04/05/2011

Tournai : l'année 1930 sous la loupe.

Les "années trente", voila une nouvelle décennie qui vient de naître mais l'actualité n'a que faire des dates, sur la ligne du temps, elle poursuit inexorablement son chemin nous distillant ses informations parfois heureuses mais souvent dramatiques. Conflits politiques, luttes armées, attentats, meurtres, accidents, sinistres de toutes sortes ne prennent pas fin, comme par enchantement, avec un simple changement de chiffres au calendrier. La terre tourne, le monde poursuit sa route et l'Homme est encore bien loin d'avoir atteint la Sagesse, d'ailleurs après ces milliers d'années que nous relate l'histoire, peut-on encore raisonnablement espérer qu'il la découvre un jour !

Au niveau international, cette année 1930 va faire connaître le nom d'un indien qui lance, en mars, une campagne de désob éissance civile et de boy-cottage des produits venant de Grande-Bretagne, il s'appelle Gandhi. Un autre nom apparaît, en Ethiopie, le négus Tafari devient empereur, le 3 avril, sous le nom de Hailé Sélassié 1er, il succcède à l'impératrice Zaouditou, décédée. Un personnage de fiction est né en janvier, la souris Mickey Mouse apparaît pour la première fois dans une bande dessinée.

En cette année 1930, l'actualité nationale est sans grand relief. Au niveau politique, le 5 avril, le Roi Albert 1er signe la loi sur la flamandisation de l'université de Gand, une proposition qui avait été déposée, pour la première fois, en 1922 par le député Van Cauwelaert. A la rentrée académique de fin octobre, les cours seront désormais donnés en néerlandais. August Vermeylen est désigné comme recteur. Le 7 septembre naît à Laeken, le prince Baudouin, fils des ducs et duchesse de Brabant. Personne n'imagine alors que celui qui sera le cinquième rois des Belges règnera plus de 45 années sur le royaume. En cette année, on commence à parler d'un certain Léon Degrelle, un étudiant de l'université de Louvain. En sachant encore que l'exposition universelle d'Anvers est inaugurée par le roi Albert et la reine Elisabeth, le 26 avril et que le 4 août, un loi est promulguée rendant obligatoire le système des allocations familiales, on aura fait le tour des informations les plus importantes.

A Tournai, durant toute l'année, la presse va, une nouvelle fois, relater la "saga des tableaux" déjà évoquée dans l'actualité de 1929. Le 17 février, le Conseil provincial du Hainaut soutient une proposition des élus tournaisiens, le Vicomte Cossée de Maulde, De Rasse et Deron qui réclament, une fois encore, la restitution des tableaux de Rubens et Jordaens emportés par les Révolutionnaires français à la fin du XVIIIe siècle, rendus par la France à la Belgique mais jalousement conservés à Bruxelles au sein des Musées royaux. Ce soutien vient après celui acquis à la presque totalité des membres du Sénat, à la fin de l'année précédente. 

Le 23 avril, la presse flamande par l'entremise du journal "Handelsblad" relate l'historique de l'affaire qui secoue le monde de l'Art belge et prend fait et cause pour la demande tournaisienne. Le lendemain, c'est au tour du conservateur du musée de Gand, Mr Van Werveken de plaider énergiquement pour un retour des oeuvres au sein de la cité des cinq clochers, Bruxelles ne pouvant se réserver la part du lion et devant restituer ce qui est propriété des villes de province. Dans la foulée, "La Province", journal francophone d'obédience libérale, relate également les faits et déclare au Ministre des Arts et de la Science que, devant une telle levée de boucliers, il devait se soumettre ou... se démettre. Cela a le mérite d'être clair, net mais... n'émeut pas pour autant le Ministre Vauthier, seul contre tous, dont l'arrogance restera sans doute le trait de personnalité que l'Histoire retiendra de lui. Albert Asou en appelle alors, par lettre, au Premier Ministre afin de résoudre définitivement le litige et donner raison à cette exigence, en réponse, le gouvernement décide de... conserver les oeuvres à Bruxelles et envisage de dédommager la ville de Tournai par le don de plusieurs travaux de maîtres de grande valeur, en prenant à sa charge les frais de transport et d'installation ! 

En mai, le Musée de Bruxelles qui tient à conserver ses deux tableaux fait plaider sa cause par le Vicomte Ch. Terlinden, professeur à l'université de Louvain et membre de la commission des musées. Dans une publication de 18 pages, celui-ci n'hésite pas déclarer que "les musées de province ne doivent pas dépasser l'intérêt local". La Capitale où vit l'intelligencia regarde avec dédain la Province, le monde des bouseux ! L'été est proche, il commence à faire très chaud au propre comme au figuré et le problème est mis au frigo. Nul doute qu'il va ressortir avant la fin de l'année.

Il faudra attendre le 22 novembre. Ce jour là, en la salle des Auditions de la Première Chambre du Palais de Justice de Bruxelles, l'échevin tournaisien Octave Leduc expose brillamment les droits de restitution des oeuvres à la ville de Tournai, rappelant que des oeuvres emportées par les révolutionnaires à Malines et Anvers avaient depuis bien longtemps été restituées, arguant que la cité des cinq clochers a été profondément sinistrée par le premier conflit mondial qui lui a fait perdre près de 2.500 habitants et que les tableaux, propriétés de la Ville, lui rendraient, par l'attrait qu'ils suscitent, un peu de sa richesse perdue. Le Bourgmestre, les échevins, les procureurs du roi en fonction et honoraires, les juges, le juge de paix et les députés et sénateurs de Tournai assistaient à l'audience pour bien montrer à l'arrogante Capitale que la solidarité tournaisienne n'était pas un vain mot. L'affaire est mise en délibéré, elle se retrouve une nouvelle fois au frigo au début de cet hiver 1930-1931 qui voit la température approchait les -5 degrés à la veille de Noël.

 

09:09 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, de rasse, asou, leduc, vauthier, jordaens, rubens |