13/01/2008

Tournai : les jeux populaires (9)

Celui qui se promène dans Tournai empruntera probablement la rue de l'Arbalète.

L'arbalète, voici un sport qui a pratiquement disparu. Aussi loin qu'on remonte dans l'histoire, on trouve trace de cette arme née en Chine, il y a plus de 2.500 ans. Elle semble avoir fait une première apparition comme arme dans nos régions en 949, lorsqu'à Senlis, au nord de Paris, les habitants soutinrent un siège contre Louis Doutremer. Son utilisation se généralisa au point qu'en 1139, les autorités ecclésiastiques s'inquiétèrent de son usage qu'elles qualifiaient d'arme dangereuse (!) et odieuse à Dieu". Le Pape Innocent II, lors du second concile du Latran, prononça son interdiction. Trente années plus tard, le roi de France, Charles V, interdit, sous peine d'une amende, les jeux de table, de billes, de quilles, de plates... et tous les autres jeux capables de rendre ceux qui les pratiquaient experts en maniement des armes ! L'arc et l'arbalète étaient visés par cette ordonnance royale.

A Tournai, à cette époque, existait une association d'arbalétriers dénommée "Le Grand Serment de Tournai" qui organisait régulièrement des tournois. Sous Charles VI, au moment où celui-ci sombra dans la folie, les jeux furent, à nouveau, interdits par la Cour, sauf... celui de l'arbalète. Les Tournaisiens, fidèles au roi de France, organisèrent, en 1394, un tournoi sur le Grand Marché (Grand'Place). Les arbalétriers vinrent y participer de Flandres et de France, on rapporte que le tournoi fut remporté par les Brugeois. Soixante années plus tard, du 11 août au 19 septembre 1455, Tournai organisa la plus grande rencontre d'arbalétriers de l'époque couplée à un tournoi... littéraire. Au XVe siècle, il y avait plus d'arbalétriers à Tournai que d'archers.

L'arbalète se compose de deux pièces, l'arc proprement dit et le pied qui le supporte appelé "l'arbrier". La matière dans lequel était faite l'arc évolua au fil du temps, d'abord en bois, il fut ensuite en corne. Il est désormais en acier. Le montant de bois est creusé dans le sens de la longueur et forme une rainure dans laquelle on place le trait ou "carreau", appelé ainsi parce que le fer avait jadis quatre faces. Il pesait de 115 à 130 grammes et mesurait environ 25 à 30 centimètres. Pour le lancer, avec une précision qui peut atteindre plus ou moins cinquante mètres, on se sert d'un ressort, car au milieu de l'arbrier tourne, sur un pivot, une pièce faite en os, en ivoire et maintenant en acier qui permet de tendre la corde de l'arc, cette pièce a pour nom : la "noix".

L'arbalète n'est pas un jeu de mauviette, son poids peut en effet atteindre plusieurs kilos. Les plus jeunes des Tournaisiens ont eu l'occasion de revoir quelques arbalétriers se mesuraient en concours lors des "Tournaisiades", rencontres organisées, durant un week-end, tous les trois ans, à partir de 1981 pour mettre à l'honneur les jeux traditionnels du Tournaisis (tir à l'arc, tir à l'arbalète, lancement de javelot, crossage en plaine, jeu de boules, jeu de fer, jeu de pipes, billard Faidherbe, pétanque, concours de pinsons et de pigeons).

C'est grâce à la plaquette souvenir de Jacques Albert Bouquelle, Président de celles-ci, parue en 1997, que nous pouvons présenter ces jeux populaires.

13:57 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, jeu populaire, arbalete |