01/03/2016

Tournai : la lente évolution de la rue de l'Hôpital Notre-Dame

Le rue de l'Hôpital Notre-Dame tire son nom de l'institution hospitalière dénommée "Hôtellerie de Notre-Dame" ou "Charité du Gué" qui y existait, probablement, dès le IXe siècle. A partir du XIIIe siècle, ce lieu de soin fut desservi par la congrégation des sœurs de l'Hôtellerie. Cette institution sera remplacée fin du XIXe siècle, par l'Hôpital Civil construit au boulevard Lalaing qui regroupa, déjà, certaines maisons de soins comme, également, les hôpitaux de Marvis et de la Planque. Cette rue rénovée récemment dans le cadre du projet cathédral est située sur l'axe principal qui relie la gare à la Grand-Place, elle fait jonction entre la place Paul-Emile Janson et l'Escaut à hauteur du pont Notre-Dame.

La rue à travers le temps.

1970 Tournai travaux pont Notre-Dame.jpgAu moyen-âge, cette voirie menait au vieux "wez", nom donné alors aux abreuvoirs pour animaux, ce qui lui amena l'appellation de "rue du Vieux Wez". Au XIXe siècle, dans un hôtel particulier situé à peu près au milieu de la rue, y habita la famille Crombez dont un des fils, Louis, sera bourgmestre de la ville de 1872 à 1883. En 1856, les trois frères Crombez (Louis, François et Benjamin) mirent cet hôtel familial à disposition du corps des volontaires-pompiers tournaisiens afin d'y installer leur arsenal. Lorsque l'hôpital Notre-Dame ferma ses portes, les bâtiments furent destinés à accueillir l'Académie de Dessin créée le 1er avril 1757 et située alors à Grand-Garde, elle prendra par la suite le nom d'Académie des Beaux-Arts.

Le cinéma Palace.

Avec l'arsenal des Volontaires-Pompiers et l'Académie des Beaux-Arts, voici la troisième institution tournaisienne située dans cette rue relativement animée : le cinéma Palace. En 1912, les bâtiments de l'école primaire supérieure située au n°17 de la rue de l'Hôpital Notre-Dame avec entrée secondaire à la rue de l'Arbalète sont vendus pour 50.000 francs à la société allemande Hanséatic pour la construction d'un cinéma. Celui-ci ouvrira ses portes le 25 août 1913. Repris après la première guerre par Julien Carpreau, il passera très vite sous la direction de Michel Vanden Broecke, un pâtissier de formation qui deviendra le "roi du spectacle " à Tournai, y organisant des soirées de music-hall, de théâtre, des bals et même des rencontres de boxe. Il accueillit les plus grandes vedettes de l'époque : le chanteur parisien Mayol, l'actrice Colette Darfeuil ou les héros cinématographiques, aujourd'hui oubliés, Double-Patte et Patachon.

Durant le second conflit mondial, Michel Vanden Broecke, mieux connu sous le nom de Chelmy, sera victime des bombardements de Bruxelles, ville où il avait émigré. C'est la famille Evrard qui était devenue propriétaire du bâtiment. Par succession, c'est leur fils Germain Evrard, dénommé "Germain du Palace" (NDLR :voir l'article que nous lui avons consacré), un garçon, malheureusement intellectuellement limité, qui devint le propriétaire. Les gestionnaires seront Mr et Mme Deblir. Le 16 mai 1940, le bâtiment fut détruit par les bombardements mais rapidement reconstruit. Les Deblir seront responsables du cinéma et en deviendront propriétaires à la mort de Germain Evrard en 1972. En 1976, le cinéma sera racheté par la famille Carpentier qui, après une brève fermeture, le transformera en Multiscope Palace, cinq salles remplaceront l'unique salle d'alors. Une trentaine d'années qui virent parfois la foule faire la file sur le trottoir lors de la projection de films à succès passèrent. Le dimanche 20 décembre 2005 sera celui de la dernière séance (si bien décrite dans une chanson d'Eddy Mitchell). Ce jour-là, le nom de Palace va disparaître du paysage cinématographique tournaisien pour renaître sous la forme du "Complexe Imagix" situé le long du boulevard Delwart.

