09/02/2012

Tournai : l'année 1905 sous la loupe (3)

Avant de terminer cette rétrospective consacrée aux évènements qui rythmèrent la vie tournaisienne durant l'année 1905, évoquons encore un chantier qui débute en juillet : le travaux de démolition des maisons de la rue des Chapeliers afin de réaliser ce vieux projet maintes fois souhaité qu'était le dégagement de la cathédrale. Les propriétaires expropriés ont reçu des prix forts (comme le dit la presse) pour des habitations incommodes, étroites, peu aérées, peu éclairées et dépourvues d'hygiène. 

Abordons comme chaque fois le chapitre des faits divers. Ce qui interpelle le lecteur du journal, c'est le nombre important de suicides dans l'Escaut, parfois deux sur la même semaine. Chaque fois, on retrouve des vêtements déposés, bien pliés, sur la berge, contenant parfois même les papiers d'identité ce qui facilite l'identité du corps lors de sa découverte. Un enfant échappera à la noyade, jouant avec des camarades le long du fleuve, il se penche imprudemment par dessus la rambarde, perd l'équilibre et plonge dans les eaux. Un témoin parviendra à l'agripper et à le remonter. Réconforté dans une maison voisine, il en sera quitte pour une bonne frayeur.

Déjà durant l'automne 1903, le village de Templeuve avait été le théâtre d'un fait divers dramatique : l'enlèvement et l'assassinat du jeune fils de la ferme Legrand par l'ouvrier journalier. En cette année 1905, dans la nuit du 30 au 31 octobre, un nouveau drame se joue au hameau de Chauny. Durant la matinée de cette veille de Toussaint, une jeune voisine est surprise de ne pas apercevoir les époux Lefebvre-Maton. L'homme est âgé de 87 ans, son épouse en a 78. La fille du garde-champêtre informe son père qui se rend sur place. Tout les accès sont fermés mais il remarque qu'une fenêtre est fracturée. Pénétrant dans le bâtiment, il découvre deux cadavres, l'homme ligoté a une profonde blessure à la tête tandis que la femme, étendue sur le lit, ne présente aucune trace de violence. A-t-elle succombé à un malaise en présence des voleurs ? La maison est sens dessus dessous, des objets ont probablement été emportés mais on retrouve des pièces d'or et de l'argent sous le matelas sur lequel repose le corps de la fermière. Dans le quartier, on évoque un fait divers semblable qui s'est déroulé quelques temps auparavant dans le village d'Obigies. Est-ce le retour de ce qu'on appelle "les chauffeurs du Nord" ?

Rappelons que le terme "chauffeurs du Nord" (ou encore "chauffeurs de pâturons, brûleurs de pieds") désignait des bandes de criminels qui, dans les campagnes, s'introduisaient nuitamment, chez des personnes, les torturaient en leur brûlant les pieds pour leur faire avouer où se trouvait les économies et souvent les tuer avant de se fondre dans la nuit. Ils sont apparus à l'époque de la Révolution française, un des plus célèbres qui écuma le Nord, le Pas de Calais mais aussi le Hainaut fut Moneuse guillotiné à Douai en 1798. Au début des années 1900, une bande était réapparue à Hazebrouck, avait-elle fait des émules dans la région ? Durant les mois de novembre et décembre, le journal restera muet sur d'éventuels développements de l'enquête. A l'époque, la recherche du scoop n'était pas une préoccupation première des journalistes, la police pouvait donc mener son enquête en toute discrétion !

Le 25 mars, le Courrier de l'Escaut évoque la disparition deux jours plus tôt, à Roubaix, dans le Nord de la France de Jean Baptiste Glorieux. Celui-ci est né à Tournai en 1834. Celui qu'on nommait "Batisse", était un véritable touche à tout, il apprendra les métiers de tisserand et de tourneur, mais marquera aussi beaucoup d'intérêt pour la mécanique, la physique, l'astronomie et le chimie. Il avait quitté la cité des cinq clochers en 1843. Dans une filature de la cité lainière, sa ville d'adoption, il assembla son premier ballon mais ne parvint jamais à le faire s'envoler. Sa première véritable ascension aura lieu à Herseaux, au quartier des Ballons, lieu hautement prédestiné. Il réalisera des prouesses extraordinaires s'élevant dans les airs juché sur un âne ou sur un cheval, l'animal servant de nacelle, réalisant des acrobaties sur un trapèze attaché à la ballon. Au départ de la place de la République, à Lille, il montera à 4.000 mètres d'altitude avec un passager. En 1901, il détint même un record en parcourant la distance Croix-Koenigsberg, soit 840 kilomètres. Lors de la kermesse annuelle de septembre, il revint régulièrement dans sa ville natale, pour l'ascension du ballon de la place Crombez. Au départ de Tournai, il réalisera la dernière de ses 635 ascensions, c'était en 1904, il était alors âgé de 70 ans.

(sources : Le Courrier de l'Escaut de l'anné 1904 - "Biographies Tournaisienens des XIXe et XXe sicèce" de Gaston Lefebvre)