26/03/2015

Tournai : l'année 1859 sous la loupe.

L'année 1859, voici douze mois qui ne se signalent pas par de grands événements tant sur les plan international, national ou local.

L'actualité internationale est dominée par la guerre que se livre la coalition franco-sarde contre l'Autriche. Le 4 juin, la bataille de Magenta, un petit village lombard, verra la défaite de l'Autriche. Cette année est riche en naissance de futures personnalités : Guillaume II d'Allemagne (le 27 juin), Pierre Curie (le 15 mai), Arthur Conan Doyle, le romancier qui donnera vie au détective Sherlock Holmes (le 23 mai), Jean Jaures (le 3 septembre), Alfred Dreyfus, celui qui deviendra le héros malheureux d'une des plus déshonorantes affaires survenue au sein de l'armée française (le 9 octobre) et Georges Seurat, le futur peintre qui sera aussi un des fondateurs du Salon des Indépendants (le 2 décembre).

L'actualité nationale ronronne également, relevons néanmoins une déclaration de Charles Rogier qui, en réponse à un rapport de la commission des griefs publiés deux ans auparavant, soutient que la reconnaissance officielle de deux langues dans un même pays mettrait l'Etat en danger ! On constate donc que le conflit communautaire possède des racines profondément ancrées dans l'histoire de notre pays. Pendant ce temps, à Ostende, un règlement de police s'attaque aux maillots de bain, au nom de la décence : ils devront être composés d'un tricot et d'un pantalon de laine pour les hommes et d'un long vêtement de laine pour les femmes. Le 12 juin, Marie-Henriette, duchesse de Brabant, met au monde un fils, Léopold qui prendra le titre de comte de Hainaut.

L'actualité locale est également avare en événements durant cette année 1859. Nous avons délaissé les habituels faits divers que nous évoquons depuis l'année 1850 : une dizaine de chutes accidentelles ou de suicides ayant l'Escaut pour cadre, de nombreux accidents du travail comme celui de ce jeune homme, chutant du toit sur lequel il effectuait des réparations, au lieu-dit "Barges" ou encore les personnes renversées par des attelages, accidents de la circulation de l'époque ! Nous nous sommes intéressés aux quelques rubriques plus représentatives de la situation sociale de l'époque.

Les mouvements de population en 1858 (édition du 23 janvier 1859).

On dénombre 849 naissances qui se répartissent en 405 sujets masculins légitimes, 365 sujets féminins légitimes, 43 enfants de sexe masculin illégitimes, 36 enfants de sexe féminin illégitimes.

On enregistre 765 décès : 392 hommes et 373 femmes, parmi ceux-ci 43 enfants mort-nés.

L'année a été marquée par 225 mariages : 178 entre personnes célibataires, 14 entre célibataires et veuves, 22 entre veufs et filles et 11 entre veufs et veuves.

Aucun divorce n'a été prononcé !

Les bouchers affament les pauvres ! (éditions des 8 et 10 janvier 1859).

"Des réclamations s'élèvent partout contre l'excessive cherté de la viande qui continue à rester inaccessible aux ouvriers. Bien que le prix du bétail ait considérablement diminué, les bœufs, les veaux, les génisses et les moutons se vendent à peu près à la moitié de ce qu'ils se vendaient il y a deux ans (...), les bouchers semblent s'être concertés afin de rester fermes dans leurs prix, tandis que dans la majeure partie des villes du royaume, la viande est vendue à 50 ou 60 centimes, on doit encore, à Tournai, la payer à 70 et 80 centimes".

Les magistrats convoquent les bouchers ! (édition du 10 février).

"Nos magistrats ont fait appeler, en séance du collège, quelques-uns des principaux bouchers de cette ville et les ont engagés à réduire le prix de leur viande qui n'est plus en rapport avec celui du bétail sur pied. Les bouchers, qui ont plaidé leur cause avec beaucoup d'habileté, ont refusé toute espèce de diminution sur le bœuf, insensibles aux réclamations qui surgissent de toutes parts".

Le château César à Vaulx (édition du 1er février). 

"Le bruit s'est répandu à Vaulx que les anciennes tours de Jules César, situées en cette commune, seraient bientôt exposées en vente. S'il en est ainsi, on peut s'attendre à voir ces derniers vestiges des siècles passés, appropriés bientôt à usage industriel, vu leur situation avantageuse à proximité de l'Escaut".

L'ivrognerie, le mal de l'époque (éditions des 11 février, 18 juin et 25 août).

