01/08/2016

Tournai : évolution de la ville lors des dernières décennies (4)

La décennie quatre-vingt.

Les années quarante avaient apporté les ruines et la désolation, les années cinquante, le courage et la reconstruction, les années soixante étaient celles des espoirs les plus fous, les années septante nous ont soudainement rappelés à une dure réalité et le mot "crise" est venu pour la première fois (mais pas la dernière hélas) ternir le ciel presque sans nuage de l'économie mondiale.

Les années quatre-vingt vont confirmer celles qui ont précédé et seront caractérisées, à Tournai, par un nombre important d'évènements négatifs.

Les mouvements sociaux.

Au niveau social, "Amil", "les Ateliers Louis Carton", "Balamo", "Dunlop", "La Lactilithe", "Meura" et "les Trois Suisses", fleurons de l'économie locale sont en grandes difficultés, on y parle de licenciements, de chômage, de faillite et de grèves.

Les grandes catastrophes.

Ces années seront aussi marquées par des catastrophes :

1980 Tournai incendie du Shopping (1).jpg

Le lundi de Pâques 7 avril 1980, au début de la matinée, la galerie commerciale du "Tournai-Shopping", située entre l'Escaut et le quartier Saint-Jacques, est totalement détruite par un violent incendie qui va mobiliser pompiers, policiers et protection civile durant toute une journée pour venir à bout du sinistre. Grâce à l'intervention de ces services, on a probablement évité qu'une partie du quartier soit détruite, tant le brasier était violent et étendu. (NDLR : voir l'article que nous avons consacré à cet évènement dans notre rubrique : ce jour-là le 7 avril 1980).

1984.10.22 explos. rue Garnier (2).JPG

Le 22 octobre 1984, vers 7h15, la maison du Vicaire général, Mgr Thomas, située à la rue Garnier est soufflée par une explosion. Si, à ce moment, le religieux était absent, sa sœur qui occupait l'immeuble a été retrouvée indemne dans les décombres ! (NDLR : voir l'article que nous avons consacré à cet évènement dans la rubrique : "ce jour-là le 22 octobre 1984")

1985.04.10 explosion viaduc (2).JPG

Le mardi 10 avril 1985, vers 19h15, en provenance de la station-service, une nappe de gaz se répand au carrefour du Viaduc et s'enflamme soudainement, des véhicules en attente pour traverser le carrefour sont piégés. On dénombrera une victime et des blessés, gravement brûlés (NDLR : voir l'article que nous avons consacré à cet évènement dans la rubrique : "Ce jour-là : le 10 avril 1985).

1987 explosion rue A. Asou (1).JPG

Le dimanche 27 septembre 1987, un branchement défectueux d'une bonbonne de gaz est à l'origine d'une violente explosion dans la rue Albert Asou, les dégâts sont importants dans le voisinage, vitres brisées, portes éventrées, véhicules en stationnement endommagés... Si de nombreuses personnes sont choquées, là non plus, on ne déplore pas de blessés graves. (NDLR : voir l'article que nous avons consacré à cet évènement dans la rubrique : "ce jour-là : le 27 septembre 1987).

 

Le grand banditisme.

Les agressions contre les biens et les personnes sont nombreuses durant cette décennie :

lors des six premiers mois de l'année 1981, on ne dénombre pas moins de 13 attaques à main armée dans le Tournaisis.

Le mardi 21 juin 1988, vers 8h30, alors que les écoliers qui fréquentent l'école Saint-Michel viennent de rentrer en classe, un hold-up sanglant se déroule juste en face de l'établissement scolaire, devant le petit bureau de poste. Un fourgon postal de transport de fonds est attaqué à l'arme de guerre par des individus encagoulés, deux postiers seront blessés et de nombreuses personnes choquées par la brutalité de l'action. On relèvera un nombre incroyable d'impacts de balles sur la camion postal et les façades. L'enquête révèlera que les auteurs de ce fait divers sanglant ne sont autres que Patrick Haemers et sa bande.

Il sera encore question de Patrick Heamers quelques mois plus tard lorsque le 13 février 1989, vers 22h30, un chauffeur de taxi stationné à la gare sera interpellé par Paul Vanden Boeynants, l'ancien premier ministre belge, qui avait été enlevé dans le parking de son domicile de Bruxelles par des individus, le 14 janvier. Là aussi l'enquête révèlera qu'il s'agit du même Patrick Haemers et sa bande qui avait séquestré l'homme politique belge dans une villa du Touquet.

