22/03/2011

Tournai : Histoire, complément d'info !

Lors de l'article récent consacré aux chantiers ouverts en ville, j'avais parlé de celui qui va débuter sur la plaine des Manoeuvres. Entre les immeubles existants à la rue des Bergers et les premiers bâtiments de la chaussée de Douai, sera érigée une construction en forme de quadrilatère cernant un plan d'eau et un espace vert. Ces constructions "passives" abriteront des appartements de standing.

A la fin du mois de février, les engins de chantier sont entrés en action afin de découvrir la surface où seront creusées les futures fondations. A Tournai, ouvrir le sol amène, désormais, automatiquement, la présence des archéologues à la recherche de témoignages du passé. On savait qu'à cet endroit on pouvait espérer découvrir quelques éléments datant de la période de Louis XIV, notamment des traces de fortifications érigées sur des plans de Vauban.

Un reportage de la télévision régionale No Télé et un article paru dans l'Avenir du 16 mars ont fait le point sur les découvertes effectuées ces derniers jours. Les résultats dépassent de loin ce qu'avaient pu imaginer ceux qui, patiemment, grattent le sol avec minutie. A moins de deux mètres de profondeur, ils ont mis au jour un mur parfaitement conservé faits de moellons taillés en biseau, bien ajustés et cimentés d'une largeur d'environ un mètre et plus. Un autre ouvrage en forme de pointe est aussi apparu ainsi que des murs de bâtiments, probablement à usage des troupes qui occupaient ce point de défense de la Porte Saint-Martin.

Découvrant une nouvelle zone, les archéologues allaient avoir la surprise de trouver une route empierrée, bornée de pierres bleues. De quand date-t-elle, les études devront nous en apprendre davantage prochainement. Selon les archéologues, elle doit dater de l'époque des fortifications, puisqu'elle est au même niveau, par contre, de part et d'autre, une route en galets, plus ancienne, est apparue. On se met à croire à l'existence, à cet endroit, d'un vestige d'une chaussée romaine dont on avait déjà retouvé des traces dans le centre de la ville lors d'autres travaux.

Le sous-sol de la plaine n'a pas encore livré tous ses secrets, à peine 50% de la zone concernée par le chantier ont fait l'objet de fouilles. Peut-on imaginer qu'à l'autre extrémité, aux abords de l'avenue de Gaulle, d'autres vestiges des fortifications de la Porte de Lille, cette fois, dorment sous nos pas ? A l'époque où on a construit la Maison de la Culture, on n'attachait peu d'importance à ce que contenait le sous-sol, pour toutes les constructions réalisées, il y a quelques dizaines d'années, si des témoignages venaient à être mis au jour lors des travaux de fondations, on ne le proclamait pas sur tous les toits de façon à ne pas voir le chantier retardé par l'arrivée des chercheurs.

J'ai eu l'occasion de visiter certains lieux. Ainsi, une habitation privée du boulevard Bara conserve dans son jardin une portion, en excellent état, des fortifications de la dernière enceinte. La cave d'un autre immeuble à appartements permet d'encore voir des vestiges de murs avec meurtrière. Une maison de la rue As-Pois serait construite sur une portion d'un souterrain qui va se perdre sous la plaine, une plaque permet en effet de voir un sombre boyau malheureusement coupé par les murs de fondation des immeubles voisins.

Lors de la construction d'un immeuble dans les années quatre-vingt, à la place du Becquerelle, on a découvert une pierre bleue représentant un mortier et son pilon surmonté de l'inscription "Dv Mortier". Une recherche effectuée, à la demande du propriétaire des lieux, par le conservateur du musée d'Histoire et d'Archéologie a permis de découvrir qu'il existait jadis un apothicaire du nom de "Du Mortier" sur la Grand'Place de Tournai et que cette pierre était probablement l'enseigne à une époque ou la représentation imagée était destinée aux personnes qui ne savaient ni lire, ni écrire. La réutilisation de pierres d'immeubles détruits étant fréquentes, celles-ci pouvaient se retrouver à d'autres endroits de la ville. Intelligement, le maître d'oeuvre l'a fait intégrer dans un mur intérieur de la nouvelle construction.

Ceux d'entre vous qui ne peuvent recevoir la chaîne de télévision régionale, ceux qui me font le plaisir de me lire depuis l'étranger et qui sont passionnés d'histoire peuvent aller voir, très prochainement, le reportage paru dans le journal télévisé de ce 21 mars sur www.notelé.be/ et visionner ainsi les découvertes qui complètent l'Histoire de la cité.