Un lecteur écrit :

"Si la loi est impuissante à réprimer l'ivrognerie qui règne aujourd'hui, particulièrement dans la classe ouvrière, il semble que le police pourrait du moins empêcher les chants ou plutôt les beuglements nocturnes qui troublent le sommeil de citoyens paisibles. Ce désagrément se renouvelle chaque semaine, le dimanche et le lundi, dans tous les quartiers de la ville (...) Ce qu'il y a de déplorable c'est que dans ces troupes de tapageurs qui circulent jusqu'au milieu de la nuit, on remarque bon nombre d'ouvriers qui reçoivent des secours du Bureau de Bienfaisance par l'entremise des maîtres des pauvres !".

"La gendarmerie a arrêté et incarcéré à la prison des Carmes, le nommé Clauwarte, de la rue Marvis. Cet individu avait voulu, dimanche dernier, en état d'ivresse, tuer sa femme et son fils à coups de rasoir, mais il a été arrêté à temps. La femme de ce Clauwarte est dans un état complet d'éthésie (NDLR : mot probablement obsolète disparu du dictionnaire)".

"Le dimanche 21 août, la rue Haigne, d'habitude si paisible, était le théâtre d'un rassemblement occasionné par un scieur de long, qui cassait et pulvérisait le sordide mobilier de sa demeure. Là aussi, deux agents arrivèrent assez à temps (!) pour empêcher le pauvre ivrogne de jeter les débris à la tête des nombreux curieux que le spectacle avait attirés sur les lieux de ce vacarme".

Le malheur frappait inopinément (édition des 11 et 15 avril).

"Hier matin (dimanche 10 avril), vers 8h, au moment où sa fille qui faisait sa première communion, était encore à l'église, un homme de la rue des Augustins est tombé frappé de mort subite. Les cas de mort subite sont très fréquents dans notre ville, la semaine dernière, un homme est également tombé mort dans la rue Haigne".

"Nous avons dit un mot dans nos colonnes (NDLR : du 11 avril) du malheur affreux qui est venu frappé une pauvre femme de la rue des Augustins pendant qu'elle était allée conduire sa fille aînée à l'église de la Magdeleine (NDLR : église Sainte-Marie Madeleine aujourd'hui désaffectée) pour y faire sa première communion. Son mari qui paraissait complètement rétabli d'une maladie grave se disposait à aller à l'église. Elle le trouva mort lorsqu'elle revint chez elle. La veuve Delzenne, frappée d'une manière si terrible et si imprévue, est immédiatement tombée malade elle-même au point que, jusqu'au aujourd'hui, on craignait vivement pour ses jours. Elle a trois enfants, si la charité publique ne vient pas à son secours, elle va se trouver en proie à la plus affreuse misère, elle a déjà dû porter au Mont de Piété toute sa garde-robe suite à la maladie de son mari".

On parle encore des bouchers !!! (édition du 21 août).

"une scène assez scandaleuse s'est passée à la grande boucherie, une femme d'une commune des environs, a été battue par une bouchère qui s'était fait assister par l'un de ses garçons. Nos vigilants agents avaient mis fin à la lutte en dressant contravention à l'irascible bouchère et à son fils" (NDLR : peut-être la brave cliente avait-elle émis une critique à l'égard du prix de la viande ?)".

Toujours la pauvreté (édition du 7 juillet)."Suite à la réglementation communale ont le droit de recevoir l'instruction gratuite :

les enfants des personnes secourues par le Bureau de Bienfaisance et les enfants d'ouvriers qui n'ont que le produit de leur salaire journalier".

Le changement n'est (déjà) pas bien vu ! (édition du 27 novembre).

"On se plaint beaucoup dans notre ville de la décision que viennent de prendre les directions de la plupart des journaux de Bruxelles de ne plus envoyer en province, à dater du 1er janvier (NDLR : 1860), leur journaux que par l'entremise des postes. Il va en résulter que les journaux qui arrivent actuellement par le fourgon "Van Gend" et sont distribués à 8h du matin, ne seront plus, à l'avenir, distribués qu'à midi".

Plaisir d'hiver ! (édition du 15.12).

"Notre ville possède en ce moment deux magnifiques bêtes féroces. Ce sont deux énormes tigres de la mer glaciale vivant, mordant et mangeant. Ils sont logés dans une baraque établie sur la place du Parc (NDLR : actuelle place Reine Astrid) et se montrent au public pour la modique somme de 20 centimes par personne. Il suffit de suivre la foule". (NDLR : heureusement pour leur propriétaire Gaïa n'était pas encore passé par là).

(sources : Le Courrier de l'Escaut, éditions de l'année 1859).

S.T. Mars 2015.

13:41 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, année 1859, ivrognerie, pauvreté |