Des évènements plus heureux.

Heureusement, on relève durant cette décennie des informations plus heureuses :

1988 championnat de Belgique pros arrivée podium.JPG

En juin 1988, la ville de Tournai et le club cycliste de la Pédale Saint-Martin dirigé par le dynamique Léon Foucart organisent le "championnat de Belgique pour coureurs professionnels", celui-ci est remporté par le sprinter Etienne de Wilde.

 

1988 Union comité du 85e anniversaire (2).JPG

1981 Union Jules Bocande.jpg

 

En 1988, le club de football de l'Union de Tournai organise des festivités pour commémorer ses quatre-vingt-cinq années d'existence. Durant cette décennie, au sein du vieux club Rouge et Vert, a fait ses débuts sur le continent européen, un joueur qu'on verra ensuite à Seraing, Metz et Paris Saint-Germain : Jules Bocande !

Terminons cette revue par deux autres photos glanées dans la presse locale. la première représente deux Tournaisiens devenus célèbres depuis lors sur les antennes de la RTBF ou de No Télé : le chroniqueur Jean-Louis Godet et Annie Rak, la seconde celle d'un humoriste tournaisien qu'on aurait aujourd'hui bien des difficultés à reconnaître : Bruno Coppens, lauréat au festival du Rire de Rochefort.

1989 Jean Louis Godet Annie Rack.JPG

1982 Bruno Coppens.JPG

(sources des documents photographiques : presse locale et photos de J. De Ceuninck. Je remercie pour sa collaboration Jean-Paul Foucart).

S.T. août 2016.

 

15/11/2012

Tournai : le salon "Tournai la Page"

Lors de ce week-end des 17 et 18 novembre 2012, les Amis de Tournai nous convient à leur traditionnel salon "Tournai la Page" qui en est à sa dix-huitième édition. C'est, en effet, en 1995 qu'est née cette initiative de consacrer un week-end entier au livre pluraliste : micro-édition, édition alternative, texte-image, texte-son, édition artisanale et d'art, édition régionale et patrimoniale.

A l'instar des grandes villes que sont Anvers, Bruxelles ou Paris, la cité des cinq clochers s'est dotée d'un salon faisant la part belle aux maisons d'édition régionales et aux auteurs de Wallonie et du Nord de la France.

Dans le cadre prestigieux de la Halle-aux-Draps, ayant pour marraine Annie Rak (voir l'article que nous lui avons consacré) et pour parrain François Van Dorpe, le programme de ces rencontres littéraires est alléchant puisque le samedi, après les discours officiels marquant l'inauguration sur le coup de midi, de 15h30 à 16h30, le public pourra assister à "Lhom", une lecture animée d'une pièce d'Emanuelle Della Piane, par le Centre de la Marionnette de Tournai, suivie, grâce à Gérard Boutet, l'invité d'honneur, par la reconstitution d'un mariage Huguenot basé sur son livre "Les mariés de Tournai".

Le dimanche, le salon sera ouvert dès 10h et, comme la veille, de nombreux auteurs y dédicaceront leurs oeuvres, des éditeurs, libraires, bouquinistes vous proposeront leurs collections. A 15h30, Unimuse nous convie au "Café des Poètes" où seront proposées des lectures de textes d'écrivains emprisonnés. A 16h30, Annie Rak et la Roulotte Théâtrale nous présenteront "Moneuse", lecture-spectacle, sur un texte de Roland Thibeau.

Avant de fermer définitivement les portes de cette édition 2012, il sera procédé à la remise des prix du Concours de la Nouvelle Historique et du Concours organisé par les Ecrivains Publics.

Pour agrémenter votre visite, sachez que ces mêmes Ecrivains Publics organisent leur concours "Quiz" ainsi qu'un atelier d'écriture. Apprenez également que vous pourrez tout savoir sur le brigand "Moneuse" grâce à une exposition de documents, d'archives et de livres prêtés par ses descendants, qu'une exposition de photos des éditions Noir Dessin, de dessins et peintures de Michel Provost et une présentation/exposition de Liliane Godat consacrée aux "Vols et larcins en forêt entre 1834 et 1838" complètent le programme, mis sur pied par Annick Veys et les Amis de Tournai, un salon ayant pour thème cette année "Brigands ou rebelles". 

