22/03/2017

Tournai : le prix de l'asbl Pasquier Grenier

Deux magnifiques restaurations primées par Pasquier Grenier. 

Fortes de plus de 400 membres, L’ASBL Pasquier Grenier oeuvre pour la sauvegarde du patrimoine immobilier tournaisien. Depuis sa création en 1984, on ne compte plus le nombre d'interventions que ses administrateurs ont effectuées auprès de différents services responsables afin de défendre des constructions remarquables appartenant au patrimoine immobilier de la ville ou afin de signaler des immeubles fortement dégradés ou carrément laissés à l'abandon. On ne compte plus les courriers adressés au service de l'Urbanisme pour signaler des restaurations mal réalisées en ce qui concerne notamment les matériaux ou les couleurs utilisés ou le respect de l'harmonie de l'environnement.

Les restaurations sont l'oeuvre tant du secteur public que de propriétaires privés, elles représentent un combat de longue haleine qui peut parfois décourager certains téméraires tentés par l'aventure. Aussi l'ASBL Pasquier Grenier intervient pour soutenir le projet, apporter son aide dans les démarches à effectuer, donner des conseils et récompenser les meilleures réalisations. Depuis plus de 30 ans, des propriétaires audacieux ont ainsi été récompensés.

Le 9 février dernier, le Conservatoire de Tournai accueillait un nombreux public convié à la remise du prix annuel.

Cette année deux réalisations exemplaires ont été primées, l'une entreprise par le secteur public, l'autre par un propriétaire privé. Toutes deux présentent une telle qualité qu'il a été impossible au jury de les départager.

Le Conservatoire de la Ville de Tournai.

Pour admirer le travail réalisé, il suffit de comparer deux photos prises à dix ans d'intervalle, l'une prise en 2006, l'autre aujourd'hui :

2006 Tournai la Salle des Concerts.JPG

Une toiture et des corniches en mauvais état, les éléments entourant les fenêtres totalement dégradés, le revêtement du pourtour qui s'effondre sur la voie publique et des locaux intérieurs non adaptés aux exigences d'accueil des nombreux élèves. En clair, une impression de délabrement au centre d'une place Reine Astrid accueillante (photo F.B).

2017.03 place Reine Astrid salle des Concerts rénovées.JPG

C'est tout l'ensemble qui a été rénové en comprenant également les façades des immeubles de l'ilôt des Primetiers. De larges vitres ferment désormais le péristyle créant ainsi un lieu de réception convivial, la salle des concerts situées à l'étage a été totalement rénovée ainsi que les ascenseurs et les classes (photo : S.T.). 

 

L'immeuble situé à l'angle de la rue de l'Hôpital Notre-Dame et le la placette du Bas Quartier.

2017.03 rue de l'Hôpital N-D prix Pasquier Grenier.JPG

(photo : S.T.).

Cet immeuble abritait jadis le café à l'enseigne de "l'Entracte" en raison de sa proximité avec le cinéma Multiscope Palace aujourd'hui disparu. Il a été racheté et entièrement rénové par Mr. Yves Boyaval avec l'aide du cabinet d'architecture Archipel (Eric Marchal et Frédérique Matagne). La réalisation n'était pas simple, car il a notamment fallu supprimer et remplacer des éléments qui avaient été ajoutés au fil des restauration précédentes. Cet immeuble de style Louis XIV a aujourd'hui retrouvé sa splendeur historique avec sa toiture totalement refaite, ses larges corniches débordantes à corbeaux, ses pierres et briques et son badigeon rouge sang de bœuf.

Mer et Mme Yves et Anne Boyaval, d'origine française, passionnés par les anciennes pierres, ne sont pas inconnus à Tournai. Ils sont tombés sous le charme de la cité des cinq clochers, il y a de nombreuses années et ont déjà été primés par Pasquier Grenier, en 2010, pour une autre rénovation, celle d'une rangée d'immeubles située aux numéros 8, 9 et 10 du quai Notre-Dame, au sein d'un ensemble immobilier plus vaste, héritage de l'aménagement des quais de Tournai et de la rectification du cours de l'Escaut entrepris sous Louis XIV. 

Tournai Quai Notre-Dame maisons rénovées (2013).JPG

Quai Notre-Dame 8, 9 et 10 (juste après la façade en pierre jusqu'à l'angle du quai avec la ruelle des Noirets- photo J d.C).

