22/03/2008

Tournai : l'année 1951 sous la loupe

Lorsque nous nous replongeons dans nos souvenirs, lorsque nous prenons le passé pour témoin, nous avons trop souvent tendance à penser que tout allait mieux avant, qu'on ne parlait pas d'insécurité ou alors si peu, qu'il n'y avait pas tant d'accidents de la route, que la météo n'était pas aussi capricieuse... Feuilleter la presse quotidienne des années cinquante nous apporte bien des démentis à ces croyances. Ainsi dans la rubrique des "faits divers régionaux", des journaux de l'année 1951, on découvre, en date du 23 janvier, un infanticide. Le corps d'un enfant de deux mois a été découvert dans une maison de Kain, son petit cadavre qui porte des marques de coups a été placé dans une caisse dissimulée sous la cuisinière. La famille vivait dans des conditions épouvantables. Celles-ci sont peut-être à l'origine de ce drame humain. Le journal du 6 juillet, nous informe qu'au quartier de Barges, Mr. P. qui avait l'habitude d'animer des mariages préparait à cet effet des "campes" à son domicile. Savant mélange de poudres, elles sont tirées à la veille des noces, tradition respectée dans tous les villages voisins de Tournai. Une déflagration retentit soudain, Mr. P. 57 ans, ancien combattant de la guerre 14-18, pourtant expert dans la préparation des pétards, n'a pas survécu à cette explosion. Il venait juste d'envoyer un enfant faire une commission. Son départ venait de lui sauver la vie. Le 3 novembre, on découvre deux corps sans vie dans une maison du Réduit des Sions. Toutes les hypothèses sont envisagées par les policiers chargés de l'enquête : assassinat ? Double suicide ? Le couple vivait en "mésentente" terme qu'on utilisait à l'époque pour désigner des ménages qui se disputaient régulièrement. Le responsable de cette double mort fut vite identifié : le feu continu qui avait refoulé durant la nuit. Une banale asphyxie au CO, hélas ! Les accidents de la circulation étaient moins nombreux mais ce sont, en cette année 1951, surtout les usagers qu'on appelle désormais faibles qui payent un lour tribu. Accrochage au boulevard Delwart entre deux cyclistes dont l'un prend la fuite : un mort, un ouvrier se rendant en cyclomoteur à son travail renversé par une voiture à la drève de Maire : un mort, un motocycliste heurté par une voiture au carrefour des Vendéens : un mort ! Une écolière qui chute lourdement sur le chemin de l'école : gravement blessée.

Lorsque le temps est maussade comme en ce mois de mars 2008, on a aussi tendance à croire que la météo était meilleure avant qu'on ne parle du réchauffement climatique. Notons qu'en 1951, l'année n'avait pas été exceptionnelle. L'hiver avait été rude, il avait d'ailleurs, comme nous l'avons vu dans une précédente rubrique, retardé les travaux de rectification de l'Escaut par la suppression de la courbe dite de la Grenouille. L'été ne sera pas meilleur, quelques violents orages provoquèrent des inondations et bien des dégâts. En juillet, les rues de Tournai furent recouvertes de boue, les caves submergées par 70 cm d'eau par endroit. La tempête du début septembre accompagnée de pluies violentes déchaussa les pavés de nombreuses rues de la ville et abattit des arbres. L'orage du 10 septembre causa également de nombreux dégâts. La foudre s'abattit sur le clocher de l'église du Mont Saint Aubert qui venait à peine d'être reconstruit, la toiture fut soufflée, la poutre maîtresse pulvérisée. Pour corser le tout signalons qu'un très léger tremblement de terre a été ressenti dans la région le 14 mars 1951, le seïsme fut qualifié de moins important que celui de 1938. A l'époque on ne rendait pas encore responsable le réchauffement climatique mais on entendait souvent l'une ou l'autre personne plus agée y aller de son explication : "Dans le temps (c'est toujours par cette réflexion qu'on débute une référence !) quand la grêle approchait d'un village, pour protéger une récolte, on tirait au canon dans le nuage, on savait ainsi modifier localement le temps, alors vous savez, avec toutes ces bombes atomiques qu'on essaie aux Etats-Unis, en Russie, on détraque le temps sur une plus grande échelle". Quelques années plus tard, certains rendront responsables les Spoutnicks, Telstar ou autre Early Bird d'une médiocre météo. En tournant autour de la terre, ces satellites emmenaient probablement avec eux les cortèges de nuages, vision simpliste servant souvent d'explication aux étés pourris d'alors. Dans un prochain article, nous parlerons d'un héritage qui a fait couler beaucoup d'encre à Tournai en 1951...

13:53 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, année 1951, faits divers, accidents, météo |