03/04/2017

Tournai : Amédée Coinne, héros oublié comme tant d'autres !

Amédée Coinne, un devoir de réhabilitation.


1940 Amédée Coinne.JPGLes conflits qui eurent lieu durant le XXème siècle ont révélé le courage et le dévouement d'hommes et de femmes engagés dans un combat, le plus souvent discret, afin de débarrasser le sol natal d'un ennemi. Ils ont donné naissance à des héros anonymes qui ont bien souvent laissé leur vie au service de leur pays. Les années succédant aux années, leurs actes de bravoure ont sombré peu à peu dans l'oubli. Les livres d'histoire n'évoquent que très rarement leur mémoire et sur les immeubles qu'ils habitaient aucune plaque ne rappelle leur sacrifice. Ce sont des héros oubliés dont le souvenir n'existe plus qu'au sein de leurs familles.

Me plongeant dans l'histoire familiale, j'ai pu reconstituer, il y a bien longtemps déjà, l'histoire d'un cousin de mon grand-père maternel. Il s'appelait Amédée COINNE.

Amédée Coinne était né en août 1897. Il avait épousé Valentine Foulon et, lorsque la seconde guerre mondiale éclata, le couple demeurait au n°94 de la chaussée de Roubaix à Tournai.

Jusqu'en 1939, Amédée Coinne, militaire de carrière, était fourrier au 3e Chasseur. Au sein de l'armée, on désignait sous cette appellation, un sous-officier chargé du cantonnement des troupes et du couchage, de la distribution des vivres et des vêtements. Lors du dédoublement du 3e Chasseur, il fut affecté au 6e Chasseur et avec ce bataillon, il participa à la campagne des dix--huit jours. 

Revenu à Tournai, au début de l'année 1941, il mit rapidement sa maison de la chaussée de Roubaix à la disposition de la "Phalange Belge", un groupe de résistants assermentés fondé en octobre 1940. Ce groupe fusionnera, en cette année 1941, avec la "Légion Belge" qui deviendra par la suite "l'Armée Secrète".

Au sein de ce groupe, Amédée Coinne collabore tout d'abord à la diffusion de la presse clandestine. Sous le pseudonyme de "Médée", il stigmatise ceux qui sont entrés en collaboration avec l'ennemi. Il distribuera également "La Libre Belgique" et "Le Vigilant".

Il deviendra le spécialiste des petits sabotages en semant des clous sur le parcours des camions allemands, retardant ainsi quelque peu leur avancée. Il y eut ainsi durant la guerre de nombreux petits gestes du genre qui empoisonnaient le déroulement des opérations programmées par l'occupant.  

Son dévouement à la cause de la résistance le fera repérer par l'Intelligence Service qui le recrutera en qualité d'agent du Service de Renseignement et d'Action (le S.R.A). Il sera agent de liaison entre la région de Tournai et les groupes du Nord-Pas-de-Calais.

En 1942, les Allemands imposent le Service de Travail Obligatoire (le S.T.O.). A Tournai, celui-ci sera installé dans un immeuble de la rue Duquesnoy (pratiquement en face des bâtiments de l'Athénée Royal). Amédée Coinne parvient à y recruter deux employées et, en quelques mois, plus de 400 dossiers vont être falsifiés. De plus, le réseau aura connaissance de lettres anonymes de dénonciation ce qui permettra d'exfiltrer les personnes menacées. Le résistant n'attire pas l'attention de l'occupant. Aux yeux des Allemands, Amédée Coinne est un simple employé du Secours d'Hiver dont les magasins aident les plus démunis par la distribution de vêtements, de vivres ou de charbon. Comme cette organisation a été créée avec l'accord des Allemands, certains à Tournai y voient un repaire de collaborateurs. On prononce parfois la phrase "Secours d'Hiver, secours d'Hitler". Ceux qui propagent pareilles allégations au sujet de cette organisation humanitaire ne peuvent imaginer qu'elle sert également de couverture pour des résistants ! En décembre, il est recruté par le service Mill.

