mal. Il suffit de se promener en ville pour constater ce phénomène.

Petit historique.

Jusqu'à l'aube du second conflit mondial, la presque totalité des rues de Tournai était réalisée en grès. A partir des années cinquante, de nombreuses rues pavées ont disparu. L'exemple le plus marquant fut le remplacement des pavés de la Grand-Place, à l'aube des années soixante, par un asphaltage de l'entièreté de la surface du forum tournaisien.

Les défenseurs de ce nouveau revêtement mettaient en évidence ses qualités acoustiques et sa facilité d'entretien. Cédant à la vague de modernisme, l'édilité d'alors fit asphalter un très grand nombre de rues : de l'Athénée, Duquesnoy, Morel, de Monnel, Childéric, Saint-Brice, Galterie Saint-Jean, des Croisiers (entre autres dans le quartier Saint-Brice) Saint-Jacques et son prolongement la rue de la Madeleine, les rues Frinoise, Blandinoise, des Augustins, Piquet (entre autres dans le quartier Saint-Jacques), des Clairisses, Saint-Piat, Albert Asou, de la Justice et les ruelles du quartier Saint-Piat, As-Pois, Roquette et Roc Saint-Nicaise, Jean Noté, des Aveugles, de France, Saint-Georges (entre autres dans le quartier Sainte-Marguerite) etc...( la liste est beaucoup trop longue, fastidieuse à dresser et plus encore à lire). Pour peu, toutes les artères de la ville allaient bénéficier de ce nouveau traitement.Heureusement pour les amoureux de notre patrimoine, un décret est paru, il y a une trentaine d'années environ, stipulant qu'il fallait garder les pavés au centre des cités. Malheureusement pour les entreprises chargées de la rénovation des rues, les bons paveurs avaient, entretemps, disparu.

Il a fallu déchanter, le décret demandant de préserver le caractère ancestral de nos villes a été, bien vite, "détourné", "bafoué" par des architectes étrangers, peu au courant des us et coutumes et des lois de nos régions, imposant, lors des dernières rénovations, des dalles lisses comme on en trouve désormais du Nord au Sud de la France, un matériau d'une grande banalité mais avant tout économiquement intéressant.

Quelle(s) solution(s) retenir ?

Les opposants aux pavés vont nous dire que ce type de revêtement n'est plus adapté à la circulation du XXIe siècle et ils auront probablement raison. Les camions d'important tonnage qui traversent la ville de part en part pour livrer les commerces et les transports en commun dont la longueur des véhicules a été multipliée par deux, sont, en grande partie, responsables de cet état déplorable dans lequel se trouvent les rues Saint-Martin, Royale, des Jésuites, la placette aux Oignons... Il est curieux de constater qu'après avoir été à la base de ces dégradations certaines sociétés de transports refusent désormais d'emprunter ces rues.

Les opposants à l'asphalte rétorqueront que lors de chaque intervention pour des travaux concernant les impétrants (eau, gaz, électricité), les réparations sont exécutées si sommairement que l'endroit se transforme rapidement en un excroissance ou bien, tout simplement, s'affaisse. Pour s'en convaincre, il suffit d'entrer en ville par la rue de la Madeleine, on ne fait pas cinq mètres sans rencontrer un cassis !

De quoi demain sera-t-il fait ?   

Quel sera l'avenir du dallage actuel qui couvre tout le quartier cathédral ? Résistera-t-il au charroi quotidien ? Déjà des semi-remorques, trahis peut-être par leur système de navigation, se retrouvent sur la place Paul Emile Janson ou dans la rue de l'Hôpital Notre-Dame !

Le lobbying de l'asphaltage a encore de beaux jours devant lui. Il suffit de voir la rénovation du parvis de la gare, les pavés disjoints, effondrés, dangereux pour les usagers... ont été enlevés et remplacés par... une surface bitumée.

Bien sûr, comme lors de chaque critique, on nous promet que cela est une solution transitoire et que cela sera revu dans le cadre du projet de rénovation de ce quartier. On veut bien croire nos édiles mais on leur rappellera que lors de la levée de boucliers qui a concerné l'asphaltage de la rue Piquet, une rue typique, à deux pas de la Grand-Place, les responsables d'alors qui, comme tous les édiles ne font que passer à la gestion de la ville, avaient déclaré que cette situation était provisoire... On appelle cela du provisoirement définitif ou une excuse pour calmer les ardeurs des défenseurs du patrimoine de notre cité !

En conclusion, pavés, asphalte ou bien dalles, ce n'est pas le matériau qui fait la solidité de la voirie, c'est l'usage qu'on fait de celle-ci !

(S.T. juin 2015)

10:13 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, pavé, asphalte, rues |