27/08/2007

Tournai : des origines à nos jours (11)

Tournai durant la première partie du XVIe siècle.

Le XVème siècle a provoqué la ruine de Tournai, le XVIème sera celui de la reconstruction et du redressement économique. Pourtant, ce siècle commence mal. A l'approche des fêtes de Pâques de 1606, un vent tempétueux détruit la Halle aux Draps. Il s'agissait alors d'un bâtiment en bois, édifié en 1227, à l'emplacement de l'ancienne maison "al treille". En 1610, les travaux de reconstruction seront entrepris par l'architecte et maître maçon Quentin Ratte à partir de plans dessinés par Jacques Van den Steen. Le nouveau bâtiment sera édifié en style Renaissance à l'emplacement de l'ancien et de deux maisons annexées "le Lyon d'Or" et la "Toison d'Or". La première pierre sera posée par le Chevalier de Lannoy, la seconde par Jean de Cordes, Gérard Liebart posera la troisième et Michel de Cambry, la quatrième. La cérémonie eut lieu le 29 mars 1610. La proposition de reconstruction avait été présentée, à la séance des Consaux, trois semaines auparavant (cette rapidité entre prise de décision et début de chantier doit laisser rêveur les édiles actuels !). On rapporte que l'ensemble coûta 22.000 florins (en cela non compris la fourniture des pierres et les verreries). En 1616, une cour à galeries avec étage sera ajoutée au nouvel édifice. La Halle aux Draps reste le seul édifice public datant de la Renaissance. il s'agissait d'un établissement public destiné à "la vente de comestibles et de produits manufacturés".

A la même époque, les Jésuites qui ont quitté la rue des Allemands où ils se trouvaient un peu trop à l'étroit dans leurs murs, occupent désormais le refuge des Dames Bernardines du Saulchoir, à la rue du Quenoy. Ils projettent d'installer un noviciat et le 8 avril 1609, Réné, comte de Renesse de Warfusée pose la première pierre de la chapelle. Les travaux dureront trois ans et le 25 juin 1612, Jean Richardot, archevêque de Cambrai consacre le nouvel édifice. Trente huit mois suffirent pour ériger cette chapelle composée d'une nef unique en style gothique terminée par un chevet à cinq pans, faite de briques et de pierres blanches dont seul le portail de pierre bleue est de style Renaissance. La chapelle est éclairée par des fenêtres ogivales garnies de meneaux flamboyants. Trente huit mois pour construire un tel édifice, cette fois se sont les architectes et les entrepreneurs de construction actuels qui restent songeurs quand ils pensent aux moyens dont disposaient les ouvriers de l'époque !

Petit fait en 1618, certains historiens relèvent que l'Official de Tournai excommunie les comédiens. Pour interprêter leurs rôles, ceux-ci devaient souvent se mettre dans la peau de personnages peu reluisants et cette métamorphose artistique avait le don d'offusquer les personnes bien pensantes de l'époque qui voyaient probablement en ces actions, l'oeuvre du diable ! En 1618 débutent également les travaux de construction du Mont de Piété, sur des dessins de Wenceslas Coeberger, architecte des archiducs Albert et Isabelle. Bozière nous rapporte que le premier receveur de cet établissement, un dénommé Haroult accepta la charge gratuitement et par charité et que les Magistrats exigèrent, en plus, qu'il fournisse un cautionnement !

En 1616, originaire de Lomme, Maximilien Villain de Gand est choisi par les archiducs pour succéder à la tête du diocèse de Tournai à Michel d'Esne qui vient de disparaître. On le décrit comme un homme doux et humble, parcourant son diocèse à pied ou avec une mule. Cet homme d'une grande simplicité va cependant restaurer la vie religieuse à Tournai, celle-ci, mise à mal par la Réforme, en avait bien besoin. Sous son épiscopat, de nombreux ordres vont venir s'installer à Tournai : les Carmélites, les Carmes et les Annonciades, les Dominicains et les Dominicaines, les Clairisses. Toutes ces communautés furent installées en moins de 15 ans.

 Le 13 juillet 1621, l'archiduc Albert, fort apprécié des Tournaisiens, s'éteint. Les Pays-Bas retournent à l'Espagne. Après la mort de Marie de Médicis, le roi d'Espagne règne à nouveau sur le pays. En 1648, le Traité de Munster règle la question d'indépendance des Provinces Unies, le roi d'Espagne reconnaît leur liberté. Cinq ans plus tard (1653) un maçon sourd-muet occupé à des travaux de fondations à proximité de l'église Saint Brice fait une découverte extraordinaire : le tombeau de Childéric datant du Vème siècle.

(sources : "Tournai, ancien et moderne" d'A-F-J Bozière et recherches personnelles).