Son habitation servira de lieu d'hébergement pour les réfractaires au travail volontaire. C'est là également que la résistance sera en contact radio avec Londres. 

Amédée Coinne va être averti que l'occupant est à la recherche d'un certain Médée, l'employée de la rue Duquesnoy a été découverte mais avertie du fait, avec la complicité de la résistance, elle a quitté Tournai juste avant d'être arrêtée. Elle n'y reviendra que le conflit terminé.

Au courant de ces derniers développements, Amédée Coinne se méfie et décide de ne plus demeurer à la chaussée de Roubaix. Valentine, son épouse, restera seule. Un code établi entre eux va lui permettre de lui rendre visite de temps à temps. Un carton placé à la fenêtre lui prévient qu'il n'y a aucun danger.

Le 13 février 1944, il est présent à son domicile pour fêter son anniversaire de mariage. Durant le repas, on sonne à la porte, c'est la Gestapo et la G.F.P (Geheime Feldpolizeï, la police secrète allemande). Amédée Coinne voulant fuir par l'arrière de l'habitation est arrêté. Il a été dénoncé par une femme qui travaillait à la Kommandantur et à la Werbestelle. Valentine ne le reverra plus.

Il a été emmené à Arras, au Grand Hôtel du Commerce, quartier général de la Gestapo. Interrogé, il ne vendra jamais le réseau. Lors d'une tentative d'évasion, il sera gravement blessé à la tête et le 18 mai 1944, il est abattu avec onze autres résistants et enterré dans une fosse commune sans que son nom soit transcrit sur les sinistres registres allemands.

Après la fin de la guerre, la famille se mettra à sa recherche. A Arras, des anciens geôliers certifient qu'il faisait partie d'un convoi parti vers l'Allemagne durant le mois d'août 1944. L'espoir de le revoir vivant renaît et, qui plus est, un prisonnier français assure l'avoir croisé au camp de Belsen en septembre 1944. En 1945, un journal local annonce, sur base d'on ne sait quelle information, que la famille d'Amédée Coinne a reçu un télégramme lui annonçant sa présence dans le camp allemand. Hélas, en 1950, l'exhumation de douze corps des fossés de la citadelle d'Arras va mettre fin à l'attente et à l'espérance. Le 18 octobre, une étude du squelette, de la dentition, de la veste militaire belge, de la chevelure ondulée qui le caractérisait et de la trace d'une ancienne blessure, conséquence d'un coup de crosse reçu lors du premier conflit mondial, va permettre d'identifier formellement sa dépouille.

Le samedi 21 octobre 1950, son corps sera rapatrié à Tournai et des funérailles nationales seront organisées le lendemain. La famille pourra enfin faire son deuil, elle avait longtemps espéré le revoir vivant. Amédée Coinne avait 47 ans lorsqu'il a été tué par la barbarie d'un régime heureusement vaincu ! 

tombe d'Amédée Coinne.JPG

La stèle d'Amédée Coinne au cimetière du Sud

Durant ma jeunesse, son histoire était souvent racontée lors des réunions de famille. C'était donc un devoir de mémoire pour moi de la conter à mon tour. Au travers de ce récit, c'est un hommage qui est rendu à ces anonymes qui, un jour, se sont levés contre l'occupant et ont travaillé à la perte de celui-ci ! Les jeunes qui vivent en paix depuis plus de septante ans grâce à ceux qui combattirent l'ennemi devraient parfois s'inspirer de leur patriotisme, eux qui sont le plus souvent absents des commémorations encore organisées en souvenir de ces héros. 

mémorial soldats 14-18 40-45.JPG

Pensées d'Emile Verhaeren à l'entrée de la pelouse du souvenir au cimetière du Sud. 

(sources : histoire familiale - journal le Nord-Eclair. Il est à noter que sa photo est également parue dans l'ouvrage de Pierre Bachy, professeur à l'Athénée Royal de Tournai : "Vie et Mort dans le Val de Verne" - photos S.T.).

