11/06/2012

Tournai : J-21 pour le Tour

Le lundi 2 juillet 2012, Tournai accueillera pour la seconde fois une arrivée du Tour de France. La précédente et unique fois que les coureurs du Tour firent escale à Tournai remonte déjà à 46 ans.

Ce jour-là, le 22 juin 1966 !

La 53e édition du Tour de France se déroule du 21 juin au 14 juillet 1966 sur 4.303 kilomètres. Centre-trente concurrents sont au départ de Nancy. Raymond Poulidor est le favori du public français, lui, l'éternel second, détient la toute grande forme. Jacques Anquetil, son rival, dispute, sans le savoir, son dernier Tour, il a emporté l'épreuve à cinq reprises en 1957, 1961, 1962, 1963 et 1964. En 1965, il n'a pas pris le départ d'une Grande Boucle dont le vainqueur final fut le coureur italien Felice Gimondi. 

A cette époque, on entre directement dans le vif du sujet, il n'y a pas encore de prologue chronométré pour attribuer le premier maillot jaune. Les coureurs rejoignent Charleville, terme de la première étape longue de 208,5 km. Peu avant l'entrée à Charleville, l'allemand Rudi Altig, par ailleurs équipier d'Anquetil, se détache et l'emporte avec 47" d'avance sur le peloton dont le sprint est enlevé par Willy Planckaert devant Georges Vandenbergue et Rik Van Looy.

Le 22 juin, les coureurs quittent la capitale des Ardennes pour la cité des cinq clochers, unique intrusion en Belgique, une étape longue de 198 km. 

Les coureurs arrivent par le boulevard du Roi Albert, en très légère montée, empruntent le boulevard Lalaing et descendent le boulevard Bara, après avoir viré à 180° dans le carrefour de la Porte de Lille, ils remontent le même boulevard, le long de la plaine des Manoeuvres, une ligne droite d'environ 400 mètres. Six coureurs se détachent légèrement après le passage de la porte Saint-Martin, Guido Reybroeck de l'équipe Smith l'emporte devant le hollandais Jan Janssen, Edouard Sels, Arie Den Hartog, Harings et l'italien De Pra. Le 7e, le belge Walter Bouquet, à 7 secondes, précède le flandrien Frans Brands à 8 secondes, tandis que le sprint d'un premier groupe de 21 coureurs est enlevé par Willy Planckaert. Au sein de celui-ci on retrouve, le maillot jaune Rudi Altig, Jacques Anquetil, Raymond Poulidor et un certain Lucien Aimar, coureur fort peu connu de la formation du quintuple vainqueur du Tour. 

Certains se souviennent d'un sprint massif, il n'en est rien puisque le peloton termine à 1'18" et certains coureurs concèdent plus de dix minutes. Les deux derniers de l'étape, les italiens Ugo Combo et Manucci finissent 20m 45 sec après le vainqueur. Une chute avait marqué la fin d'étape, Raymond Poulidor, légèrement retardé, avait pu reprendre sa place dans le premier peloton. 

Le lendemain, la foule est présente aux aurores pour assister à l'étape contre la montre par équipe disputée sur un circuit de 20,8 km passant par la village de Saint-Maur. Les rois de cette spécialité sont les hollandais de l'équipe Televizier (Henk Nijdam, Jo De Roo, Gerben Karstens...) qui l'emportent devant les belges de Smith (Guido Reybroeck, Vandenberghe, Frans Brands...), les français de Pelforth-Sauvage-Lejeune (Groussard, Edouard Delberghe, Jan Janssen...), l'équipe Mann-Grundig (Herman Van Springel, Jos Huysmans, Jan Boonen, Walter Bouquet...), Solo-Supéria (Edouard Sels, Rik Van Looy, Willy Derboven, Edgard Sorgeloos...) suivent Kas-Kaskol (Julio Jimenez...), Ford France (Rudi Altig, Jacques Anquetil, Lucien Aimar, Jean Stablinski...), Molteni (De Pra...), Fagor, Mercier-BP (Poulidor, Van Schils...), Filotex (Franco Bitossi), Kamome et Peugeot-BP-Michelin (Ferdinand Bracke, Tom Simpson...). La dernière équipe enregistre un retard de 9min40. Le résultat ne bouleverse pas le classement général puisque cette étape ne comptait que pour le classement par équipe attribuant à l'époque les casquettes jaunes distinctives. 