De nombreux propriétaires n'hésitent pas de se lancer dans la restauration de leur immeuble afin de lui redonner l'aspect et le lustre de jadis. Année après année, Tournai retrouve des témoignages de son riche passé. L'Optimiste vous emmène à la découverte de ces différentes réalisations primées en vous les situant.

En vous promenant dans la ville, vous pourrez les admirer :

Quai Taille Pierre n°22, rue des Récollets n°26, rue des Augustins n°53, rue du Floc à Brebis n°13, rue de la Ture n°29, rue du Château n°33, rue Haigne n°27, rue Saint-Jacques n°17, rue des Corriers n°22, quai du Marché-au-Poisson n°18, rue Saint-Jacques n°9, rue du Ballon n°16 et 18, rue Sainte-Catherine n°30, rue du Palais Saint-Jacques n°5, rue Roc Saint-Nicaise n°19, rue du Louvre n°1 et 3, rue Sainte-Catherine n°25, rue des Jésuites n°19, place Victor Carbonnelle n°5, rue des Récollets n°4, rue des Corriers n°50, rue Saint-Piat n°1, quai Vifquin n°19, rue Dame Odile n°4, rue des Puits l'Eau n°9 et 11, rue de la Cordonnerie n°2, rue des Augustins n°27 et 29, rue de la Madeleine n°17, avenue Van Cutsem n°28 et 29 (deux maisons "Art Nouveau" érigées en 1904), Quai Notre-Dame N° 8, 9  et 10, rue Roc Saint-Nicaise n°15 (angle de la rue Jean Noté), rue des Cloches n°4, rue de l'Hôpital Notre-Dame à l'angle de la placette du Bas-Quartier (immeuble dit "Aux Scènes bibliques" faisant face à la réalisation primée en 2016), rue des Croisiers n°1 (ancien presbytère de l'église Saint-Jean Baptiste), Boulevard des Déportés n°36 (immeuble Art Nouveau), Boulevard Léopold (bâtiment néogothique de l'Institut Don Bosco, ancien orphelinat et oratoire Saint-Charles).

(sources : revue trimestrielle de l'asbl Pasquier Grenier - presse locale : le Courrier de l'Escaut).

S.T. Mars 2017.

31/01/2012

Tournai : les festivités de février

Le mois de février est le plus court (en cette année bissextile, il comprendra cependant un jour de plus) mais ne sera pas moins riche en festivités à l'ombre des cinq clochers.

Mercredi 1er, à 20 h, Maison de la Culture, salle Jean Noté, "Thomas Dutronc".                    (Les fans qui n'auraient pas trouvé de place pour ce concert pourront se consoler car on annonce son retour, cet été, dans le cadre du "Tempo Festival" en compagnie notamment de Coeur de Pirate et de la Grande Sophie). 

Jeudi 2, à 14h30, Maison de la Culture, conférence "Pour comprendre l'art contemporain" par Pascale de Callatay, Historienne de l'Art, dans le cadre de l'Université du Temps disponible.

jeudi 2, à 17h et 20h Maison de la Culture, salle Jean Noté, conférence "L'Inde aux milliards de regards" par Lionel/Cyril Isy-Schwartz dans le cadre du cycle "Exploration de Monde"

Du vendredi 3 au dimanche 5, à Maulde, week-end Télévie, spectacles et animations diverses. 

Samedi 4, à 18h, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, théâtre, "L'Ennui" par le Mic Mac Théâtre, spectacle pour enfants à partir de 8 ans. 

Samedi 4, à 20h, salle La Fenêtre, les Nouvelles de l'Espace, le rendez-vous de l'humour, accueille Jean Philippe Ducart de Test Achat pour passer en revue l'actualité de ce début d'année en compagnie d'Anne Simon, de Loulou Godet...

Dimanche 5, à 16h, Templeuve, salle polyvalente, "Bal-spectacle avec l'orchestre Christian Kubiak".

Dimanche 5, à 18h, Maison de la Culture, salle Jean Noté, "Sois Belge et tais-toi" par la Compagnie Victou, organisation du Lions Club les Templiers de Pecq. 