Le salon connaîtra des prolongements, le jeudi 15 novembre, à la Maison de la Laïcité où les éditions MeMograMes présenteront les ouvrages de Marcel Voisin, Monique Mahieu, et Charles Suzanne/Georges Sand, le vendredi 16, à 20h30, au Conservatoire de Musique, place Reine Astrid, où Gérard Boutet et ses comparses présenteront "La nuit des Chauffeurs" et le samedi 17, à la Librairie Decallonne, sur la Grand'Place, où sont organisées des rencontres avec les auteurs Gérard Boutet (10h), Jean Claude Ponçon (11h) et Bobette Jouret (15h). 

(S.T. novembre 2012)

31/10/2012

Tournai : une voix tournaisienne sur Vivacité !

Elle est LA voix des émissions dialectales programmées par Vivacité et part à la rencontre des amateurs de ces langues de chez nous, chaque lundi entre 20 et 23h, avec "Hainaut Rachènes" (mot qui signifie "racines" dans nos régions). Des soirées consacrées au patois du Pays de Charleroi, de Mons-La Louvière et du Borinage et de la Wallonie Picarde. Un moment de pur bonheur pour ceux et celles qui aiment retrouver leurs racines, le patois de leurs parents ou de leurs aïeux.  

Elle, c'est Annie Rak, originaire de Tournai où elle est née en 1952 et où elle passa sa jeunesse à la rue Charles Mauroy dans le quartier du faubourg de Lille. Elle consacra d'ailleurs, en ce mois d'octobre, un temps d'antenne à Caroline Jesson, représentante des Ecrivains Publics de Wallonie picarde pour la présentation des "Mémoires" écrites par les habitants d'un des plus anciens faubourgs de Tournai, porte ouverte sur la campagne. 

Depuis longtemps, cette licenciée en Droit à l'UCL voue une passion pour le théâtre et fut récompensée par un premier prix en Art dramatique et déclamation au Conservatoire de Mons.

Entrée à la RTBf en 1979, aux studios de Mons, qu'on appelait encore à l'époque "Radio-Hainaut", elle eut très vite l'envie de faire connaître les poètes et romanciers de la Communauté française grâce à son émission "façon d'écrire, façon de parler". Désormais, au sein de l'institution de la place Anne Charlotte de Lorraine, elle est à la fois productrice et animatrice.

La qualité de ses émissions tout comme la finesse de sa plume lui ont permis de recevoir de nombreuses récompenses comme le "Prix de la création radiophonique de la SCAD" en 2000, le "Prix de la littérature picarde" en 2003 ou encore le "Prix des langues régionales de la Communauté française" (dans la catégorie réalisation audio-visuelle) pour le mise en ondes de "Martine à l'cinse", une oeuvre de Marcel Marlier et Gilbert Delahaye, traduite par Bruno Delmotte. Ce prix honorait un quatuor d'auteurs tournaisiens !

Annie Rak est également auteur d'une pièce écrite en français "J'attends un enfant et vous..." et d'une nouvelle intitulée "Le dernier voyage". On lui doit aussi un ouvrage en patois : "L'curé bataille".

La défense de la langue patoisante l'a tout naturellement amenée à faire partie du "Conseil des langues régionales Endogènes" et, en 2006, de la "Commission du Patrimoine Oral et Immatériel" où elle retrouve un autre tournaisien, Jacky Legge. 

Lors des soirées dialectales consacrées au patois de Wallonie picarde, on y retrouve bien souvent comme invité, Bruno Delmotte, chantre du patois tournaisien, animateur à la Maison de la Culture de Tournai (voir l'article que l'Optimiste lui a consacré) et des interventions du "bourguémette" Pierre Vanden Broecke, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien présentant, sous forme humoristique, l'actualité de la cité des cinq clochers. 

En dehors de l'antenne, Annie Rak est également directrice, auteur et comédienne à la Roulotte théâtrale d'Elouges où, les 23, 24 et 25 novembre 2012, elle jouera dans le spectacle "Les trois coups vont encore frapper" de Bobette Jouret. On l'a vue également dans de nombreuses pièces au théâtre de l'Ancre à Charleroi et à la Maison de la Culture de Mons.

