27/07/2012

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (8)

Septième balade en Wallonie picarde, tout le long de la frontière française.

Cette septième escapade en Wallonie picarde sera très courte et nous resterons en permanence à moins de quinze kilomètres de distance de la cité des cinq clochers.

Par la chaussée de Valenciennes qui relie Tournai à la ville nordiste en passant par Saint-Amand-les-Eaux, nous nous dirigeons vers l'entité frontalière de Brunehaut. Le nom de cete commune est apparu lors de la fusion de 1977 au moment du regroupement des communes de Bléharies, Laplaigne, Rongy, Guignies, Hollain, Howardries, Lesdain, Jollain-Merlin et Wez-Velvain. Son territoire s'étend sur 46 km2 et sa population s'élève à environ 8.000 habitants. L'entité de Brunehaut est jumelée avec les villes françaises de Sallenelle et Amfreville situées dans le Calvados et Aubigny-en-Artois dans le Pas-de-Calais.

C'est un monolithe situé à la croisée des chemins reliant Bléharies à Jollain et Hollain à Lesdain, "la pierre Brunehaut" qui donna son nom à l'entité. Ce mégalithe de grès se dresse au milieu des champs. D'un poids de plus de 20 tonnes, il mesure plus de 4 mètres de haut et est enterré de deux mètres dans le sol, ce qui lui fait une hauteur totale de plus de 6m25. Sans l'aide d'une puissante grue, ce menhir ne pourrait être soulevé sans...potion magique !

A Bléharies, on ne manquera pas de visiter l'église Saint-Aybert et d'admirer la maison communale située à proximité, ces deux bâtiments ont été érigés sur des plans d'Henri Lacoste, un architecte dont la biographie est déjà parue sur le blog.

Avant d'arriver à Bléharies, nous avons traversé le village d'Hollain connu dans toute l'Europe pour son "Artifoire" (la foire aux artisans) qui se déroule chaque année durant les jours qui précèdent ou suivent le 21 juillet. Pendant cet évènement qui attire des milliers de visiteurs, la place Verte est occupée par une cinquantaine d'artisans qui, en activité, montre tout leur savoir-faire dans les domaines les plus divers (sculpteurs sur bois, dentellière, souffleurs de verre, tailleurs de pierre, artisans du cuir, graveurs sur verre ou sur bois...). On y trouve également des producteurs de produits de bouche, une exposition de peintres, photographes et dessinateurs locaux, on peut même y déguster, à l'ombre d'un chapiteau ou sous les frondaisons des arbres, les bières artisanales de la brasserie de Brunehaut. Quelques manèges sont le rendez-vous incontournable des enfants. Chaque année, une région du monde est mise à l'honneur, elle y amène ses artisans, son folklore, ses danses, ses chants et ses produits régionaux. En 2012, la Galice (Espagne) a succédé à l'Ombrie (Italie) en 2011, à Varna (Bulgarie) en 2010 ou à la Lettonie en 2009. 

Originaire d'Hollain, le dessinateur Serdu (de son vrai nom Serge Duhayon), professeur durant quarante années en arts plastiques, croque l'actualité depuis plus de cinquante ans et ses dessins ou caricatures humoristiques ont été publiés dans presque tous les journaux et hebdomadaires belges (Pourquoi pas, le Vif l'Express, Télé-Pro, la Dernière Heure ou Trends Tendance). Ce qu'on sait peut-être moins de lui, c'est qu'il est non seulement un des fondateurs de l'Artifoire mais aussi de l'APPER (l'Association de Parents pour la Protection des Enfants sur les Routes), une action initiée après la mort de sa fille ainée âgée de deux ans et demi fauchée sur un trottoir par un automobiliste. Serdu participe chaque année à l'Artifoire d'Hollain, son village, et réalise les portraits des visiteurs qui veulent bien garder la pose pendant quelques minutes. 

Nous quittons Hollain et empruntons une petite route qui serpente dans les pépinières pour parvenir à Lesdain, village qui peut s'enorgueillir du titre de "premier centre wallon de la pépinière de pleine terre" et dont un autre produit a aussi fait la réputation : la fraise. Pourtant à l'époque romaine sont nom de "Landain" désignait une lande, une terre inculte couverte de bruyères située à l'orée d'une forêt. C'est en 1830, à l'époque de la naissance de la Belgique, que les agriculteurs locaux commencèrent à y cultiver des plantes et vingt ans plus tard y entamèrent la culture des arbres fruitiers. Actuellement, le "groupement des pépiniéristes de Lesdain" compte une vingtaine de membres produisant non seulement la célèbre fraise mais aussi les arbres ornementaux et fruitiers. Un circuit pédestre long de six kilomètres vous permettra de parcourir ces étendues d'essences différentes. Chaque année, en septembre, le groupement organise la "Fête de la Rose", une occasion de partir à la découverte du village, de son église néo-romane entièrement fleurie, de ses expositions de roses et de fleurs et d'effectuer une visite des pépinières en petit train touristique ou en chariot. 