Mercredi 8, à 15h15, église de Ramegnies-Chin, "Balades dans la campagne" organisée par Mont Marche, sur 8 et 10 km, accessibles à tous.

Mercredi 8, à20h, Maison de la Culture, salle jean Noté, "Cendrillon" d'après le conte, sur un texte et une mise en scène de Joël Pommerat, spectacle créé au Théâtre national en octobre 2011.

Jeudi 9, à 14h30, Maison de la Culture, conférence " Le Changement Social, entre permanence et innovations" par Claude Javeau, Professeur émérite de l'U.L.B. dans le cadre de l'Université du Temps disponible. 

Vendredi 10, à 20h, en la Halle-aux-Draps, spectacle patoisant, "Les Filles, Celles picardes met'tent pus d'gants".

Vendredi 10, 20h, Conservatoire de Musique, concert par la pianiste russe Sofia Vasheruk, lauréate du dernier concours Dumortier et l'orchestre de la Chapelle Musicale de Tournai.

Dimanche 12, à 15h, en la Halle-aux-Draps, spectacle patoisant, "Les Filles, Celles picardes met'tent pus d'gants".

Dimanche 12, à 16h, Musée de la Tapisserie, "Concert du quatuor Kaires" (fr), dans le cadre du 10e Festival européen de Quatuors à cordes "Les Voix Intimes".

Mercredi 15, à 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté, "Michel Fugain".

Jeudi 16, à 14h30, Maison de la Culture, conférence, " L'Orient en musique" par Serge Hustache, député provincial, dans le cadre de l'Université du temps disponible. 

Samedi 18 à 20h et dimanche 20, à 15, en la Halle-aux-Draps, spectacle patoisant, "Les Filles, Celles picardes ne met'tent pus d'gants".

Dimanche 26, à 16h, Halle-aux-Draps "Le Cabaret wallon des familles", spectacle patoisant de la RCCWT au profit de l'asbl Handikin.

Mardi 28, à 20h30, Maison de la Culture, salle Jean Noté, le comédien Jacques Weber dans "Eclats de vie", organisé par le Rotary de Tournai. 

Au niveau des expositions : 

jusqu'au 5 février, chapelle de l'Athénée Royal, "Tournai perdu, Tournai gagné", septante années de démolitions et réhabilitations d'édifices anciens à Tournai, organisée par l'asbl Pasquier Grenier. 

Jusqu'au 12 février, Maison de la Culture et 15 Bd Léopold, Expositions consacrées à Jacques Vandewattyne, dit Watkine, le Diable des Collines, quand peintures et folklore s'unissent !

Jusqu'au 19 février, Maison de la Culture, espace bis, exposition du collectif "Juke-Box / Editions Vanille Goudron".

Jusqu'au 19 février, Mateo Andra, Christophe Luxereau, François Martinache, Célia Nkala, Patboun, Maria Runibke et Dominique Grisor exposent leurs oeuvres contemporaines à la Rasson Art Galery, à la rue De Rasse.

A partir du 12 février, Musée des Beaux Arts, "101 chef-d'oeuvre, de Manet à Dürer", une occasion de découvrir Manet, Monet, Seurat, Courbet, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Ensoir, Delacroix, Fantin-Latour, Rubens...

A partir du 16 février, Maison de la Culture, exposition "Gestes de Patrimoine".

Jusqu'au 26 février, au musée d'Archéologie "le Roi est mort" exposition historique portant sur la maquette de la tombe de Childéric.

Cet agenda est susceptible de modifications ou d'ajouts.

31/07/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'histoire (18)

Nous terminons la visite du quartier Saint-Pierre. A partir de la place du même nom, il nous reste à nous intéresser à deux rues.

La rue Poissonnière tire son nom du fait qu'elle menait directement au quai du Marché au Poisson. Avant la création de la place, au XIXe siècle, elle faisait partie de ce dédale de petites ruelles situées entre la place Paul Emile Janson et l'Escaut. Elle mesurait à l'époque de 2m30 à 2m85 de largeur, actuellement sa largeur est de 7m50.

