28/12/2008

Tournai : la Royale Compagnie du Théâtre Wallon Tournaisien (1)

Le Tournaisien est fier de son patois picard et il ne manque aucune occasion de le célébrer. Repas de familles, mariages, fêtes de sociétés, il y a toujours un convive pour se lever et entamer "l'maclotte" de Fernand Colin, "On minche bin à Tournai" de Georges Delcourt, "les gosses de Tournai" d'Henri Thauvoye ou, comme très bientôt, "L'lapin du lindi perdu" d'Albert Coens. La Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien vient de fêter ses 101 années d'existence et continue à drainer les foules lors de chacune de ses apparitions. Au-delà de cette vénérable institution, la ville a compté et compte encore encore de nombreuses troupes théâtrales s'exprimant dans le patois local.

Parmi elles, nous ferons connaissance aujourd'hui avec le Royal Théâtre Wallon Tournaisien créé par Arthur Hespel. Ce Tournaisien dans l'âme est né le 16 juillet 1863. Son père exerçant la fonction de machiniste au théâtre communal, le jeune Arthur sera très tôt plongé dans l'ambiance du théâtre et attiré par la scène. Il ne recevra pourtant pas une très longue instruction et va s'installer comme cordonnier. A l'âge de 20 ans, il écrit ses premières pièces, auto-didacte, c'est en suivant son père dans les coulisses qu'il a appris les subtilités de l'art théâtral. A peu près à cette époque, vers 1888, le cercle tournaisien de littérature wallonne va être fondé, on y retrouve Achille Viart, Ernest Ponceau et Adolphe Wattiez, dès 1892, les premières pièces signées par Arthur Hespel y sont représentées. Hélas, le cercle ne durera guère et après sa disparition en 1897, Arthur Hespel va fonder sa propre compagnie, le Théâtre Wallon Tournaisien qui naît le 3 avril 1898.

Au sein de cette compagnie, Arthur Hespel sera un véritable "homme-orchestre" cumulant les fonctions d'auteur, d'acteur, de directeur et de régisseur. De son mariage naîtra, le 16 octobre 1902, un fils prénommé Edgard. L'élan est donné, jusqu'à sa mort Arthur Hespel n'arrêtera plus d'écrire, créant une septantaine d'oeuvres qui seront interprètées partout en Wallonie. Dès 1897, les oeuvres d'Arthur Hespel paraîtront dans les éditions des "Chansons populaires tournaisiennes" éditées par la Maison Vasseur et Delmée, elles seront également présentes dans les "Etrennes Tournaisiennes" de 1910 et reprises régulièrement dans la gazette bi-mensuelle, "Les cheonq clotiers" (les cinq clochers). En 1907, on le retrouvera bien evidemment parmi les membres-fondateurs du Cabaret Wallon Tournaisien. Le 3 septembre 1912, le théâtre Wallon Tournaisien remporte, le plus prestigieux des prix, celui du roi, au concours dramatique wallon du Hainaut à Charleroi avec la pièce "Eine collectieon d'crampeons" (en tournaisien un crampon, est une personne qui s'incruste, qui ne vous lâche jamais), un vaudeville écrit douze ans auparavant.

 Durant toute son existence, il produira des comédies, des vaudevilles, des revues, des opérettes, des opéras-comiques et même des comédies dramatiques. Parmi celles-ci, citons au hasard : les comédies, "Ein voyache à Bruxelles" (1892), "L'intierr'mint d'Crédit" (1894), "Ein scandale" (1898), "Mimi Picheon" (1902), "Parrain sans peos d'chuque" (1911), "L'mariache de m'bieau père" (1927)... les revues : "Aux cheonq clotiers" (1898), "Tournai Vivant" (1902), "Tournai-kermesse" (1904), "Au Congo" (1908), "Tout passe in r'vue" (1910), "Tout r'naît" (1919), "cha ch'est breyoux" (1922) ainsi que les opéras-comiques : "L'dreot d'ainesse" (1904), "L'amour au villache" (1912), "Quand l'amour s'en mêle" (1919), "Ein lindi perdu" (1926) ou "Chômeurs ingénieux" en 1932.

C'est le 18 décembre 1832 que la compagnie deviendra le Royal Théâtre Wallon Tournaisien. En 1937, Arthur Hespel écrira encore deux pièces : "Du bateon à deux bouts" et "L'abbé Germain", oeuvre inachevée à sa mort qui survient le 27 mars, elle le sera par son fils Edgard qui reprendra le flambeau. Nous le verrons dans le prochain article...

Toutefois, comme pour les DVD désormais la mode est aux bonus, l'Optimiste vous en offre un en guise d'étrennes : la description du programme de "Faut jamés dire fontaine", la 50e comédie d'Arthur Hespel, créée le mercredi 11 septembre 1935. Il nous renseigne que le Royal Théâtre Wallon Tournaisien est dirigé par Arthur Hespel, officier d'Acédémie, Chevalier de l'Ordre de Léoplod II, le scénario y est transcrit en entier, une habitude que gardera la compagnie jusqu'à sa disparition. Quelques publicités sont présentes : "La Source des Mottes" à Froyennes vantant son restaurant normand, son bodéga, son aquarium lumineux, ses jeux pour petits et grands, son parc, son étang et ses canots, son buffet froid de 1er choix, le rendez-vous des familles pour y déguster 18 sortes de Bières Belges et Etrangères à 1000 m de la gare, de la grand'Place et du couvent de Passy (on ne semblait pas trop précis à l'époque). Le magasin "A la Vierge Noire", au coin de la rue Gallait et de la rue de la Tête d'Or, vêtements pour hommes, dames et enfants, tissus spéciaux pour vêtements de cérémonie, militaires et ecclésiastiques. Précision : le magasin est ouvert en semaine de 8 h du matin à 6h1/2 le soir ainsi que les dimanches et jours fériés de 8 h à midi ! La "Maison Walter Duvellier", grand choix d'articles pour fumeurs, maison de confiance fondée en 1889, spécialiste-pipier, atelier spécial de fabrication, réparations soignées, 5, rue du Curé Notre-Dame. La maison "Charles Gisler", successeur Paul Henrion, bijoutier-fabricant, 11, Grand'Place, horlogerie fine, atelier spécial de fabrication et de réparation. "Au Petit Suisse", Epicerie Vaernewyck, cafés torréfiés garantis de bon goût depuis le prix incroyable de 5f25 le 1/2 kilo, la maison porte à domicile ! ... Ces réclames peuvent faire sourire, elles sont le reflet d'une époque qui nous semble à nous bien lointaine. Certaines de ces maisons de commerce tournaisiennes sont aujourd'hui disparues !