26/09/2007

Tournai : vie quotidienne d'antan (11)

A l'école primaire.

Voici enfin les beaux jours qui arrivent avec le mois de Mai... "l'meos des bruants" (le mois des hannetons).

Victor, le fils de François et Zandrine se prépare à partir à l'école. Il passe une dernière fois en revue le contenu de son cartable. Le plumier en bois contenant les portes-plumes avec la petite plume dorée, les crayons et le taille-crayon, l'ardoise avec une provision de "touches" et l'étui contenant l'éponge, les cahiers recouverts de papier bleu, ornés d'une étiquette aux bords rouges sur laquelle est inscrit, de la belle écriture maternelle, le nom de l'élève : Victor Delplache. Il constate qu'il y manque le principal, son "dix-heures", un biscuit ou un fruit, bien souvent une pomme, que lui emballe sa mère.

A huit heures, l'Grand Georges, appelé ainsi parce qu'il a deux ans de plus que lui viendra le chercher. Victor n'a pas oublié d'emporter son trésor, un sac de billes, pour jouer tout au long du chemin. Dans les rigoles, ils joueront à la "poursuite", chacun essayant de toucher la bille de l'autre pour ainsi s'en emparer, ils s'en iront ainsi vers l'école de "l'porte d'Lille, du Catiau, d'Marvis, de l'Justice ou de Paris". Arrivés aux portes de l'établissement scolaire, certains se seront enrichis de quelques billes, d'autres, le sac presque vide, attendront le soir pour espérer les récupérer.

Victor était en quatrième année primaire, dans la classe de Mr. Mouchon, tandis que Georges était en sixième dans celle du Maître Botteman qui exerce également les fonctions de directeur. Dans la cour de récréation, les enfants se poursuivaient jouant aux gendarme et au voleur ou aux cow-boys et aux indiens, d'autres préféraient "l'balle à l'casquette" ou le "much'cabas" (recherche d'un objet caché). A 8h30, le maître sortait sa montre de son gousset et frappait dans les mains pour inviter les enfants à se mettre en rang, deux par deux, afin d'entrer dans la classe dans le plus grand silence.

Dans le long couloir qui longeait les classes, au porte-manteau muni d'une étiquette, chaque élève avait déposé son manteau, son bonnet et son écharpe pour enfiler le grand cache-poussières gris. Les bancs de bois aux encriers de porcelaine avaient vu défiler des générations d'écoliers. Certains plus doués pour la gravure que pour les leçons y avaient gravé leur nom ou celui de la petite fille de l'école voisine qu'ils croisaient chaque matin. La mixité n'était pas encore de mise. Avant de débuter les cours, l'instituteur passait auprès de chaque élève muni de la bouteille d'encre Renard avec laquelle il remplissait le petit encrier. L'enfant allait y tremper sa plume, prenant soin de ne pas s'en mettre sur les doigts et surtout de ne pas frotter ceux-ci sur le cache-poussières au grand désespoir de sa mère.

Débutaient alors les dictées, les séances de lecture, les fastidieuses tables de multiplication que l'on récitait sur un ton chantant. Inconsciemment, le maître marquait le rythme en martelant son bureau avec une règle de bois. A dix-heures, la sonnerie qui retentissait libérait les élèves pour une (trop) courte récréation. Pendant ce temps, le maître aidé d'un élève, considéré par ses condisciples comme le chouchou, préparait les bols d'Horlicks, une boisson chocolatée qu'on pouvait boire moyennant une petite cotisation hebdomadaire.

A midi, certains retournaient à leur domicile pour le dîner, d'autres restaient au réfectoire pour "manger à tartines" avec un bol d'une soupe épaisse. Le jour préféré des écoliers était probablement le jeudi car les cours se terminaient à midi. L'après-midi après avoir "fait leurs devoirs", les enfants écoutaient alors "Les beaux jeudis" de Léo Chauliac, allaient se défouler dans la rue ou pécher des épinoches dans les étangs de Froyennes. Une atmosphère simple, des plaisirs peu sophistiqués, paraissant désormais démodés mais qui faisaient le bonheur des jeunes de cette époque d'après-guerre.

09:56 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, folklore, porte-plume, ardoise, sacs de billes, plumier, dictées |