A 13h, la toute grande foule dit adieu aux Géants de la Route, le départ fictif a lieu sur la Grand'Place, les coureurs traverseront en cortège la ville derrière la voiture du Directeur de course, Jacques Godet et de son assistant Félix Lévitan. Le départ réel est donné à la sortie de la ville, les coureurs rejoignent Dunkerque où, au terme de cette demi-étape longue de 131,5 km, le véloce hollandais Gerben Karstens l'emporte devant Jos Boons et Willy Planckaert à 1 sec. 

Durant deux jours, les Tournaisiens avaient cotoyé les géants de la Route, les champions tels que Rudi Altig, Jacques Anquetil (cinq fois vainqueur), Franco Bitossi, Ferdinand Bracke (futur recordman de l'heure), André Darrigade (ex-champion du monde), Jan Janssen (futur champion du monde), Julio Jimenez, Willy Planckaert (futur maillot vert), Raymond Poulidor, Guido Reybroeck qui deviendra ensuite champion de Belgique, Jean Stablinski (qui fut champion du monde), Tom Simpson (champion du monde en titre, qui trouvera la mort sur les pentes du Mont Ventoux l'année suivante), Herman Van Springel (battu le dernier jour par Jan Janssen lors du Tour 1968). Il avait aussi, le Varois Lucien Aimar qui sera le vainqueur final de cette édition 1966, Johnny Schleck (le père d'Andy et de Frank) et un certain Jan Boonen...

Les souvenirs de l'Optimiste

C'est au cours de l'émission "Lundi Sport" de la RTB que furent connus les détails concernant le  site d'arrivée à Tournai. Grand amateur de cyclisme (il lui est arrivé de brosser les cours à l'Athénée pour ne rien manquer du Trèfle à Quatre Feuilles pour coureurs professionnels, organisé par Jean Leclercq), c'est avec satisfaction qu'il apprit lors de celle-ci que l'arrivée serait jugée face au n°32, là où il habitait à l'époque. Durant les deux jours, il occupa ainsi une place V.I.P. et parvint à se mêler aux coureurs après les arrivées des deux étapes. Sur l'arbre situé en face de chez lui, il avait placé un panneau, confectionné à la hâte, portant la mention "Où Huysmans passe, les grimpeurs trépassent", la photo de ce panneau est parue dans le "Miroir du Cyclisme spécial Tour de France". C'est là qu'il vit qu'il avait oublié un "s" à Huy(s)mans. Quand à Jos Huysmans, il ne parvint pas à suivre les meilleurs dans les étapes de montagne et termina 16e au classement général final, cruelle désillusion qui serait vengée trois ans plus tard par un certain... Eddy Merckx !

La plus grande ovation ne fut pas adressée à un coureur mais bien à Luc Varenne, reporter de la RTB, natif de la cité des cinq clochers, reçu à l'Hôtel de Ville après l'arrivée. Jacques Anquetil fut sans doute celui qui reçut le plus de huées et de sifflets, grand champion, élégant, racé, il n'avait malheureusement aucun charisme et avait toujours refusé de "communier" avec la foule lors de ses victoire se montrant trop distant à l'égard de celle-ci. Le Normand était ainsi fait et la foule se retrouvait mieux en la personne de Raymond Poulidor !

L'Optimiste possédait une bicyclette, une routière hybride puisqu'on y avait placé un guidon de course, un porte-bidon et une selle profilée, (soi-dit en passant, il faut un peu plus que cela pour transformer un honnête pédaleur en coureur cycliste). Il constata au soir de l'étape que celle-ci avait disparu, subissant les remontrances d'une mère qui louait son inconscience vu le monde qui se trouvait sur le boulevard Bara. Mais le vélo n'était pas bien loin, des journalistes italiens l'avaient emprunté pour faire une photo d'un de leurs coureurs. Lequel ? il ne le sut jamais. 

Dans la ville, de jeunes supporters faisaient la chasse aux autographes dans les quelques hôtels où logeaient les coureurs.

Les arrivées d'étape étaient marquées par de grandes fêtes populaires offertes par les sponsors et sur la plaine des Manoeuvres, à hauteur de la propriété Carbonnelle devenue l'ITMA, se dressait le podium d'Europe n°1. Présentés par Harold Kay, animateur de la station périphérique, on vit entre autres André Aubert, imitateur connu à l'époque (le célèbre Don Patillo pour les connaisseurs de spots puiblicitaires), les Haricots Rouges et leur jazz style Nouvelle-Orléans et Annie Cordy. 