Une mutation beaucoup trop lente.

2005 Tournai rue de l'Hôpital Notre-Dame.JPGDurant la seconde guerre mondiale, certaines parties de la rue furent relativement épargnées, ce qui explique que des bâtiments anciens y sont encore visibles. Hélas, la rue de l'Hôpital Notre-Dame, jadis commerçante et animée, se meurt. Est disparu le café "Le Phare", situé à l'angle du quai Notre-Dame, qui fut tenu dans les années soixante par Eudore Godart et son épouse, un coiffeur-perruquier, attaché au service de la revue annuelle du Cabarat Wallon Tournaisien. A fermé sa porte, le café "Le Vertigo" à l'angle de la placette du Bas Quartier (aussi anciennement dénommé l'Entracte), rasés le restaurant "Chez Pietro" qui avait succédé à un magasin d'encadrement, le cinéma Palace et les anciens locaux du Courrier de l'Escaut. Même le corps des Pompiers allait quitté son hôtel pour un nouvel arsenal situé dans la rue Perdue. Il ne subsiste actuellement qu'un terrain vague entre la rue de l'Arbalète et la place Paul-Emile Janson. Le trottoir d'en face n'a rien à envier : la pharmacie "Multi-Pharma", ancienne Maison des Mutualistes, a été transférée, la salle de jeux a fermé ses portes après avoir connu un drame lors du meurtre d'un jeune homme, le magasin de laines pour canevas est devenu une maison particulière...

Il reste une commerce de torréfaction de café dont l'enseigne s'intitule "Aux scènes bibliques". Le bâtiment est, en effet, décoré de sculptures en haut relief représentant des scènes tirées de la Bible comme la Samaritaine, l'enfant prodigue, le jugement de Salomon... Il reste également le "Beau Bar", un bar fréquenté par des personnes en difficulté ou ayant des difficultés à s'intégrer dans la société, un salon de coiffure, une armurerie, l'école des Beaux-Arts avec son extension pour les cours du soir dans l'ancien couvent situé en face et quelques maisons particulières occupées par des étudiants qui leur donnent l'impression de maisons inoccupées où pendent, aux fenêtres, des draps ou couvertures en guise de rideaux.

A l'angle du quai du Marché aux Poissons, l'immeuble appartenant aux Voies Hydrauliques occupé, au premier étage par le pontonnier chargé de manœuvrer le pont, est le seul endroit qui donne une impression de vie, le soir.

L'avenir ???

La rue vient donc d'être rénovée au même titre que les autres voiries du quartier cathédral. Mise en sens unique vers l'Escaut depuis sa réouverture à la circulation, les rares automobilistes qui l'empruntent ignorent et surtout feignent ignorer que la vitesse y est limitée à 20km/h, le panneau annonçant un espace partagé entre véhicules et mobilité douce le signalant pourtant. Certains feignent aussi ignorer que les stationnement des véhicules n'y est pas autorisé et squattent les parties légèrement surélevées symbolisant l'idée des trottoirs anciens. On voit souvent des chauffeurs, principalement ceux de services de livraisons expresses, la descendre sans relever le pied. Il faut dire à leur décharge que la rue de l'Hôpital Notre-Dame donne actuellement l'aspect d'une large voirie sans vie, comparable a celui des rues au temps des dimanches sans voiture. Rien n'est fait non plus pour la rendre attractive, ce ne sont pas les trois bacs fleuris (!) posés face à l'Académie des Beaux-Arts et parfois bien bousculés qui peuvent, un tantinet, l'égayer. La fermeture du lieu d'enseignement artistique et des deux ou trois commerces qui y subsistent durant le week-end et lors des vacances scolaires amplifie même cette morne impression.