La rue du Chevet Saint-Pierre relie la place à la rue de la Triperie. Nous avons vu précédemment que le portail de l'église de Saint-Pierre ouvrait vers la rue du Puits-Wagnon, le chevet est le mur du choeur situé à l'opposé, il a donné son nom à cette petit rue assez pittoresque qui fut tout d'abord appelée Al Chevée ou Quevech ou encore Quevay. Il faut savoir qu'avant la création de la place de Saint-Pierre, cette rue débutait à la rue du Puits-Wagnon pour rejoindre la rue de la Triperie. Dans un acte de 1601, on peut lire : "Maison gisant (sise) en la rue con dist (ainsi appelée) Quevay Saint-Pierre, à l'apposite (l'opposée) de la maison où pend pour enseigne "la pelle d'Or". Tout comme celles de la rue de la Triperie, en cours de rénovation, les façades des maisons de commerce de la rue du Chevet Saint-Pierre méritent qu'on leur rende une petite visite.

Le quai du Marché au Poisson n'existait pas avant la prise de la ville par les troupes de Louis XIV. C'est le roi de France, comme nous l'avons déjà signalé, qui fit canaliser l'Escaut dans sa traversée de la ville. Lors de la création de ce quai, celui-ci obtint, contrairement aux autres, une bonne largeur afin d'y installer le Minck (marché couvert où on vend du poisson). A l'origine, ce dernier était un édifice semi-circulaire en pierre de taille, adossé à une maison. En 1812, jugeant que les conditions d'hygiène étaient déplorables, le maire De Rasse formula le projet de le reconstruire. La décision ne tomba cependant qu'en 1849, le plan fut confié à l'architecte Justin Bruyenne, le nouveau marché fut ouvert le 25 mars 1850. Il s'agissait, cette fois, d'une construction en pierre, surmontée d'une sorte de coupole métallique et d'un campanile contenant la cloche des poissonniers. Le Minck fut démoli après la seconde guerre mondiale. Jusqu'à il y a environ une bonne décennie, on trouvait encore trois ou quatre poissonniers qui y étaient installés. Il n'en subsiste qu'un seul, à l'enseigne de "François du bateau". François Sinke, décédé en octobre 2007, était d'origine hollandaise et durant des années sa poissonnerie fut approvisionnée par un petit bateau qui remontait l'Escaut le mercredi, il était aussi, avec son épouse, un amoureux de Tournai et guidait les touristes pour les visites en néerlandais. Lors de la récente rénovation des quais, une vaste zone piétonne a été créée sur laquelle s'étendent les terrasses des cafés, les escaliers bordant le RAVEL, formant gradins, lui donnent, aux jours d'été, un semblant de petite croisette où il fait bon flâner. Chaque vendredi, d'avril à octobre, un marché artisanal y est organisé de 16 à 20h et ce quai est également un des hauts lieux de rassemblements lors de l'annuelle journée consacrée à l'accordéon en mai.

Remontant du quai vers le carrefour du Dôme, la rue des Puits-l'Eau (de son vrai nom rue des Puits à l'Eau) portait, au XIIIe siècle, le nom de rue de Pont ou rue Pontoise en raison de la présence du pont aux Pommes. Un acte de 1599 nous renseigne qu'un dénommé "Paul Grain achète une maison rue Pontoise dite Puich (puits) Bauduin Lauwe". Voici sans aucun doute l'origine du nom de la rue. Un des membres de la famille Lauwe (aussi écrit Laye), Prévôt de Tournai en 1364, avait doté le quartier d'un puits. Il semble, comme c'est souvent le cas, qu'une altération survenue au cours du temps soit à l'origine du nom actuel. C'est dans cette rue, au numéro 23, que demeurait Edouard Tréhoux (1878-1952), le père des géants tournaisiens. Ebéniste, il y exerçait le commerce de meubles de style dans un immeuble à l'enseigne (toujours visible) du "Siècle de Louis XIV". A l'angle formé par la rue des Puits l'Eau et de la Triperie s'élève une imposante maison de style Louis XIV, datant de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle qui a fait l'objet d'importants travaux de restauration entre les années 2002 et 2005. Cordons à moulure traversant la façade et séparant les trois niveaux, ouvertures à linteau courbe et montants de pierre, châssis à petit bois, double toiture à coyau en tuiles plates, lucarne à croupe, briques recouvertes d'un enduit rouge, l'ouvrage a été confié par les propriétaires à l'architecte tournaisienne Pascale Béthume. Cette rénovation conservant l'authenticité de l'immeuble a obtenu le prix "Pasquier Grenier" 2005.

