05/12/2007

Tournai : le patrimoine architectural (1)

Après avoir visité la ville et survolé son histoire, nous entamons une rubrique consacrée à l'habitation tournaisienne. L'évolution de celle-ci est étroitement liée à l'histoire de la cité qui a connu les influences espagnoles (16e siècle), françaises (17e siècle), autrichiennes (18e), les destructions patrimoniales consécutives aux révolutions et aux deux guerres mondiales.

De nombreux auteurs se sont penchés sur ce sujet dont Bozière, Rolland et Soil de Moriamé, leurs ouvrages sont de précieux témoignages car ils datent du 19e siècle et ont été écrits avant les deux conflits du 20e qui détruisirent une grande partie du tissu urbain. Une publication plus récente apporte un bilan de la sauvegarde du patrimoine architectural et a été publiée en 1997 par l'ASBL Pasquier Grenier, elle s'intitule "Redécouvrir le patrimoine urbain de Tournai".

Lors de sa création, il y a maintenant 35 ans, cette ASBL qui portait le nom de Fondation Pasquier Grenier s'est assignée le but de répertorier et sauvegarder un maximum de bâtiments, témoins du passé de Tournai. On vivait alors une époque où l'architecture traditionnelle était en pleine mutation. Pincipalement après la seconde guerre mondiale, un élément architectural nouveau venait de faire une importante percée dans le monde de la construction : le béton. Une majorité d'architectes sortis des écoles à la fin des années "soixantes" ne juraient plus que par lui, il représentait l'avenir de la construction et permettait de réaliser plus rapidement les chantiers et à un moindre coût. Le béton s'était tellement imposé chez eux qu'ils allèrent jusqu'à raser des rues entières, détruisant par la même occasion de précieux témoins du passé de la ville et élevant à la place des bâtiments modernes, parallélépipèdes d'une banalité affligeante que certains à Tournai n'hésitèrent pas à qualifier de "cahutes à lapins" !

Le long du parc de la Reine, les anciens moulins, témoignages du passé laborieux de la ville, disparurent pour être remplacés par deux résidences à étages multiples et à la rue Perdue, on érigea ces même types de bâtiments qui écrasent de leurs imposants volumes, les petites maisons qui faisaient le charme de la Placette aux Oignons avant-guerre. Heureusement, face à ce massacre du patrimoine urbain, des voix s'élevèrent, des défenseurs se fédérèrent pour sa sauvegarde. Tournai, ville depuis toujours dominée par ses cinq clochers, son beffroi et ses nombreux clochers d'église, ne verrait pas, comme ce fut le cas ailleurs, pousser des tours impersonnelles n'apportant aucune valeur ajoutée à son paysage. Mieux même, grâce à l'action de l'ASBL Pasquier Grenier, de nombreux propriétaires redécouvrirent l'intérêt de rénover leur habitation en lui rendant, le plus possible, son aspect originel.

Des quartiers entiers furent le théâtre de rénovations, un des premiers fut probablement le quartier Sainte Marguerite où des rangées entières de maisons firent l'objet de chantiers. Petites maisons à un seul étage, en briques et pierre, aux toitures saillantes (rue du Ballon), maisons en style tournaisien tel le presbytère de Saint Brice de 1768, importante batisse située à l'angle de la rue de Monnel et de la place Clovis, avec sa toiture à coyaux (toiture dont la charpente est munie de pièces de bois ayant pour effet de relever quelque peu ses pans à leurs extrémités pour couvrir les corniches, créant ainsi un "brisis" qui rend les pentes moins rigides à l'oeil) ou encore des maisons de renaissance flamandes et Louis XIII, de la fin du 17è siècle avant que ne s'impose le style Louis XIV apparu après la prise de la ville par le roi Soleil et l'urbanisation des quais de Tournai (maisons de la rue de la Ture). Demain, nous examinerons quelques belles réalisations de ces trente dernières années.

(source : Fondation Pasquier Grenier "redécouvrir le patrimoine architectural de Tournai").

12:08 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patrimoine, architecture, pasquier grenier |