10/01/2012

Tournai : l'année 1901 sous la loupe (1)

Poursuivons notre promenade dans le temps entamée le 1er janvier 1900 et remettons dans leurs  contextes les différents évènements qui se déroulèrent à Tournai en cette année 1901.

Au niveau international, l'actualité de l'année 1901 est dominée par la disparition de deux figures marquantes : la reine Victoria décédée le 21 janvier et William McKinley, Président des Etats-Unis depuis moins d'un an, assassiné par un anarchiste polonais, le Vice-Président Théodore Roosevelt lui succède. En France, Paris organise deux grandes expositions, une consacrée aux oeuvres de Vincent Van Gogh qui s'ouvre le 15 mars, l'autre à Pablo Picasso qui débute le 24 juin. Le 9 septembre, un autre peintre, Henri de Toulouse Lautrec, meurt à l'âge de 37 ans. A côté de ces évènements d'importance, la commercialisation, en décembre, du rasoir Gillette avec lames remplaçables à deux tranchants est loin de représenter une annonce capitale ! Pourquoi diable ai-je eu mon attention attirée par elle ?

En Belgique, l'année 1901 verra le dépôt d'un projet de loi portant sur la réorganisation de l'armée, le 19 juillet, par le gouvernement présidé par Paul De Smet de Nayer. Les nombreuses propositions de modification portent sur le mode de recrutement, l'effectif, la durée du service actif et il est aussi fait mention de supprimer la possibilité pour les miliciens désignés par le tirage au sort de se faire remplacer à prix d'argent. Cette dernière proposition soulève, une nouvelle fois, la protestation des membres du parti Catholique, forts attachés à ce privilège pour les nantis. Le 6 octobre est organisée à Bruxelles une manifestation rassemblant plus de 16.000 personnes mise sur pied par les milieux ouvriers belges. Les Socialistes défendent, à cette occasion, l'abolition pure et simple du remplacement. Le 3 novembre naît à Bruxelles, le prince Léopold, fils du prince Albert et d'Elisabeth. 

L'année 1901 à Tournai débute par des statistiques donnant une photographie détaillée de la ville et de ses habitants. Le dernier recensement a fait apparaître que Tournai avec ses 37.065 habitants étaient la ville la plus peuplée du Hainaut. Mons comptait 25.483 habitants, La Louvière 16.568 et Péruwelz 8.567. Depuis la fusion des communes de 1976, Mons et les communes qui lui ont été rattachées représentent 93.111 habitants tandis que Tournai, grâce également aux communes rattachées, frôle les 70.000 habitants (69.796), le centre-ville étant moins peuplé qu'à l'époque. Parmi la population, on constate la présence de 1.508 citoyens de nationalité française, 98 Allemands, 38 Hollandais, 20 Luxembourgeois, 19 Anglais, 15 Autrichiens, 12 Italiens, 7 Russes, 2 Algériens et 2 Egyptiens ... On dénombre 5.852 maisons habitées ou inhabitées, 262 bâtiments à l'usage industriel et terrains fermés (emmuraillés suivant l'expression utilisée par l'administration de l'époque). En ce qui concerne les professions exercées, 962 industriels procurent de l'emploi à 7.648 travailleurs, employés ou ouvriers. Il y a 978 servantes et femmes de chambre, 644 aubergistes, hôteliers, cafetiers, 441 employés de commerce, 222 cuisiniers et cuisinières, 114 artistes (peintres, sculpteurs, musiciens, compositeurs), 111 marchands bouchers, charcutiers volaillers, poissonniers, 87 coiffeurs, barbiers et garçons coiffeur, 71 notaires, avoués, avocats, huissiers et clercs, 34 médecins (chirurgiens et généralistes). On compte également 115 personnes considérées comme des incurables. On ne possède pas les chiffres pour les militaires de carrière, les rentiers, pensionnés, étudiants, femmes au foyer, prêtres et religieuses...

Durant l'année 1900, on a enregistré 738 naissances, 268 mariages et 855 décès. La Police communale a dressé 1.690 procès-verbaux pour crimes, délits, contraventions et 1.105 affaires ont été traitées par le tribunal correctionnel. Les interventions de la police étaient bien différentes de celles effectuées actuellement, ainsi entre le 1er janvier 1901 et le 29 février, pas moins de 22 vagabonds venus de France ont été arrêtés et reconduits à la frontières. De même, la mendicité étant interdite, toute personne surprise à demander l'aumône était immédiatement arrêtée par les policiers. Les autres interventions concernaient les meurtres, les suicides, les bagarres, l'ivresse sur la voie publique, les vols, les incendies, le tapage nocturne, la débauche, les contrôles d'identité mais il n'était nullement question de traquer la conduite en état d'ivresse ou sous influence de drogues, les vitesses excessives, les feux rouges brûlés ou les accidents de voiture. Tous ces maux arriveront bien plus tard.

(source : Le Courrier de l'Escaut de l'année 1901)