Nous quittons la rue des Puits l'eau et traversons l'important carrefour du Dôme qui va faire prochainement l'objet de transformations. C'est à cet endroit que sera réalisée une desserte-minute, quai de débarquement et d'embarquement pour les cars de touristes. Une marquise en verre protègera les visiteurs dès la descente des véhicules de transport. Celle-ci sera accrochée à la façade de l'immeuble, surmonté d'un dôme, qui fut successivement occupé par les magasins "A la Vierge Noire", "Unic", le service des contributions du Ministère des Finances et actuellement par un magasin spécialisée en télé-communciation.

Nous pénétrons dans l'un des plus vieux et des plus populaires quartiers de Tournai, le "quartier Saint-Piat". Nous l'abordons en empruntant la rue des Clairisses. En 1628, l'ordre des Clairisses reçut l'autorisation d'établir une maison dans la cité des cinq clochers. Les Clairisses acquirent le refuge de l'abbaye de Marchienne, située dans la rue Saint-Piat et s'y installèrent en 1630. C'est à partir de ce moment que le tronçon de la rue Saint-Piat situé entre la rue des Jésuites et le carrefour du Dôme prit le nom qu'on lui connaît aujourd'hui. Si dans les écrit de l'année 1470, on la nomme "Grant rue Saint-Piat", en 1780, on trouve déjà dans les archives le nom actuel. C'est dans cette rue que se trouvait naguère la Manufacture Royale de Tapis. C'est, en effet, la maison Piat Lefebvre et fils qui s'y installa en 1812 en transférant son siège dans le bâtiment abandonné par les religieuses lorsqu'elles reçurent la signification de la suppression de l'ordre par le décret de Joseph II. L'édifice fut totalement transformé par l'architecte Bruno Renard. Une partie du bâtiment ancien est actuellement occupée par le Cercle Artistique. Au début du XXe siècle on y organisa de nombreuses et somptueuses expositions de peinture, sculpture... 

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière  et revue de l'asbl Pasquier Grenier de mars 2005)

17/06/2011

Tournai : le Pont des Trous, saga tournaisienne.

Après les deux articles précédents intitulés "le procès du Pont des Trous" parus en ce début du mois de juin, l'Optimiste entame une série qui reviendra au gré de l'actualité : "la saga du Pont des Trous".

L'enquête publique a été clôturée ce mercredi 15 juin. Les défenseurs du Pont des Trous comme les partisans de sa transformation ont pu s'exprimer et ils n'ont pas manqué de le faire. On pourrait croire que le débat se résume à ces deux positions bien tranchées, toutefois, la presse locale se fait l'écho d'une troisième vision de l'avenir de l'Escaut dans la traversée de la ville des cinq clochers.

"Les Amis de la Citadelle" qui se proclament, à juste titre, défenseurs du patrimoine historique de Tournai, ont lancé une pétition qui a récolté 504 signatures. Leur vision a le mérite d'être claire : pas question de toucher à une seule pierre du Pont des Trous, ils préconisent la solution d'un détournement sur la rive droite. La tour du Bourdielle se dresserait alors sur une île conservant quelques plantations, Tournai aurait comme Paris, sa (toute) petite île de la Cité.

D'autres associations ne s'émeuvent pas à l'idée d'élargir l'arche centrale, c'est le cas de l'asbl Pasquier Grenier, défenseur du patrimoine immobilier de la ville. Pour son Président, si le Pont des Trous, véritable icône aux yeux des amoureux de la ville, doit absolument conserver ses deux tours, la partie centrale n'a qu'une valeur sentimentale importante mais non archéologique.

Pour un autre Tournaisien, Mr. B. Dochy, les trois arches centrales ont déjà fait l'objet d'une reconstruction après la seconde guerre mondiale, à cette occasion, l'arche centrale a déjà été élargie et l'ensemble du pont a été réhaussé de 2m40. Pour lui, créer un contournement par le creusement d'un canal sur la rive droite serait une aberration urbanistique en apportant une destruction du cadre urbain.