(à suivre)

27/07/2008

Tournai : l'année 1968 sous la loupe (2)

Si la ville de Tournai fut l'objet de nombreuses rénovations, la vie culturelle, très riche en cette année 1968, connut aussi des points d'orgue. Le lundi 12 février, le ballet russe Irena Grjebina donne une réprésentation en la Halle-aux-Draps. Cet ensemble est composé de 40 danseurs, chanteurs, musiciens d'instruments populaires russes. Afin de se rendre compte du coût de la vie, il y a un peu plus de 40 ans, relevons que le prix des places était compris entre 50 Fb (1,24 Euros) et 150 Fb (3,72 Euros). La musique classique connaît également son premier grand évènement, le samedi 24 février, le "Mozartoper" de Salzbourg, accompagné de l'Orchestre et des Choeurs de Vienne sous la direction de Rolf Maedel, interprètent "Don Juan" de Mozart avec Jan Stroobants dans le rôle principal.

Le lundi 4 mars, la scène du cinéma Scala (dont on avait annoncé, un peu trop tôt, la fermeture l'année précédente) accueille un couple de jeunes humoristes qui vient de triompher, durant quatre mois, à la Comédie des Champs Elysées à Paris. Guy Bedos et Sophie Daumier présentent " Tête bêche", 25 sketches, 5 chansons et deux heures de fête pour les spectateurs qui leur ont réservé un chaleureux accueil. Le vendredi 15 mars, une figure vivante de la danse espagnole, le "Flamenco", José de la Véga, danse au profit de la Pouponnière du Tournaisis. L'Espagne reste d'ailleurs bien présente à Tournai, en cette année 1968, puisque le dimanche 19 mai, dans une arène de 5.000 places dressée sur la Plaine des Manoeuvres, l'Association des Commerçants et l'Administration Communale organise un "gala tauromachique". Celui-ci n'enthousiasmera pourtant pas les spectateurs qui y assistèrent.

Le vendredi 16 septembre, sous un chapiteau de 2.000 places totalement rempli, érigé dans la cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville, Fernand Reynaud, présente son "one man show", devant un public conquis, tandis que le 8 octobre, Annie Cordy et Darry Cowl sont les vedettes de la pièce "Pic et Pioche" en la salle de la Scala. Le lundi 28 septembre, en la cathédrale, un millier de spectateurs acclament pendant plus de 5 minutes, Meredith Davies qui vient de diriger 300 exécutants dans le "War Requiem" de Benjamin Britten.

Dans un tout autre registre, les "Compagnons de la Chanson" reviennent à Tournai, le 21 octobre, donner un récital dans une salle de la Scala comble. Une brillante exposition ouvre ses portes, pour plusieurs semaines, le 12 octobre 1968, la cathédrale accueille "la Tapisserie Tournaisienne du XVIe siècle". Et les spectacles se succèdent, les mélomanes et les amateurs de théâtre ont peut-être un peu de mal à suivre, le 23 octobre, c'est le flutiste Jean Pierre Rampal qui donne un concert dans le cadre du Festival Musical international du Hainaut et pour la clôture de celui-ci, le 13 novembre, le pianiste américain "Byron Janis", emporte les faveurs du public tournaisien, deux semaines après avoir conquis celui de Paris dans des oeuvres de Haëndel, Schumann, Chopin et Prokofiev. ... Entretemps, le 3 novembre, Guy Béart s'est produit en la Halle-aux Draps.

L'année se clôture par deux autres rendez-vous, le jeudi 21 novembre, à la Scala, Colette Renard et Frank Fernandel sont les vedettes de la comédie musicale d'Alexandre Briffet, sur un livret de Marguerite Monot, "Irma la Douce" et le samedi 7 décembre, dans une Halle-aux-Draps, archi-comble, Luis Mariano et les ballets madrilènes "Los Madrillenos" triomphent dant l'opérette de Francis Lopez, "le Chanteur de Mexico". En cette année 1968, un théâtre trop vite disparu attire les jeunes dans sa demeure de 1678, située au 29 de la rue Marvis, le "Thernésium" présente de la musique ou des pièces d'avant-garde, de la musique traditionnelle indienne, une nouvelle culture musicale et théâtrale ! Dans le prochain article, nous évoquerons les évènements sportifs qui marquèrent cette année 1968 à Tournai.