15/12/2010

Tournai : l'année 1920 sous la loupe.

Au moment d'aborder cette année 1920, de pointer notre loupe sur la cité des cinq clochers, il est judicieux d'étendre notre vue sur les évènements qui marquèrent ces douze mois sur le plan international et national.

Aux Etats-Unis, le 1er janvier, la loi sur la prohibition, interdisant toute vente d'alcool, est mise en application, le 10 janvier, le Traité de Versailles entre en vigueur, le 24 janvier, Sidney Bechet se produit pour la première fois sur une scène française.

Sur le plan national, il y à peine quatorze mois que la grande guerre est terminée. Des familles entières ont été décimées, de nombreux soldats ne sont jamais revenus, emportés par la folie meurtrière qui avait envahi l'Europe. On ne soulignera jamais assez le rôle tenu par les femmes durant tout le conflit, la plupart d'entre-elles firent front avec courage élevant leurs enfants, les soignant, les éduquant, compensant l'absence du père. C'est peut-être en se souvenant de leur action exemplaire durant le conflit que le Sénat accepte le principe du vote des femmes en date du 2 avril 1920, c'est une première grande victoire pour les mouvements féministes qui sont nés aux Etats-Unis tout comme le sera l'admission des jeunes filles à l'Université de Louvain acceptée le 8 mai. Autre évolution importante, pour faire face à l'important chômage et à la misère, le gouvernement instaure, le 8 avril, un Fonds national de crise et, le 13 juin, entre en vigueur un système d'assurance volontaire contre le chômage. Les adhérents peuvent bénéficier de l'intervention de celui-ci pendant un temps limité avant d'émarger au fonds de crise. A la fin de l'année, le nouveau gouvernement, issu des élections dont le premier ministre est Mr. Carton de Wiart, est confronté à un (premier !) problème linguistique apparu en août au sein de l'administration belge. Anvers organise les jeux Olympiques, plus de 2.600 athlètes représentant 29 nations se disputent l'or, l'argent et le bronze, la Belgique remporte le tournai de football en battant la Tchécoslovaquie en finale tandis que les amateurs de tennis découvrent une tenniswoman d'exception, elle s'appelle Suzanne Lenglen et remporte le simple et le double mixte.

A Tournai, le Courrier de l'Escaut informe ses lecteurs, au moyen d'un journal de quatre pages. Dans sa présentation et dans le choix de ses informations, la gazette est bien différente des quotidiens tels qu'on les découvre aujourd'hui. La première page aborde les informations nationales et internationales, les pages centrales sont consacrées aux nouvelles de Tournai et de la région, la dernière page est surtout destinée aux "réclames". Il n'y a pas de reportages photographiques.

Alors journal d'obédience catholique, les articles régionaux concernent "la propagande catholique",  la "chronique religieuse", "la vie dans les paroisses" avec l'horaire des messes, de longs reportages sur les processions, les nominations écclésiastiques ou les pélérinages. Ils se font l'écho de très nombreux communiqués émanant d'associations annonçant les dates des réunions ou l'ordre du jour des assemblées, des résultats scolaires de Saint Luc ou des prix du Conservatoire. Au milieu de tout cela, on découvre l'un ou l'autre fait divers, les résultats des concours colombophiles, de très brefs entrefilets pour la rubrique sportive (sans les résultats de football du week-end), et même les noces d'or, les procès du tribunal de Tournai, les résultats d'adjudications pour des travaux publics ou les annonces notariales.

Les réclames (qu'on appelait pas encore publicités) nous font découvrir des maisons bien connues à Tournai mais aujourd'hui disparues : "les déménagements par la firme Ch. Leroy et J. Leclercq, située au 45 de la Terrasse Saint Brice, effectués par un personnel expérimenté et au moyen de tapissières capitonnées" ou "la location de voiture à la course, à la journée, à la semaine ou au mois, au Garage Central, impasse de la rue du Cygne". Des petites annonces nous interpellent comme celle qui est parue en janvier 1920 et qui stipule que : "6.500 litres d'eau de vie française et 9.000 litres de cognac sont en vente, à des conditions avantageuses, à la Brasserie-Distillerie du Pont des Trous, Paul Losfeld et Cie, 17 rue du Sondart". Le 28 septembre 1920, pour lutter contre l'ivrognerie et ses conséquences particulièrement dramatiques pour les classes populaires, Emile Vandervelde publie sa loi contre l'alcoolisme des pauvres qui interdit la vente de boissons fortes dans les lieux publics et limite la vente aux particuliers. Détail amusant, un amendement est accepté, il permet encore la consommation de grogs en ajoutant du rhum ou du cognac au café ! La loi punit le contrevenant à une amende de 500 francs, mesure qui fut dissuasive.

Dans l'article suivant, nous poursuivrons le survol des faits qui marquèrent la vie tournaisienne durant l'année 1920.

(sources : la Courrier de l'Escaut - S.T. décembre 2010)

 

18:55 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, année 1920, réclames |