Dans quelques semaines débutera le chantier de construction d'un immeuble à appartements à l'emplacement de l'ancien siège du Courrier de l'Escaut, on nous annonce un rez-de-chaussée commercial. Encore faut-il qu'un commerce durable vienne s'y installer sinon il faudra encore louer les lieux à un magasin de nuit !!!! Pendant ce temps, le terrain vague où s'élevaient jadis le cinéma Palace et le restaurant Chez Pietro rappelle les images du Tournai d'après-guerre et de ses ruines.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A-F-J Bozière, ouvrage paru en 1864, "Tournai sous les bombes", ouvrage d'Yvon Gahyde paru en 1974, "Tournai, les Toiles oubliées" ouvrage de Max Hovine sur les cinémas tournaisiens paru en 2006, recherches personnelles - documents photographique 1 : presse locale, document 2: collection personnelle).

S.T. mars 2016.

11/08/2008

Tournai : l'année 1970 sous la loupe (2)

Dans la continuïté de la décennie précédente, l'année 1970 voit apparaître d'autres grands projets de rénovations pour Tournai. Dès le mois de janvier, on procède à la démolition des Moulins Lefebvre, imposants bâtiments situés le long du jardin de la Reine, à deux pas du Pont des Trous. A la place sera érigé un nouvel immeuble à appartements, pendant de la "Résidence Europe" nouvellement construite, celui-ci sera baptisé "Résidence Roi-Soleil". Des projets fantaisistes verront aussi le jour, tel celui du remplacement de la salle des Concerts par une tour d'une hauteur de 50 mètres comprenant des bureaux et des appartements ou encore le déménagement du Palais de Justice au Boulevard du Roi Albert.

Lors des travaux de rénovation de l'église Saint Piat, on découvre, durant le mois d'avril, les vestiges de premiers sanctuaires chrétiens à Tournai. On constate à cette occasion, comme c'est souvent le cas, l'existence de deux ou trois églises antérieures datant, probablement, des époques mérovingiennes ou carolingiennes. Le samedi 11 juillet, le corps des Sapeurs Pompiers et la centrale de secours "900" déménagent. Ils quittent le vétuste hôtel de la place Saint Pierre pour un arsenal "flambant " neuf à la rue Perdue. L'inauguration officielle de la nouvelle caserne se fera, en décembre, lors de la fête de Sainte Barbe, patronne des artilleurs, traditionnellement fêtée par les hommes du feu tournaisiens.

Le dimanche 11 octobre, les citoyens se rendent aux urnes pour élire le nouveau conseil communal. Les élections voient la victoire du P.S.C. (Parti Social Chrétien) qui remporte 8 sièges, devant le P.C. (Parti Communiste)  qui obtient 7 sièges (grâce à son chef de file André Delrue) tandis que le Parti Socialiste et le Parti Libéral comptent chacun 4 siège. Le Rassemblement Wallon qui participe également à ces élections n'atteint pas le score lui permettant d'avoir un élu. Le PSC reste donc en position dominante pour le choix de la nouvelle majorité qui sera mise en place au 1 janvier 1971.

Terminons par une rubrique "faits divers". Un important cambriolage a lieu le samedi 17 janvier. Une bijouterie, alors située au n° 32 de la rue des Puits l'Eau, en est la théâtre. Vers 19h, les propriétaires ferment le magasin et se rendent dans un café voisin, comme ils en ont l'habitude. De retour une heure plus tard, il constate que la bijouterie a été dévalisée et qu'un butin estimé à environ 3 millions de Fb (75.000 Euros) a été emporté par un ou des cambrioleurs. Le mafaiteur est arrivé sur les lieux en traversant un terrain vague situé à l'arrière de l'immeuble, dans la rue des Panniers, a escaladé la façade, s'est introduit par une fenêtre de l'étage et est probablement reparti par le même chemin. Dans les jours qui suivront, des malfrats seront arrêtés mais relâchés faute de preuve. A la fin de l'année, un autre cambriolage important sera perpétré dans une maison du quartier Saint Jacques, de l'argent et des bijoux seront emportés, là aussi en l'absence des habitants de l'immeuble. ... Dans le prochain, nous verrons que l'année 1971 fut, elle aussi, riche en évènements culturels et sportifs.