Jollain-Merlin résulte d'un ancienne fusion de deux villages appartenant à un même seigneur. En mai y est organisée la "Marche des Fraises".

En quittant Bléharies et en longeant la frontière française, après la traversée d'un bois qui se parent de milliers de jonquilles au printemps, nous parvenons dans le tout petit village d'Howardries, quelques familles y résident autour de l'église Sainte-Marie-Madeleine. Chaque année, en mars, le village est envahi par des milliers de marcheurs venus participer à la "Marche des Jonquilles", un évènement qui connaît une importante notoriété parmi les adeptes du premier sport auquel l'homme peut participer tout naturellement. Pas très loin de l'église coule l'Elnon, un petit ruisseau qui détermine la frontière entre la France et la Belgique, endroit privilégié des fraudeurs au temps où les douaniers pourchassaient encore ceux qui "passaient" de l'alcool, du tabac et autres produits dont le prix était plus avantageux sur l'autre territoire. Le petit village possède aussi l'ancien château et le mausolée des Comtes du Chastel de la Howardries.

En le quittant, nous nous dirigeons vers La Glanerie, autre village frontalier qui jouxte celui de Mouchin en France, là aussi c'est l'Elnon qui représente la ligne de démarcation entre les deux pays. La Glanerie fait partie de l'entité de Rumes. 

Rumes, situé à environ dix kilomètres au sud de Tournai, s'étend sur 23,7 km2 et compte près de 5.000 habitants en regroupant le villages de Taintignies et de La Glanerie. On nomme Rumes, "le village des Machons" (maçons) tant la réputation de ses habitants était grande en matière de savoir-faire en construction de bâtiments. Souvent ouvriers frontaliers, ils ont bâti autant de maisons dans le Tournaisis que dans le Nord de la France. Il y a quelques années, le village s'est doté d'un géant et l'a tout simplement représenté sous les traits de "Gaston, l'machon", celui-ci participe à de nombreux cortèges et cavalcades en Belgique mais aussi en France. Lors de la seconde guerre mondiale, Rumes a été déclaré "premier village belge libéré", en effet, le 2 septembre 1944, à La Glanerie, c'est en franchissant le petit pont sur l'Elnon que le premier motocycliste américain a fait une brève incursion sur le territoire belge, le lendemain les troupes américaines entraient dans le pays et libéraient Rumes avant de se diriger vers Tournai. Depuis 2009, à proximité de l'endroit où il est entré, au carrefour de la route menant à Howardries, un motard de l'armée américaine, oeuvre du sculpteur Eric Dupon de Haringue, semble scruter les alentours pour s'assurer que tout est calme. 

Sur ce même site de l'Elnon, se tient à la mi-août, "la Fête de la Moisson à l'ancienne", durant laquelle hommes, chevaux, anciens tracteurs et ancêtres des batteuses modernes transportent les visiteurs quelques décénnies en arrière et rappellent qu'à cette époque d'avant la mécanisation à outrance, c'était un moment de vie important du village, le point d'orgue d'une saison de culture, auquel tout le monde participait.

Quelques semaines plus tard, à la fin du mois de septembre, Rumes organise la "Fiête d'el Penn'tière d'ichi" (la fête de la pomme de terre de chez nous) au cours de laquelle on peut déguster des plats à base de cette tubercule, assister au cortège carnavalesque emmené par Gaston, l'Machon, participer à un souper campagnard et à un bal champêtre et visiter l'église Saint-Pierre, de style néo-roman, reconstruite en 1784, appartenant jadis à l'abbaye de Saint-Amand, dont le choeur gothique conservé, abrite le "mausolée des comtes de Beauffort", seigneurs du lieu, un des membre ayant été le conseiller de Charles-Quint. 

En reprenant la Nationale venant de Douai et Orchies en France, nous regagnons la cité des cinq clochers après cette brève mais enrichissante balade dans ce petit coin de Wallonie picarde.

(je remercie Jacqueline D. et Jean Luc D. pour des précisions reçues en ce qui concerne une info erronée)

(S.T. juillet 2012)