Le Courrier de l'Escaut propose dans son édition de ce 16 juin, une projection photographique des deux options. Si on peut avoir une idée précise de ce que représenterait le contournement, par contre, dans le cadre de l'élargissement, il ne conserve pas les deux arches latérales et réduit le projet à une seule arche reliant les deux tours du pont, de quoi faire un peu plus bondir les défenseurs de ce témoignage historique.

Une troisième opinion a été émise, elle émane d'un habitant de Tournai, ancien batelier, qui lui souhaite qu'on ne modifie rien et les arguments qu'il avance sont bien proches de ceux de l'Optimiste. "Le secteur de la batellerie est en crise, le chômage y est important (les jeunes hésitent à reprendre le bateau familial), le gabarit actuel de l'Escaut est largement suffisant pour le transport des marchandises qui s'y effectue". Il est absurde, pour lui, de vouloir accueillir des bateaux du type rhénan dans la traversée de Tournai.

Quelle que soit la solution choisie, le Pont des Trous et son contournement ne représentent qu'un maillon du problème qui va se poser, le bouchon entre le Pont-à-Pont et le Pont de Fer devra aussi faire l'objet d'une étude et de modifications, l'augmentation du trafic fluvial obligera les automobilistes tournaisiens à s'adapter car, et cela est mis en exergue par Mr. Dochy, le pont levant Notre-Dame sera levé plus souvent. L'axe de circulation de la gare à la Grand'Place sera mis en péril. Le contournement amènera également la modification de la structure du Pont Delwart créant des problèmes de circulation sur la ceinture des boulevards. Les écluses en amont (Antoing) et en aval (Kain) devront être reconstruites. Pour deux trois chefs d'entreprise qui rêvent de faire transporter les pierres sur ces immenses péniches et pour quelques économistes qui font miroiter un eldorado pour la ville faut-il lâcher la proie pour l'ombre ? La question est là mais... personne ne semble vouloir se la poser. Quel bénéfice Tournai va-t-il retirer de l'élargissement de l'Escaut ? Quel argent tombera dans l'escarcelle communale ? L'élargissement du fleuve amènera-t-il des milliers de touristes supplémentaires pour venir admirer nos trésors ? Certains me qualifieront peut-être de rétrograde, à ceux-là je réponds que je suis réaliste !

Car qu'on ne vienne surtout pas mettre sur le tapis, l'argument d'une augmentation très sensible de l'économie tournaisienne quand on voit que pour le projet de carrière sur la rive gauche, ces mêmes multinationales basées à l'étranger préfèrent conserver l'usine de transformation à Obourg (Mons) et y transférer, quotidiennement, la matière extraite par train et accessoirement par bateaux. On pouvait créer des emplois à Tournai, cela ne sera pas mais en attendant on aura fait main basse sur un gisement assurant la pérennité du groupe pour une septantaine d'années.

Il y a deux ou trois décennies, Tournai a fait le choix du développement du tourisme, pour cela les habitants de la cité, principalement les commerçants, endurent depuis deux ans et aux moins pour deux ans encore d'importants chantiers et certains quittent le centre-ville pour la périphérie ou mettent tout simplement la clé sous le paillasson.

Comment va évoluer le dossier ? L'administration communale doit transmettre après cinq jours maximum les remarques émises lors de l'enquête publique à la Région Wallonne. Le collège va-t-il émettre un avis par rapport à l'une ou l'autre des options. Il semble que, là aussi, tout le monde ne soit pas sur la même longueur d'onde mais peut-être que la sacro-sainte discipline de parti va faire pencher la balance vers l'une ou l'autre solution. A moins que les responsables tournaisiens, soucieux de bien défendre les intérêts des citoyens, se demandent réellement dans quelle galère la ville de Tournai va se fourrer en acceptant la mise à grand gabarit de l'Escaut sachant que la Lys qui rejoint l'Escaut est, elle, déjà presque navigable pour ces grandes péniches.

Les autoroutes A8 et E42 ont apporté une liaison directe avec la ville des cinq clochers et ses zones industrielles et sont favorables au tourisme, mais l'Escaut à 2.500 tonnes (voire 3.000 tonnes) n'apportera rien de plus que la liaison TGV qui a été construite voici quelques années. Comme les vaches, les Tournaisiens regardent filer les trains, comme les crabes, ils verront passer les bateaux !