Je me rappelle la première fois que je fus interviewé par elle, c'était dans les locaux de l'agence de la Société Générale de Banque sur la Grand'Place de Tournai dans le cadre de l'Opération 48.81.00, cela ne date pas d'hier, c'était au début des années quatre-vingt !

En septembre 2012, Annie Rak a été tentée par une participation au concours Prayez organisé par le Cabaret Wallon Tournaisien, elle y fut primée dans la catégorie "Poèmes". 

Poète, écrivain, scénariste de théâtre, productrice de radio, présentatrice, défenseur de notre parler, Annie Rak a été, judicieusement, choisie par Annick Veys et les Amis de Tournai pour être la marraine du prochain salon "Tournai la Page" qui se déroulera les 17 et 18 novembre 2012 en la Halle-aux-Draps de Tournai. 

(S.T. octobre 2012)

 


26/11/2007

Tournai : le Cabaret Wallon Tournaisien (3)

Dès la fin de la première guerre mondiale, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien a acquis sa vitesse de croisière et s'est, peu à peu, imposée comme une institution tournaisienne incontournable. On est désormais bien loin de l'époque où des séances étaient organisées pour quelques hommes, au temps où les femmes n'accompagnaient pas (ou très peu) leurs époux dans les estaminets.

Depuis de nombreuses décennies, l'agenda des membres de la Royale Compagnie est bien rempli : deux petits cabarets annuels représentés quatre fois à l'étage de la Halle-aux-Draps et toujours réservés aux hommes par respect de la tradition, le Grand Cabaret du mois d'octobre présenté à cinq reprises dans la salle Noté de la Maison de la Culture auquel les dames sont admises et remplacé depuis 2008 par une revue annuelle, la représentation pour le 3ème âge organisée par l'Administration Communale, un déplacement annuel à Louvain La Neuve à l'invitation du cercle des étudiants tournaisiens de l'Université, l'organisation durant l'été du Concours Prayez qui permet de dénicher des auteurs de chansons, monologues ou poèmes écrits en patois, la participation, en septembre, à la "Fête de la Chanson Wallonne et du Cabaret Wallon" et un nombre inestimable de prestations ponctuelles en faveur d'associations philanthropiques.

Pendant près d'une trentaine d'années (de 1948 à 1975), la Royale Compagnie a mis sur pied l'annuelle "Orvue de l'karmesse", jouée durant les premières années à cinq ou six reprises lors des fêtes communales de septembre mais qui reçut un tel succès qu'elle fut par la suite représentée vingt à vingt-cinq fois occupant l'affiche jusqu'à la veille de la Toussaint. La revue connut un tel engouement (près de 20.000 spectateurs y assistaient chaque année) qu'elle attira l'attention de la télévision nationale (la RTB d'alors) qui enregistra et diffusa les dernières représentations grâce à une réalisation d'André Gevrey, aujourd'hui disparu. Le titre de la revue était souvent choisi en fonction d'évènements qui avaient marqué l'actualité de l'année, ainsi en 1962, "Ch'a Ch'est bazar" saluait l'arrivée du Grand Bazar, premier hypermarché au centre ville, "Féaut caire d'ssus" en 1969 rappellait, bien entendu, les premiers pas de l'homme sur la lune, "Ein point, ch'est tout" en 1970, une année d'élections ou encore "Tout feu, tout femme" en 1975, l'année de la Femme. En 1982, pour dignement fêter leur 75e anniversaire, les membres de la compagnie remirent, une dernière fois le couvert, en servant "Quand ch'teot l'Orvue", restrospective qui emplit de beaucoup de nostalgie, les fidèles spectateurs de cet évènement disparu.

La Compagnie est aussi fidèle à la tradition. L'organisation interne du souper des rois au début du mois de janvier, à l'approche du Lundi Perdu et le Jeu de Boules carreaulé à Kain qui semble aujourd'hui avoir disparu. 

Actuellement, on peut encore retrouver les membres de la compagnie sur les antennes radio de Vivacité (RTBF Hainaut), lors de l'émission dialectale du lundi soir animée par Annie Rak et, comme nous le fait remarquer une fidèle lectrice de nos rubriques, désormais, les petits cabarets sont retransmis sur les antennes de la télévision locale et communautaire "No Télé" ce qui permet à tous les tournaisiens et... tournaisiennes de suivre leurs chansonniers à domicile.

(sources : recherches personnelles).