S.T. avril 2017. 

20/12/2008

Tournai : "tante Gaby", Une héroïne de la résistance

Nous avons déjà eu l'occasion de vous parler de Gabrielle Petit, héroïne tournaisienne de la guerre 1914-1918. Celle dont nous évoquons aujourd'hui la biographie n'est pas native de la cité des cinq clochers mais le Tournaisis fut son rayon d'action lors de la seconde guerre mondiale.

Simone Ghisdal est née le 13 juillet 1898 à Renaix, ses parents étaient domiciliés dans le petit village de Cordes. Le 9 mai 1921, elle épouse Raoul Dumont de Saint-Sauveur qui décèdera rapidement. Veuve sans enfant, elle vient s'installer à Blandain. Elle y mène une vie paisible jusqu'à ce qu'éclate la deuxième guerre mondiale. Le 10 mai 1940, suite aux bombardements allemands sur la ville des cinq clochers qui firent de nombreuses victimes et rasèrent des quartiers entiers, elle laisse éclater sa colère, elle veut venger ces attaques honteuses contre des populations civiles. Elle commence donc par ravitailler les personnes entassées dans des convois ferroviaires au moment de l'exode (l'évacuation comme disent les Tournaisiens qui ont connu cette époque). Elle-même prend la direction du Pas de Calais avec la ferme intention de rejoindre la Grande-Bretagne. Mais la route est barrée par les soldats allemands et elle est contrainte de revenir dans la Tournaisis où elle fait oeuvre humanitaire en rôdant près des trains de prisonniers, récoltant leur courrier afin de le porter aux membres de la famille, aidant l'un ou l'autre à s'échapper. Action dangereuse également que cette vente de photos de Churchill et de De Gaulle au profit des Anglais installés dans la région. Elle entre alors dans la résistance et vend le journal clandestin "La Liberté".

En 1942, on la retrouve au sein de la "Légion belge". C'est à ce moment qu'elle prend le surnom de "Ma tante" ou "Tante Gaby". Elle accueille chez elle les personnes recherchées par la Gestapo. Avec son vélo, elle va parcourir quotidiennement des kilomètres pour récupérer des parachutistes anglais ou américains ou des compatriotes recherchés par l'occupant. En 1943, elle accompagne un agent officiel des renseignements traqué et le conduit jusqu'à Montauban en passant par Paris, Dijon, Dôle et Montpellier. Revenue à Blandain, elle apprend qu'elle est recherchée et trouve refuge tout d'abord chez le docteur Delbecque à Rumes puis à Taintignies et à Vezon. Arrive le débarquement de Normandie, le 6 juin 1944, les actions de sabotages s'amplifiant, elle va parcourir le Hainaut Occidental, prendre livraison à Brasménil de 117 kilos d'explosifs parachutés et à Bois de Lessines prendre en charge 550 kilos de produits détonnants. Après la guerre, pour ses actes de bravoure au service du pays et son inlassable travail au sein de la résistance (elle avait été la cheville ouvrière du groupe féminin de communication au refuge A30-ZI de l'Armée secrète et adjointe de l'abbé Dropsy, chef de réseau), elle recevra de multiples décorations et citations à l'ordre de la Nation et le 4 avril 1946 sera nommée au grade d'adjudant en qualité d'agent de renseignements. Agée, elle se retira au Home Destrebecq à Leuze-en-Hainaut où elle décèdera le 2 novembre 1984 dans sa quatre-vingt sixième année. Elle est inhumée à Saint-Sauveur. Ces médailles ont été remises au Musée d'Armes de Tournai le 24 novembre de la même année par ses amis résistants.

(sources : article du "Courrier de l'Escaut" paru en novembre 1984 au moment de son décès et "Biographies Tournaisiennes" de Gaston Lefebvre).

16:53 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, resistance, tante gaby, armee secrete |