L'Optimiste pense que beaucoup d'eau coulera encore sous le Pont des Trous avant qu'un projet soit adopté, à moins qu'il ne soit imposé par une volonté extérieure !

(sources des informations : le Courrier de l'Escaut)

23/03/2011

Tournai : destins différents !

Encore un titre mystérieux, me direz-vous, deux mots pour appâter le lecteur !

En évoquant, dans un article récent, l'état déplorable de l'église Sainte-Marie-Madeleine, je n'ai pu m'empêcher de songer aux destins différents de deux autres édifices religieux désaffectés : l'église Saint-Nicolas et celle des Pères Rédemptoristes que les Tournaisiens appelaient les "Pères au quai" puisque les clochers de celle-ci se miraient dans les eaux de l'Escaut.

L'église de Saint-Nicolas, aussi parfois désignée sous le nom d'église du Château, s'appelait en réalité à l'origine Saint Nicolas du Bruille. On situe sa construction durant le moyen-âge et certains historiens la date de la fin du XIIIe siècle. Elle se compose de trois nefs et d'un choeur sans carole. Au fil du temps quelques chapelles y ont été ajoutées. L'environnement ayant été relevé les bases sont enterrées à plus d'un mètre. A l'angle de la rue du Château et de la rue du Curé du Château, un jardinet entouré d'une grille la jouxte. Vue de la place Verte, son clocher penche légèrement vers le Nord. Exemple de l'art gothique scaldéen, elle a été restaurée après la seconde guerre mondiale mais désaffectée au culte, il y a environ 45 ans. Laissée à l'abandon, elle est, elle aussi, devenue un refuge pour les colonies de pigeons sauvages. Le temps et les vandales ont aussi apporté leurs lots de dégradations. Etant plus basse que la rue, elle est sujette à des infiltrations d'eau et à de l'humidité ascensionnelle, le jaillissement d'une eau claire venant probablement d'une source a été constaté à l'endroit où des dalles de sol étaient manquantes dans le bas-côté gauche. La pompe automatique qui, jadis, évacuait l'eau a depuis bien longtemps disparue, les boiseries murales on été attaquées par l'humidité et par endroit le bois commençait à pourrir. Des vitraux ont été cassés, des vols y ont été constatés. L'inoccupation des lieux condamnaient à moyen terme l'édifice religieux et lui réservaient le sort funeste de sa consoeur de la Madeleine.

A la naissance de la Fondation de la Tapisserie, celle-ci a occupé l'église, durant quelques temps, lui redonnant un semblant de vie et permettant un meilleur entretien de l'intérieur. Lors de la première triennale, le lieu fut accessible aux visiteurs qui la redécouvrirent, ouverte pour la première fois depuis des décennies, nettoyée de la poussière et des fientes d'oiseaux qui en avaient fait leur repère, presque pimpante ornée de ces oeuvres de tissu multicolores. Quand la Fondation de la Tapisserie trouva refuge dans le musée de la place Reine Astrid (photo 19 de la colonne de gauche), l'église se rendormit. Il y a quelques années, l'asbl Pasquier Grenier l'occupa pour organiser, durant quelques jours, dans ce lieu hautement symbolique, une exposition de photos présentant les immeubles et édifices remarquables de Tournai pour lesquels un sauvetage ou une rénovation seraient nécessaires. Un public nombreux s'y pressa.

Grâce à l'action du Doyen de Tournai, l'église a été offerte aux fidèles orthodoxes qui étaient à la recherche d'un lieu de culte en ville. J'ai eu l'occasion, un dimanche matin, de pénétrer et de voir l'amélioration apportée au bâtiment, le culte orthodoxe donnant toujours un riche décor à son église. Des chants aux voix graves y montaient faisant à nouveau vibrer les vieilles pierres. L'occupation de l'église est importante, elle permet de la maintenir plus ou moins en état et de la sauvegarder. Hélas, le jardinet, refuge de plantes sauvages, reste un véritable dépotoir où, récemment encore, une personne sans scrupules a jeté, par-dessus la grille, un matelas en bien triste état !

Nous verrons dans le prochain article que l'église des Pères Rédemptoristes a connu bien des tourments depuis sa fermeture au culte au début du XXIe siècle.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, article parue dans le numéro 67 de l'asbl Pasquier Grenier)